Olivier Rondolotto (Centrakor) : « Nous voulons être numéro un sur le marché français »
Il pilote un petit empire de l’équipement de la maison et de la décoration à petit prix. Olivier Rondolotto, président du groupe toulousain Centrakor, évoque en exclusivité pour La Lettre M le modèle de développement et les ambitions d’un réseau qui fait travailler plus de 5 000 personnes et génère 1 Md€ de chiffre d’affaires.
Comment s’est déroulée l’année 2024 pour Centrakor ?
L’année s’est plutôt bien passée bien qu’un peu en repli, sans surprise, par rapport à l’exercice précédent compte tenu du contexte. Nous évoluons en effet, comme toutes les entreprises, dans un environnement qui n’est pas simple. Après la période Covid, nous avons vécu une embellie incroyable, puis il y a eu la guerre en Ukraine, l’inflation, la hausse des taux de fret… La situation est d’une grande volatilité. Dans ce contexte, il nous faut rester très agiles pour être en mesure de nous positionner sur des prix correspondant au mieux aux attentes de nos clients. Le réseau enregistre environ 1 Md€ de chiffre d’affaires au global sur l’exercice 2024, en retrait de 3 %. Et si le CA baisse un peu, c’est avant tout parce que nos prix ont baissé ! Nous avons conservé le même nombre de clients.
Combien de points de vente avez-vous ouverts et quels sont vos projets pour 2025 ?
En la matière, compte tenu de la volatilité de la situation, nous n’avions pas fait de projections complètement folles. Nous avons réalisé ce que nous souhaitions faire en ouvrant 20 magasins au cours de l’année. Nous comptons désormais 480 points de vente. Nous projetons une douzaine d’ouverture en 2025, et si c’est davantage, tant mieux. L’idée n’est pas de faire une course au nombre d’ouvertures ni même au chiffre d’affaires mais de maintenir les acquis tout en consolidant notre maillage territorial. À ce titre, même si la taille de notre réseau commence à devenir importante, nous avons encore des possibilités d’expansion, en particulier dans les grandes villes. Cela se fera naturellement, en trouvant les bonnes solutions.
Qu’en est-il de votre développement à l’international ?
Comme je l’ai dit, nous avons encore du potentiel en France ; mais en effet, cela n’empêche pas, bien entendu, d’aller voir ce qui se passe autour de chez nous… Dans cette logique, nous avons déjà ouvert une dizaine de magasins en Belgique. Nous avons également implanté un point de vente en Espagne, mais il est malheureusement situé là où ont eu lieu les terribles inondations en novembre dernier. Tout a été anéanti. Nous espérons pouvoir le rouvrir au premier semestre 2025. À la même période, nous avons prévu d’inaugurer un magasin à Madrid. À l’international, nous faisons les choses à notre rythme. Et tandis qu’en France, notre modèle de développement repose à 75 % sur des adhérents partenaires et à 25 % sur des magasins en propre, nous intervenons exclusivement en propre à l’étranger. En tout cas dans un premier temps, afin de nous assurer de la réussite du concept dans le pays en question et du bon fonctionnement du modèle économique. Nous dérisquons le déploiement et progressons step by step.
Combien de nouveaux salariés ont rejoint le réseau en 2024 ?
Le nombre des personnes qui intègrent Centrakor est directement lié aux ouvertures de points de vente. Cela fluctue bien entendu en fonction de la taille des magasins. En 2024, le réseau a accueilli environ 200 personnes de plus, ce qui porte l’effectif global consolidé à environ 5 000 personnes.
Qu’est-ce qui guide votre stratégie de développement sur le marché de l’équipement de la maison et de la décoration ?
Nous nous efforçons de maintenir un cap, de ne pas faire le yoyo dans nos décisions. Nous travaillons sur nos bases et malgré le contexte que j'ai évoqué, ne baissons pas nos dépenses de communication, par exemple, car ce serait dangereux. Les fondamentaux ne changent pas : nous sentons que les clients ont de l’appétence pour nos produits. Nous les écoutons et faisons évoluer les choses de façon progressive.
