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| 4/02/2025

Hugues Galambrun (Septeo) : « Nous visons un milliard d’euros de revenus à horizon 2030 »

© Hélène Ressayres

À la tête de l’éditeur de logiciels héraultais Septeo, Hugues Galambrun, PDG et fondateur, évoque en exclusivité pour La Lettre M la stratégie et les ambitions de son groupe, dont la valorisation atteint désormais un niveau record de plus de 3 Md€ après avoir ouvert son capital à des investisseurs prestigieux fin 2024.

Vous venez de boucler un exercice 2024 marqué par plusieurs opérations de croissance externe et l’arrivée de nouveaux actionnaires. Quel bilan tirez-vous de l’année écoulée ?
2024 a été une année marquée par une conjoncture difficile sur fond d’incertitudes d’ordre politique et économique. Le secteur de l’immobilier a été particulièrement impacté par ce contexte de crise multifactorielle. Malgré ces difficultés, cet exercice s’est avéré très positif pour Septeo. Le groupe enregistre une nouvelle croissance à deux chiffres. Nous avons par ailleurs concrétisé plusieurs acquisitions stratégiques, consolidant ainsi nos différents pôles et créant un nouveau secteur d’activité dans l’éducation. Nous avons lancé un plan d’innovation IA de grande envergure sur l’ensemble de nos produits. Enfin, nous avons fait « respirer » notre capital en le diversifiant grâce à l’arrivée de deux actionnaires prestigieux : d’une part Téthys Invest, la holding d’investissement de la famille Bettencourt Meyers, propriétaire de L’Oréal, et d’autre part le fonds d’investissement souverain GIC (750 Md$ d’actifs sous gestion, NDLR). Sur ce point, Hg, investisseur de tout premier plan dans l’industrie du logiciel en Europe, reste par ailleurs à mes côtés en tant qu’actionnaire de référence*. Cette confiance constitue une reconnaissance du potentiel de croissance à long terme de Septeo. C’est donc une très belle année pour le groupe, qui compte désormais 3 150 salariés, dont près de 1 100 sont basés au sein de notre siège social de Lattes, dans la métropole montpelliéraine.

Cette opération porte la valorisation de Septeo au-delà de 3 Md€. Quelle est sa finalité ?
L’industrie du numérique dans laquelle nous évoluons nécessite aujourd’hui des investissements colossaux en R&D. Pour parvenir à émerger parmi les plus grands noms du logiciel européen, nous nous devions d’accueillir au sein de notre capital des investisseurs de tout premier plan ayant une vision à long terme. C’est par ailleurs, à l’heure où nous n’entendons parler que des grands noms de la tech d’outre-Atlantique, une grande fierté pour l’ensemble de l’équipe de management que de montrer que les entreprises françaises du numérique peuvent être très attractives lorsqu’elles sont innovantes. Plus largement, ce nouveau tour de table consacre le succès d’un groupe français créé il y a maintenant 12 ans autour de solutions logicielles dédiées aux notaires et aux avocats et qui n’a eu de cesse de se réinventer, d’innover et de prendre des risques.

Et aujourd’hui, Septeo, c’est quoi ?
En quelques années, Septeo est devenu un acteur français majeur de l’industrie du logiciel dans des domaines essentiels à nos vies que sont le droit et le chiffre, l’immobilier, les ressources humaines, l’hospitalité - hébergements touristiques notamment –, et plus récemment la formation continue. Au-delà du marché français, nous intervenons également en Espagne, au Portugal, au Benelux, en Tunisie et au Canada. En termes de résultats, nous avons presque triplé notre chiffre d’affaires en quatre ans, passant de 150 M€ en 2020 à 420 M€ en 2024. Nous devrions d’ailleurs franchir le cap des 500 M€ dès 2025. Plus largement, notre ambition est de construire, autour de chacun de nos pôles d’expertise, une chaîne de valeur logicielle complète destinée à apporter à nos clients des réponses globales à leurs besoins de performance et de productivité.

