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Haute-Garonne
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Immobilier
| 4/06/2026

Guillaume Rouzies (OTIE) : « L’immobilier d’entreprise est très dépendant de la visibilité économique »

© Otie

Président de l’agence toulousaine Keops, spécialisée en immobilier d’entreprise, Guillaume Rouzies a pris la tête de l’Observatoire toulousain de l’immobilier d’entreprise (OTIE) début 2026 pour un mandat de deux ans. Dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, il dresse un constat d’un marché en net ralentissement à Toulouse, avec des volumes en recul d’environ 50 % au premier trimestre 2026 et une demande en baisse de 30 %, même si les locaux d’activité et la logistique résistent. Le nouveau président explique vouloir poursuivre « la valorisation des données des collectivités au service des adhérents » afin de mieux lire les dynamiques territoriales et accompagner la promotion foncière et immobilière.

Vous êtes depuis quelques mois le nouveau président de l'OTIE. Quelles seront les priorités de votre mandat ?
L’objectif est de poursuivre le travail engagé par mes prédécesseurs, notamment Élodie Moine. La mission centrale de l’Otie reste la valorisation des données des collectivités au service de nos adhérents, afin d’améliorer la lecture des territoires, d’accompagner la promotion foncière et de mieux exploiter le parc immobilier existant. Nous allons également renforcer le travail sur la planification, dans un contexte marqué par l’ouverture de nombreux PLUi-H dans les collectivités. Cela implique de mieux connecter nos analyses aux dynamiques d’aménagement locales. Enfin, nous souhaitons enrichir les temps d’échanges avec les professionnels partenaires, en intégrant davantage d’interventions métiers lors des points trimestriels et en structurant des rendez-vous thématiques sur les marchés. 

Comment décririez-vous l’état du marché de l’immobilier d’entreprise à Toulouse ?
Le marché traverse une période particulièrement difficile, avec un ralentissement net de l’activité. Au premier trimestre 2026, les volumes sont en recul d’environ 50 % par rapport à la même période en 2025, sur l’ancien comme sur le neuf. La demande recule également d’environ 30 %, ce qui entraîne mécaniquement une légère hausse du stock. Le taux de vacance se situe autour de 4,6 %, mais la situation est très hétérogène selon les secteurs. Le Nord-Ouest concentre à lui seul une part importante du stock, ce qui illustre un déséquilibre territorial. Pour autant, il ne faut pas sombrer dans le catastrophisme. Le marché reste actif, mais il est freiné par un contexte économique et politique international qui accentue l’attentisme des entreprises. L’immobilier d’entreprise est, par nature, très dépendant de la visibilité économique. Les locaux d’activité et la logistique font exception avec un premier trimestre plus dynamique, en hausse d’environ 7 %, porté par quelques opérations significatives en neuf. Mais cela reste un marché à suivre avec prudence.

Avec l’évolution des usages, quelles sont les attentes des entreprises en matière de bureaux et de locaux ?
La performance énergétique est devenue centrale, notamment sous l’effet du décret tertiaire, tout comme la maîtrise des coûts. Au-delà de ces aspects, les dirigeants privilégient désormais des implantations bien connectées : accès aux transports en commun, présence de services, commerces et qualité de l’environnement immédiat sont devenus déterminants. Les zones qui ne répondent pas à ces critères perdent en attractivité. Le télétravail, lui, n’a pas révolutionné le marché. On observe plutôt une stabilisation autour d’un modèle hybride. Les entreprises ont parfois ajusté leurs surfaces, mais sans baisse massive, en réorganisant les espaces vers plus de salles de réunion ou de lieux de convivialité. L’impact du télétravail est en revanche plus marqué en région parisienne, où les contraintes de déplacement sont fortes. Finalement, on assiste davantage à une normalisation des usages qu’à une transformation radicale.

Quels sont les principaux atouts de Toulouse face aux autres grandes métropoles françaises ?
Toulouse dispose d’un écosystème particulièrement solide, notamment autour de l’aéronautique, qui structure fortement le territoire. Cette dynamique favorise un lien étroit entre les grandes écoles, la recherche et les entreprises, avec une capacité à retenir et faire émerger des talents localement. La métropole bénéficie également d’une forte attractivité dans le domaine de la santé, avec des infrastructures d'excellence. À cela s’ajoute une qualité de vie très prisée. Les perspectives d’infrastructures viennent renforcer cet ensemble, avec l’arrivée de la ligne C du métro qui desservira de nombreux secteurs tertiaires, ainsi que la LGV Bordeaux-Toulouse. Couplées à un aéroport bien connecté à l’international, ces évolutions renforcent le positionnement de Toulouse.

À l’inverse, quels freins identifiez-vous pour les entreprises qui souhaitent s’implanter ou se développer à Toulouse ?
Le premier frein reste la question des mobilités. La mise en service de la LGV est très attendue, car l’avion ne suffit pas à couvrir tous les besoins de déplacements professionnels. Le second frein tient au contexte économique et financier, qui ralentit les décisions d’investissement et complique la fluidité du marché. Dans certains segments spécifiques, comme les laboratoires ou la logistique, le déséquilibre entre l’offre et la demande reste également marqué. Dans ce contexte, l’enjeu est de continuer à valoriser les atouts du territoire tout en levant progressivement ces contraintes structurelles.

Comment les enjeux de sobriété foncière et de transition environnementale transforment-ils les projets immobiliers d’entreprise ?
Ces enjeux structurent désormais l’ensemble des projets immobiliers. Les entreprises sont de plus en plus engagées dans des démarches RSE et très attentives à leur consommation énergétique. Cette transformation est déjà largement intégrée par les acteurs du secteur, même si des marges de progression existent encore. C’est particulièrement le cas sur les locaux d’activité, où la consommation foncière reste élevée et où la verticalisation progresse lentement. En revanche, sur les immeubles neufs comme en rénovation, les pratiques évoluent rapidement, avec davantage de démolition-reconstruction et de densification.

Vous êtes par ailleurs président de l’agence toulousaine Keops. Comment se porte son activité ?
Malgré un marché complexe, l’activité de Keops reste solide. L’année 2025 a été satisfaisante : nous avons réalisé 1,6 M€ de chiffre d’affaires et nous continuons à nous développer. Nous investissons dans l’innovation, notamment autour de la data, de la R&D et de l’IA, avec l’objectif de mieux anticiper les évolutions du marché et d’améliorer nos outils de prospection. Par ailleurs, la création de l’agence de property management La Loge PM en 2023 nous a permis d’élargir notre offre et de répondre à de nouveaux besoins du secteur, avec une activité aujourd’hui bien installée. Sur le plan opérationnel, nous agrandissons nos locaux toulousains afin de réunir nos deux agences, qui comptent 8 personnes. Ils seront restructurés et rénovés sur le plan énergétique, en site occupé. L’ensemble représentera 200 m², avec une livraison prévue fin septembre.

Propos recueillis par Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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