Gilbert Comos (FFB 34) : « Nos entreprises doivent gagner en compétitivité »
Président de la Fédération du bâtiment de l'Hérault (FFB 34), Gilbert Comos évoque, dans un entretien exclusif accordé à La Lettre M, les enjeux majeurs du secteur de la construction, actuellement confronté à une crise multi-factorielle.
La FFB 34 a récemment tenu son assemblée générale. Avec quels temps forts ?
L’objectif était de montrer à nos adhérents que nous sommes en ordre de marche pour évoluer et répondre au plus près à leurs attentes. Notre fédération propose de nombreux services permettant d’accompagner les dirigeants tout au long de la vie de leur entreprise. Ces outils qui ne sont pas forcément utilisés pourraient cependant leur éviter de s’enliser dans des difficultés d’ordre juridique ou sociales…
La nouvelle génération est-elle sensible à vos actions ?
En l’espèce, notre souhait est de sensibiliser les nouvelles générations à l’intérêt que peut représenter la FFB. Elle offre un sas de respiration hors de l’entreprise, où le dirigeant – quelle que soit sa taille ou son activité - peut bénéficier de conseils et d’une vision partagée grâce à ses pairs, et ce en toute confidentialité et sans jugement de valeur. L’objectif est de trouver une solution à chaque interrogation. Face aux difficultés, le dirigeant est souvent isolé et s’épuise.
Autre combat de votre fédération, la préservation des compétences. Comment y parvenir ?
La crise de l’immobilier qui a marqué les années 90 a impacté nos savoir-faire avec la perte de salariés expérimentés. Nous nous battons actuellement pour ne pas revivre cette situation avec la crise que nous subissons aujourd'hui. Le département de l’Hérault compte 1 000 jeunes en apprentissage (100 000 au niveau national, NDLR). Après une rencontre avec la rectrice, nous allons initier des actions pour rapprocher l’école de l’entreprise en impliquant les enseignants. Nos compagnons constituent la richesse de nos entreprises par leurs connaissances techniques, mais également par leur capacité à transmettre leur expertise directement sur les chantiers. Dans le contexte difficile que nous traversons, il ne faut pas que les entreprises les laissent partir en fin de carrière afin de pouvoir assurer cette transmission à la jeune génération.
Quels enseignements avez-vous tiré du sommet de la construction organisée par votre fédération nationale ?
Cet évènement organisé en octobre dernier a été l’occasion d’apporter un focus sur les difficultés à se loger à Montpellier, faute de production neuve suffisante. Le PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal, NDLR) de la Métropole de Montpellier adopté en juillet dernier prévoit la production de près de 4 500 logements par an (350 ha de foncier, NDLR) alors que le bassin d’emploi de Montpellier accueille 5 000 nouveaux habitants par an. L’étude du service des données et études (SDES) du ministère de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique présentée lors de ce sommet a montré un besoin de logement estimé à 9 818 logements sur la période 2026-2030 dans ce territoire ; puis à 8 175 de 2031 à 2035 et à 6 451 de 2036 à 2040. Nous retrouverions un rythme de production de 5 151 logements de 2041 à 2050. L’observatoire territorial de l’habitat et du foncier de la Cerc (Cellule économique régionale de la construction) Occitanie estime par ailleurs cette production à 8 735 logements/an sur la période 2021-2035. La question est désormais de relancer la construction afin de résoudre les besoins… Ce sera certainement l’un des sujets abordés lors des prochaines échéances électorales. La prise de conscience et le choix politique des élus vont impacter l'avenir des entreprises. De plus en plus d’entre elles ne parviennent plus à retenir leurs talents car ces salariés ne peuvent plus se loger, faute d’offre.
Plus largement, quel bilan tirez-vous de l’année 2025 ?
La crise est bien réelle. Les entreprises, déjà fragilisées, l’ont été encore plus par le contexte actuel qui s'avère hyper concurrentiel. Celles qui vont bien sont celles qui ont su conserver leurs fonds propres. De fait, notre secteur est malmené depuis cinq ans avec un niveau d’offres anormalement bas et les conséquences multiples de la crise sanitaire, de l’inflation, de la guerre en Ukraine, de l’abandon du dispositif Pinel, du recul de la production ou de l’entrée en vigueur de la loi climat et résilience... Selon la Cerc Occitanie, l’Hérault affiche 395 défaillances d’entreprises de notre filière, soit une hausse de près de 22 % sur un an, et 1 200 emplois perdus. En 2025, les entreprises du bâtiment ont cependant pu s’appuyer sur le bon niveau de la commande publique avec par exemple les projets de nouveaux groupes scolaires, les chantiers du CHU de Montpellier ou le marché des ventes en bloc pour les logements sociaux et intermédiaires...
Quelles sont les perspectives pour 2026 ?
Elles sont très difficiles à entrevoir. Nous sommes face à des incertitudes liées au budget national qui n’a toujours pas été adopté et aux résultats des prochaines élections municipales qui se profilent. La crise du logement met la pression sur les maires. Si en 2020, on disait « maire bâtisseur, maire battu », cela pourrait s’inverser en 2026... « maire sans grue, maire battu » ou de façon plus positive « maire avec grue, maire réélu. »
Dans ce contexte, comment les entreprises peuvent-elles réagir ?
Selon moi, les dirigeants doivent se concentrer sur ce qu’ils savent bien faire, en reconstituant leurs carnets de commandes pour 2027 et en développant des pistes d’amélioration afin d’être rentable. J’ai bien conscience que les volumes d’activité n’étant pas forcément au rendez-vous, les entreprises ont tendance à adopter une position défensive. Pour autant, elles disposent des leviers pour gagner en compétitivité. Cela passe notamment par le développement d’outils de gestion et de management - Lean management, prêt de main d’œuvre à but non lucratif -, davantage de collaborations inter-entreprises et une attention particulière lors des phases d’études des projets.
La santé des dirigeants vous préoccupe-t-elle ?
Elle constitue un véritable enjeu. En 2026, nous avons prévu d’organiser un atelier dédié à destination de nos adhérents en vue d’évoquer cette question : seront abordés les enjeux de santé physique et psychologique du dirigeant, mais également la psychologie du travail. L’idée est de proposer des actions préventives, d’aider les dirigeants à gérer leur temps ou à communiquer...










