Chimirec Socodeli injecte 50 M€ dans son site de Beaucaire
Dans un contexte national et international où la gestion des déchets devient un enjeu crucial pour l’environnement et l’économie circulaire, l'industriel gardois Chimirec Socodeli se positionne en acteur majeur du secteur de la collecte et du traitement des déchets. Nordine Bounsir, directeur du site de Beaucaire, et Tony Laurent, directeur régional Occitanie, évoquent en exclusivité pour La Lettre M les activités de l’entreprise, ses projets avec un investissement de 50 M€, ainsi que son engagement en faveur de la transition énergétique et le réemploi.
Quelles sont les activités de Chimirec Socodeli ?
Nordine Bounsir : Chimirec Socodeli est l’une des entités de collecte et de traitement de déchets du groupe Chimirec, présent en France et à l’international (Québec, Pologne, Turquie, Maroc, NDLR). En 1958, Pierre Fixot a lancé une activité de récupération des huiles de vidange en Bretagne et en région parisienne. Le groupe a ensuite élargi son activité aux déchets industriels et a maillé le territoire de sites de collecte et de sites de traitement. Il compte aujourd'hui 53 sites, dont 42 en France. La stratégie consiste à se positionner sur des marchés non occupés par les majors du secteur (Veolia, Suez, Séché, Paprec…, NDLR) pour se consacrer aux petits clients, ce qui représente environ 48 000 clients en France. Le groupe traite annuellement 495 000 tonnes de déchets, dont 372 000 tonnes en Franc,e et réalise un chiffre d’affaires global de de 280 M€ (250 M€ en France, NDLR), pour un effectif de 1 650 collaborateurs, dont 1 500 en France. Le site gardois de Beaucaire est le centre névralgique de la région Sud, qui réalise à la fois de la collecte de déchets liquides, des CSR (combustibles solides de récupération) et leur traitement pour le compte de clients évoluant dans les secteurs de l’automobile, de la santé, de l'industrie, du bâtiment, ainsi qu'auprès des déchetteries. Cette plateforme qui emploie 126 salariés, s’étend sur 17 000 m2 sur un terrain de 8 ha. Nous intervenons dans dix départements du Sud de la France. En 2025, nous avons réceptionné 52 000 tonnes de déchets pour un chiffre d’affaires de 23 M€.
Avez-vous d’autres implantation en Occitanie ?
Tony Laurent : Nous disposons en effet de plateformes de collecte à Carcassonne, dans l’Aude (7 000 tonnes par an) et à Muret, en Haute-Garonne (10 000 tonnes par an). Toutefois, la région Sud comprend également un site à Étoile-sur-Rhône dans la Drôme et un autre en Corse. Cette région représente au total 215 salariés.
Comment vous adaptez-vous aux enjeux de transition : environnementale, écologique, énergétique ?
Tony Laurent : Ces enjeux sont inscrits dans l’ADN du groupe. Notre modèle est « désuberisé », c’est-à-dire humain plutôt qu’algorithmique. Par exemple, nos chauffeurs sont également manutentionnaires, apportant le service attendu par nos clients. Le groupe est investi dans la décarbonation de sa flotte de camions, soit plus de 530 camions, dont 490 en France. Certains camions sont alimentés au B100 (biodiesel d'origine végétale, NDLR), d’autres au gaz, comme les chariots élévateurs. Le groupe réfléchit à électrifier sa flotte, mais nous pensons qu’il est essentiel de produire notre propre électricité avant d’avoir une flotte électrique.
Comment cela se traduit-il ?
Nordine Bounsir : Nous avons placé cette démarche d’adaptation aux transitions au cœur de notre métier. Depuis environ six ans, le groupe a investi près de 20 M€ dans sa plateforme de Beaucaire classée ICPE (installation classée pour la protection de l'environnement, NDLR). Ces investissements ont porté sur la création de plusieurs unités de valorisation de filtres à huile (3 050 tonnes par an), le liquide de refroidissement, les combustibles de substitution énergétique (CSE, 15 000 tonnes traitées pour une capacité de 50 000 tonnes) et les combustibles solides de récupération (CSR), avec 25 000 tonnes traitées par an pour une capacité de 100 000 tonnes.