Comment appréhendez-vous l’exercice 2025 ?
Après avoir consolidé nos différents pôles l’an dernier et continué à progresser dans un marché en décroissance, une nouvelle phase de développement va s’ouvrir cette année. Cela va se traduire par des investissements technologiques majeurs qui vont faire émerger toute une série de solutions logicielles intégrant de l’intelligence artificielle (IA). Nous injectons plus de 60 M€ par an en R&D, dont une large part dans notre programme IA baptisé « Brain » initié dès 2023. Ce laboratoire implanté au sein de notre site parisien vise à mettre à la disposition de l’ensemble de nos 200 000 utilisateurs – notaires, avocats, agents immobiliers, DRH, experts-comptables, directions juridiques ou organismes de formation – des IA génératives dédiées à leur métier. Nous l’utilisons aussi largement en interne pour améliorer notre qualité de services, notamment à travers des chatbots, ou pour travailler l’analyse de la data. Nos investissements en R&D, dans l’IA, mais aussi dans le domaine de la cybersécurité et des infrastructures, ne faibliront donc pas ces prochains mois. Toujours en 2025, nous devrions recruter près de 350 nouveaux collaborateurs, dont au moins un tiers au sein de notre siège social en vue de conforter nos différentes activités. Une extension de 3 000 m2 de notre siège actuel (10 000 m2, NDLR) va d’ailleurs permettre d’accompagner cette évolution des effectifs.

Allez-vous poursuivre votre stratégie en termes d’acquisitions ?
Nous marchons toujours sur nos deux jambes. Parallèlement à notre croissance organique soutenue, nous sommes toujours à l’affut d’opportunités de croissance externe. L’un ne peut aller sans l’autre ! L’objectif de ces acquisitions est double : il s’agit d’une part d’acquérir de potentielles briques technologiques, et de l’autre de gagner de nouvelles parts de marché. Septeo a également vocation à accélérer à l’international, notamment en Espagne, où à partir de notre site barcelonais où sont basées 200 personnes, nous comptons renforcer nos positions. Nous visons également un développement dans les marchés européens de proximité où nous sommes déjà présents tels que le Benelux.

Pour atteindre quel résultat ?
Notre objectif est d’atteindre un milliard d’euros de revenu logiciel avant 2030. Nous ambitionnons de créer « un grand du logiciel européen » afin de rivaliser avec les opérateurs d’envergure internationale spécialisés dans le digital. La France et l’Europe ont besoin de groupes comme Septeo, leaders en matière d’innovation technologique et de maîtrise de la data. De fait, nous devons poursuivre une stratégie de croissance pour y parvenir. En quelques années, nous sommes d’ailleurs devenus un des tous premiers éditeurs de logiciels français. 

Aux côtés des métiers historiques adressés par Septeo, vous avez développé plus récemment de nouveaux pôles dédiés à l’hospitalité et à l’éducation. Avec quelle approche ?
Comme je l’ai exprimé précédemment, nous avons pour vocation de proposer des solutions globales intégrant l’ensemble de la chaîne de valeur des métiers que nous adressons. À côté de cela, nous travaillons à diversifier notre groupe afin de lui donner un potentiel de croissance plus important encore. Nous le faisons toujours avec l’idée « d’être présents aux côtés des femmes et des hommes dans les moments clés de leur vie » : un mariage, une transmission, un achat immobilier, une évolution professionnelle, un voyage… Bref, il y a un logiciel Septeo derrière chaque moment important de notre vie ! Aujourd’hui, nous touchons plus de 40 millions de personnes chaque année au travers de nos différents logiciels dans ces moments tellement importants de nos vies. La création du pôle « Hospitality » l’année dernière puis du pôle « Éducation » cette année, s’inscrit dans cette logique d’enrichissement de notre offre et d’élargissement de notre champ d’action. L’acquisition en décembre dernier de la société Ymag associée à Dendreo, que nous avions acquis en début d’année, nous permet de devenir le leader français à destination des centres de formation. C’est aussi une fierté que de pouvoir contribuer au développement de l’innovation technologique à destination de ces organismes de formation tant ils sont précieux dans le développement des compétences futures d’un monde en profonde mutation. Ce tout nouveau pôle compte désormais 200 personnes, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 35 M€.

David Danielzik / danielzik@lalettrem.net
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