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Région Occitanie
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Conjoncture
| 3/01/2025

Éric Gillis (Ordre des experts-comptables d'Occitanie) : « Une augmentation des procédures collectives »

© Laurie Correia

Président de l’Ordre des experts-comptables d’Occitanie depuis le 3 décembre dernier, Éric Gillis dresse pour La Lettre M le bilan d'une année 2024 marquée par « une augmentation des procédures collectives », qui confirme les « tensions de trésorerie » évoquées par son prédécesseur Pascal Castanet il y a un an. Le baromètre Image PME Occitanie, analysant l’activité économique des 65 000 entreprises du territoire, fait par ailleurs état d'une baisse d’activité de 0,8 % de janvier à septembre 2024 par rapport à 2023. En parallèle, les experts-comptables ont de nombreux défis à relever, comme l’intégration de la facture électronique, l’arrivée de l’IA et l’affirmation d’une identité numérique.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2024 ?
Cette année a été marquée par l’augmentation des procédures collectives. En avril 2024, on observe en effet une hausse de 46 % des procédures de redressement par rapport à avril 2023, de 20 % des procédures de liquidation, mais de seulement 5 % des procédures de mandat ad hoc. Quant aux procédures de sauvegarde, c'est-à-dire celles entreprises le plus tôt, elles sont en baisse de 2,9 %. L’augmentation des procédures collectives signifie donc que les entreprises sont déjà en cessation de paiement lorsqu’elles arrivent au tribunal de commerce. Cela confirme les propos de mon prédécesseur, Pascal Castanet, qui avait souligné des tensions de trésorerie l’année dernière.

Pourquoi les entreprises du territoire ne mettent pas en place des procédures en amont ?
En France, nous avons une culture de l’échec très négative ; il est donc parfois difficile pour un chef d’entreprise d’admettre la situation. L’expert-comptable a pour mission d’accompagner les entreprises en difficulté et de leur expliquer le panel de possibilités pour sortir de cette situation.

Qu’indique le baromètre Image PME Occitanie ?
Selon le baromètre, nous constatons une baisse d’activité de 0,8 % sur la période du 1er au 3e trimestre 2024 par rapport à 2023. Il s’agit du 4e trimestre consécutif de baisse d’activité pour les entreprises d’Occitanie. Nous conservons notre 11e place au classement national (avec un résultat inférieur de 0,7 point à la moyenne française, NDLR). Il existe des disparités entre les départements, puisque quatre d’entre eux ont vu leur chiffre d’affaires croître, alors que neuf l’ont vu diminuer. Ceux qui affichent une augmentation sont l’Aveyron (+ 1,7 %), la Lozère (+ 0,3 %), le Tarn-et-Garonne (+ 0,3 %) et le Gard (+ 0,2 %). Les départements qui enregistrent les plus fortes réductions sont l’Aude (- 3,1 %), l’Ariège (- 2,3 %), le Gers, (- 2 %), le Tarn (- 1,4 %) et l’Hérault (- 1,3 %).

Observez-vous des disparités selon les secteurs d’activité ?
Dans la région, certains secteurs enregistrent en effet une hausse importante de leur activité, notamment le commerce de produits pharmaceutiques (+ 5,3 %), l’entretien et la réparation de véhicules (+ 4,8 %) et la boulangerie-pâtisserie (+ 2,6 %). En revanche, d’autres connaissent des baisses très fortes, en particulier les agences immobilières (- 12,6 %) et les travaux de maçonnerie générale et gros œuvre du bâtiment (- 7,1 %).

Quels sont les défis de la profession que vous allez tenter de relever durant votre mandat ?
L’Ordre régional des experts-comptables va accompagner les cabinets dans la mise en place de plans de formation pour faire évoluer leurs collaborateurs vers les métiers de demain, notamment grâce à son IRF (Institut régional de formation, NDLR) Trajectoires. En effet, la facturation électronique va progressivement s’imposer dans les prochaines années, provoquant la disparition de la saisie. Ce changement pourrait menacer les emplois si la profession n’évoluait pas. Il y a aussi tout un apprentissage de l’IA à réaliser pour la maîtriser et ne pas transformer d’éventuelles incompétences en compétences artificielles. Nous souhaitons par ailleurs créer une IA souveraine de la profession. Face à ces évolutions, les cabinets vont être plus exposés à des risques de cybersécurité. Nous allons donc mettre en place un cahier des charges et proposer des formations, car la défaillance vient souvent de mauvaises pratiques. Nous voulons également affirmer une véritable identité numérique de l’expert-comptable qui nous permettra d’avoir un accès plus simple aux services de l’État et de faire reconnaître un mandat implicite. Enfin, nous allons poursuivre notre mission de lutte contre l’exercice illégal de la profession.

Propos recueillis par Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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