Misez-vous toujours sur une stratégie de croissance externe comme cela a pu être le cas par le passé (rachat successif de magasins Malin Plaisir, Michigan, Cosy Crazy, X-Price, Vima, Macdan, Fly…, NDLR) ?
Compte tenu de la taille que notre réseau a atteinte, ce n’est évidemment pas aussi simple que cela a pu l’être il y a quelques années. Car les réseaux qui pourraient être repris aujourd’hui comptent des points de vente susceptibles d’être situés à proximité immédiate des nôtres. Les différentes activités se cannibaliseraient, ce qui n’est évidemment pas le but. Néanmoins, nous demeurons attentifs aux différentes opportunités qui peuvent se présenter sur le marché car nous avons une vraie volonté de croissance, même si c’est de façon raisonnée et raisonnable. Un entrepreneur qui n’a plus envie de construire, il faut qu’il s’arrête (sourire)… En nombre de points de vente, nous sommes en deuxième position en France (derrière Gifi, qui compte plus de 600 magasins, NDLR). Notre volonté reste d’être numéro un !
Vos produits proviennent en majorité d’Asie. Comment concilier ce mode de sourcing avec les attentes des clients, et notamment des nouvelles générations, plus sensibles à l’environnement et à la RSE ?
Vous avez raison, les produits que nous vendons viennent d’Asie pour 85 à 90 % d’entre eux. Nous avons tous envie de laisser à nos enfants la planète la plus propre qui soit. Il nous faut améliorer les choses afin d’éviter de dégrader le monde, mais avec les possibilités que ce monde nous offre. Ce n’est pas simple car il existe peu d’usines en France en capacité de nous offrir le rapport qualité-prix adapté, mais aussi de produire en volume. Néanmoins, dès que c’est possible, nous nous approvisionnons en France. Je pense notamment aux serviettes en papier, aux huiles essentielles… Pour nous, c’est un atout car les délais de livraison sont plus courts et la réactivité plus importante. Je serais donc très heureux de pouvoir acheter davantage de produits en France.
Dans un monde très digital, vous avez fait le choix de continuer à distribuer des prospectus papier. Pour quelle raison ?
Parce que c’est l’un des meilleurs médias pour notre typologie de commerce. Bien sûr, nous nous sommes posé la question. Mais nous estimons que le procès du papier n’est pas toujours juste. Nos prospectus sont imprimés en France, avec des encres biologiques et sur du papier recyclé. En revanche, nous estimons que l’initiative « Oui Pub » a du sens car cela permet de cibler de façon plus pertinente, de ne distribuer nos catalogues qu’à ceux qui le souhaitent. Et en parallèle, nous travaillons aussi sur le digital, sur les réseaux sociaux.
Vous avez annoncé en décembre une autre décision qui prend le marché à contre-pied : celle d’arrêter la vente en ligne avec livraison à domicile depuis votre site. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Nous faisons de la vente en ligne depuis des années mais nous nous sommes aperçus que cette activité ne performait pas à la hauteur des investissements réalisés. Car sur notre typologie de produits, les consommateurs souhaitent venir acheter en magasin. Tout en conservant le click and collect, nous arrêtons la vente en ligne avec livraison à domicile ; mais cela ne signifie pas que nous ne la reprendrons pas un jour. Nous essayons de faire preuve d’agilité. Je préfère que nous investissions sur d’autres sujets, comme la communication digitale.
Quand vous regardez en arrière, depuis la reprise du réseau en 2004 (Centrakor a été fondé en 1990 à Toulouse, tout d’abord en tant que centrale d’achat et de référencement, NDLR), quel regard portez-vous sur le chemin accompli ?
Je dirais que le chemin parcouru est dingue (sourire) ! Nous avons eu une chance folle et si tout cela est bien entendu le fruit d’un important travail, les choses se sont faites de façon relativement rapide. À l’origine, nous n’imaginions pas compter pratiquement 500 magasins. Honnêtement, cette histoire est magique.











