Fil infos

Haute-Garonne
|
Industrie
| 2/02/2026

Fibre Excellence : branle-bas de combat pour sauver l’usine de pâte à papier

© Fibre Excellence - Région Occitanie

« Une usine qui ferme, c’est un territoire qui meurt », « On lutte pour l’emploi, la cellulose vivra », peut-on lire sur les banderoles. Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées le 31 janvier à Saint-Gaudens, à l’appel de l’intersyndicale du Comminges, afin de soutenir les salariés de Fibre Excellence, producteur de pâte à papier. Les deux sites de l’entreprise, à Tarascon (13) et Saint-Gaudens (31), qui emploient près de 700 personnes – dont plus de 270 en Haute-Garonne – et dont dépendent quelque 10 000 emplois dans la filière forêt-bois-papier, sont menacés de fermeture d’ici au 15 mars. En cause : des difficultés liées au prix de rachat par EDF de l’énergie produite à base de biomasse par les usines.

Les élus locaux montent au créneau
Le 29 janvier dernier, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, a alerté – aux côtés de plusieurs autres élus locaux* – sur la situation « critique » de l’entreprise. Dans un courrier adressé au Premier ministre, ils assurent que « la disparition de ces sites signifierait la perte des derniers outils français de production de pâte à papier blanchie, affaiblissant durablement notre souveraineté industrielle ». Et les élus de solliciter l’intervention du chef du Gouvernement afin de permettre l’ouverture de négociations entre l’État, EDF et Fibre Excellence en vue d’« adapter le mécanisme de complément de rémunération aux réalités économiques actuelles », de « suspendre les procédures contentieuses en cours » et de « sécuriser la continuité d'activité des sites et des emplois qui y sont attachés ».

Un « écart de traitement » ?
Les cosignataires du courrier déplorent « un écart de traitement » entre les sites Fibre Excellence et la centrale biomasse de Gardanne (13), exploitée par GazelEnergie, propriété du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. « À la suite d'une adaptation législative, cette entreprise a pu conclure un avenant contractuel lui permettant de bénéficier d'une garantie d'achat de l'électricité fortement revalorisée, à hauteur de 250 € par mégawattheure, représentant un soutien public estimé à près de 800 M€ sur huit ans », indiquent-ils, s’étonnant dès lors que le tarif de rachat de référence de Fibre Excellence demeure, lui, « fixé à 120 € par mégawattheure ». Selon les élus, « cette différence de rémunération place Fibre Excellence dans une situation de désavantage économique manifeste : disposant de marges nettement inférieures, l'entreprise ne peut mobiliser les mêmes capacités financières que GazelEnergie pour sécuriser ses approvisionnements en bois. Cette distorsion de concurrence exerce une pression accrue sur l'ensemble de la filière bois-énergie en tirant les prix d'achat du bois vers le haut au bénéfice des acteurs les mieux dotés financièrement au détriment des industriels historiques. Elle fragilise ainsi l'équilibre économique de toute la filière et déstabilise durablement les chaînes d'approvisionnement locales. »

« Il est temps de se ressaisir »
Jean-Louis Chauzy, président du Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) Occitanie, entend lui aussi défendre « une solution industrielle ». « La situation financière critique que connaît l’entreprise doit faire l’objet d’une négociation avec l’État et EDF pour la mise en place d’un prix de revente de l’électricité produite par Fibre Excellence à un prix rémunérateur couvrant les coûts de production, avec la signature d’un nouveau contrat, estime-t-il. Il est temps de se ressaisir pour faire des énergies décarbonées et pilotables un atout pour la France afin que l’entreprise publique EDF ait les moyens de produire une énergie de masse dont le coût sera attractif pour l’industrie française et la préservation de nos activités industrielles. »

Des syndicats vent debout
L’intersyndicale du Comminges (Solidaires, CFDT, CGT, FSU et FO) dénonce
« une bombe » pour l'économie locale, « une catastrophe pour tout le tissu social et économique de la région ». Et d’insister : « Les sous-traitants, les fournisseurs seraient mis en grande difficulté, mais plus encore, en l’absence d’autres employeurs commingeois, ce sont des centaines de familles qui perdraient leurs revenus, avec toutes les conséquences économiques et psychologiques qui en découlent. C’est bien l’ensemble de la région qui serait en deuil en cas de fermeture de l’usine de cellulose. » Pour la Filpac CGT (métiers du livre, du papier et de la communication), « l’urgence » est ainsi à la fois « industrielle, sociale et territoriale ». « Le site traverse une crise d’une brutalité rare, déplore le syndicat. En trois ans, le prix du bois a explosé de 50 %. En six mois, la demande de pâte à papier a chuté de 20 %. Résultat : une surproduction sur un marché saturé, des prix en chute libre et une usine poussée doucement vers l’asphyxie. Comme si cela ne suffisait pas, la production d’électricité via la chaufferie biomasse, pourtant vertueuse, coûte un pognon de dingue : coût élevé, prix de revente dérisoire. »

« Des facteurs économiques défavorables », selon la direction
Contactée par La Lettre M, la direction de Fibre Excellence n’a pas encore donné suite à nos sollicitations. Le 18 décembre dernier, elle déplorait dans un communiqué « des facteurs économiques défavorables », avec « un ralentissement marqué » sur le marché mondial de la pâte à papier, une demande européenne en berne, mais aussi une hausse du coût des matières premières en France, sans oublier – côté électricité – des tarifs de rachat qui « ne sont pas indexés sur l’évolution réelle du coût de la biomasse, ce qui réduit la rentabilité malgré la production d’énergie renouvelable ».

Leader français de la pâte à papier, Fibre Excellence revendique une capacité de production annuelle de plus de 550 000 tonnes, dont 280 000 tonnes de pâte kraft blanchie de feuillus et de résineux au sein de son usine de Saint-Gaudens, construite en 1959. L’entreprise, qui assure avoir investi plus de 55 M€ dans son usine haut-garonnaise au cours des trois dernières années, annonce un chiffre d’affaires consolidé de 300 M€ en 2024.

*Sébastien Vincini, président du Conseil départemental de la Haute-Garonne, Joël Aviragnet, député de la Haute-Garonne, Magali Gasto Oustric, présidente de la Communauté de communes Cœur et Coteaux du Comminges, et Jean-Yves Duclos, maire de Saint-Gaudens.

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
Bloc Abonnement

La Lettre M sur votre bureau chaque mois, la newsletter quotidienne à 18h, toute l'actualité en temps réel sur lalettrem.fr, les magazines thématiques, le guide « Les Leaders, ceux qui font l’Occitanie », la référence des décideurs d'Occitanie