La guerre des masques aura-t-elle lieu ?
Au début de la crise sanitaire, la question des masques était on ne peut plus stratégique. Pour pallier le manque d'équipements, chacun y allait de son initiative, du petit atelier de couture à l'entreprise industrielle désireuse de se diversifier. Fin mai 2020, les services de la préfecture identifiaient 70 entreprises régionales fabriquant des masques. Interrogés aujourd'hui par La Lettre M, ils indiquent que l'exercice de recensement a pris fin, car n'étant « plus d'actualité ». Alors que le marché est passé en quelques mois de la pénurie à la production de masse, certains acteurs locaux ont néanmoins fait le choix de se positionner de façon pérenne sur cette activité.
Ainsi, Occitanie Protect, fondée en mai 2020, a permis de maintenir les emplois de la société ariégeoise Sage (ex-Adient), spécialisée dans la production de tissus pour sièges automobiles. La société, dont l’actionnaire unique est l’Arec (Agence régionale énergie climat), a commercialisé depuis sa création plus de trois millions de masques et 100 000 blouses. Occitanie Protect prévoit de lancer dans les semaines qui viennent un nouveau modèle de masque, équipé d'une nouvelle technologie plus perfectionnée. Le groupe aéronautique Aertec, lui, a affecté dès mars 2020 ses équipes de Saint-Martin-du-Touch à la fabrication de masques de protection grand public, qui équipent notamment les 65 000 collégiens haut-garonnais. Deux autres entreprises toulousaines d'envergure se sont tournées vers ce marché avec, à la clé, des investissements conséquents, mais aussi des stratégies différentes. Les Ateliers de la Haute-Garonne (AHG, 900 salariés, CA 2019 : 50 M€, siège à Flourens - 31), historiquement spécialisés dans les rivets et la visserie aéronautiques, ont créé une filiale, baptisée Auriol Masques. Après avoir injecté 2 M€ dans l'achat de machines, la société a repris mi-janvier l'ariégeois MKAD pour le reconvertir en unité de production de masques chirurgicaux. 12 M€ vont être investis dans l'opération et une cinquantaine d'emplois créée. Auriol Masques a d'ailleurs fait le choix d'une production totalement intégrée, incluant le système filtrant (meltblown). « Le masque n'est pas un produit à valeur ajoutée, explique Stéphane Auriol, gérant. En intégrant directement la fabrication du filtre, nous augmenterons mécaniquement nos marges. »
La visibilité en question
La stratégie est tout autre chez Paul Boyé Technologies. Le spécialiste des équipements de protection en environnement extrême a investi 7 M€ dans son site de Labarthe-sur-Lèze (31) afin d'être en mesure de produire 600 000 masques chirurgicaux et FFP2 par jour (100 emplois créés). Alors qu'il prévoyait d'injecter 23 M€ dans un projet permettant d'internaliser l'ensemble des éléments nécessaires à la fabrication des masques, y compris le fameux meltblown, le dirigeant, Jacques Boyé, a finalement renoncé, faute de « visibilité suffisante » en termes de commandes publiques. « Pour rentabiliser de tels investissements, il faut de très grosses commandes assurées sur le long terme, estime-t-il. D'ailleurs, je constate que certains acteurs, qui ont fait d'autres choix, viennent aujourd'hui nous voir pour nous vendre leurs produits. »
Mais alors que la campagne de vaccination se poursuit, la question des masques sera-t-elle tout aussi prégnante, demain ? Pour Stéphane Auriol, cela ne fait aucun doute. « Avant la crise, il se vendait 10 millions de masques par semaine en France, explique-t-il. Depuis, c'est 100 millions. Lorsque la pandémie sera derrière nous, les entreprises devront tout de même sécuriser des stocks, à renouveler périodiquement. C'est là que sera le marché : entre 20 et 25 millions de masques par semaine. »