Ce recyclage induit-il le développement d’une économie circulaire ?
Nordine Bounsir : En effet, c’est tout l’intérêt économique de la plateforme. L’huile et l’eau recueillies après le traitement des filtres à huile sont revalorisées, ainsi que le métal, qui repart dans les aciéries. La part papier devient un combustible au profit du groupe cimentier voisin, Heidelberg Materials, en mode circuit court. Nous avons un autre process qui permet de fabriquer un liquide de refroidissement régénéré. Ce déchet liquide devient un produit qui sera ensuite enrichi pour être commercialisable chez les constructeurs automobiles par exemple. Enfin, les déchets CSR sont préparés à partir de déchets non dangereux solides et biosourcés tels que des meubles, jouets, articles de bricolage et de jardin, produits et matériaux de construction du bâtiment. Destinés aux industriels à forte consommation d’énergie tels que les cimentiers, le CSR est élaboré pour assurer une valorisation énergétique optimale sous forme de chaleur et/ou d’électricité, en substitution des énergies fossiles.
Avez-vous des investissements prévus en Occitanie ?
Tony Laurent : Le groupe prévoit d’investir 50 M€ au sein du site de Beaucaire afin d’optimiser davantage le traitement et la valorisation des déchets reçus et de minimiser autant que possible la proportion de déchets enfouis ou exportés. À horizon 2028, ce dernier devrait accueillir plusieurs installations sur le foncier encore disponible du site, qui s’étend au total sur 11 ha. Une chaufferie d’une puissance de 20 MW sera alimentée par du CSR, préparé sur le site même à partir de déchets non dangereux. Il est également prévu la création d’une unité de valorisation des eaux souillées déjà reçues sur site. Toute l’énergie (électricité et calorifique) nécessaire à son fonctionnement sera issue de la chaufferie CSR. Ces deux installations permettront une production d’électricité (28 GWh/an) qui contribuera à diminuer drastiquement la consommation électrique du site et à empêcher en partie l’enfouissement ou le transport vers le nord de la France ou l’Espagne de 40 000 tonnes de déchets (24 000 tonnes de déchets non dangereux transformés en CSR pour la chaudière, et 16 000 tonnes d’eau souillée qui seront traitées pour être réutilisées sur le site) tout en produisant de la chaleur et de l’électricité via une turbine pour le site. La production de chaleur fatale en sortie de turbine fournira la chaleur nécessaire pour l’évapo-concentrateur et un nouveau sécheur de CSR. Le projet prévoit également une unité biomasse. Toutes les eaux traitées et extraites des déchets seront utilisées pour les besoins du site (lavage des véhicules ou appoint d’eau) ou envoyées sur l’unité biomasse. Pour ce projet, un hangar d’environ 500 m2 sera réhabilité pour le stockage des CRS. Actuellement, le permis de construire est déposé et les demandes d’autorisation sont en cours de finalisation. En parallèle, nous allons construire un bâtiment tertiaire de 1 000 m2 pour le pôle administratif. Nous conservons l’actuel site administratif, l'objectif étant d’améliorer les conditions de travail de nos collaborateurs et d’accueillir les nouveaux métiers en lien avec ce projet dédié à la transition énergétique et à l’économie circulaire.
Est-ce que vous recrutez ?
Tony Laurent : Nous allons recruter de nouveaux profils en lien avec le projet comme des chefs de quart, qui exploitent et conduisent des installations de production destinées à alimenter des réseaux de chaleur pour des sites industriels comme le nôtre, ou encore des énergéticiens.
Développez-vous des relations avec les institutions ?
Tony Laurent : Nous sommes un acteur du territoire et grand pourvoyeur d’emploi. Nous avons tissé des relations avec l’IMT Mines Alès, dont nous accueillons les stagiaires pour des sujets de développement sur le site. C’est aussi une source pour recruter des talents. Nous sommes également en lien avec la communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence et membre du club d’entreprises Terre d’Argence Active, qui compte une centaine d’adhérents. Toujours dans cette logique de proximité avec le territoire, je préside l’AST Beaucaire, la médecine du travail locale.











