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Gard / Hérault
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Logistique
| 3/12/2018

Asics renonce à implanter son centre logistique Europe du Sud à Mauguio et opte pour Nîmes

Trop long, trop complexe : un an après avoir annoncé en grandes pompes* son implantation dans la zone de fret de l’aéroport de Montpellier, à Mauguio (34), l’équipementier sportif japonais Asics jette l’éponge, apprend-on lundi de sources proches et concordantes. Les échos contradictoires émis par les services de l’État - Dreal et préfecture favorables au projet, services centraux à Paris réticents du fait de la présence, sur le site, d’une espèce protégée, l’outarde canepetière – auraient découragé les investisseurs japonais. Asics devrait finalement implanter les 180 emplois de sa future plateforme logistique Europe du Sud dans l’actuelle base d’Auchan, à Nîmes Grézan – Nexity achevant de construire pour Auchan une nouvelle plateforme logistique à Saint-Gilles, aux portes de Nîmes. À Mauguio, le promoteur (également Nexity) maintient le projet de construction de plateforme de 60 000 m2, alors que l’enquête publique débute aujourd’hui. L’ensemble comprendra deux bâtiments : un de 12 000 m2, dédié à des activités de messagerie pour les futures enseignes de meubles et d’électroménager d’Ode à la mer (stocks et click&collect) et un autre de 48 000 m2, un nouvel utilisateur étant déjà sur le point d’être trouvé après cette défection d’Asics.

Asics officialisera sa décision en janvier

« Ce projet se fera, mais pas dans les conditions qui avaient été présentées l’an dernier, confirme, le 5 décembre, Asics France. Asics a en effet été obligé de réfléchir à un nouvel emplacement pour l’installation de sa plateforme en raison de retards importants observés tout au long du processus de planification de la construction. Ces retards répétés ont une incidence sur la date de livraison prévue et rendent incertaine la date de livraison finale (initialement prévue pour février 2019). Les enjeux sont de taille, et pour éviter toute perturbation auprès de ses partenaires commerciaux, consommateurs et employés, Asics a dû rechercher un autre site. Asics reste attaché à la région Occitanie et à ses employés. À la suite de l'approbation finale des parties prenantes, y compris du comité d'entreprise, Asics confirmera le nouvel emplacement début janvier. »

Un proche du dossier tacle la schizophrénie de l'État

Même si une solution est en passe d’aboutir à Mauguio, un proche du dossier, qui travaille dessus « depuis six ans », confie à La Lettre M son exaspération : « Sur le foncier de l’aéroport de Montpellier, nous sommes en amodiation, avec une autorisation temporaire d’occupation du domaine public. La nue propriété du terrain reste à l’État, via la DGAC (direction générale de l’aviation civile). Nexity a obtenu un permis d’aménager, puis un permis de construire, sur des fonciers obtenus par voie légitime de consultation, avec une destination unique : faire de la logistique. Cette activité unique fléchée sur ce foncier résulte d’une state infinie de règlements : Scot, PLU, règlement de zone, de concession… Aucune règle n’a été enfreinte par Nexity, tous les schémas ont été respectés. Les choses se sont gâtées à partir du moment où, en complément d’un document d’urbanisme qui permet de construire 60 000 m2 de surface logistique, il a fallu obtenir une autorisation d’exploiter, via une procédure ICPE. On s’est retrouvés face à une administration centrale d’Etat, portée par des gens d’une extrême conviction de protection de l’environnement. Toujours est-il que nous avions, d’un côté, la DGAC (l’État, donc), qui veut promouvoir un territoire qui l’appartient, et une prime d’aménagement du territoire accordée par ce même État, et, d’un autre côté, un règlement d’État qui nécessite d’obtenir une autorisation d’exploiter, avec, à la clé, un process environnemental fort, des commissions nationales et régionales, et beaucoup de subjectivité exprimée lors des réunions. L’élément bloquant a été la nécessité, pour Nexity, d’identifier un terrain de compensation d’une capacité égale, à proximité, pour la préservation de l’outarde canepetière. Au total, près de deux ans auront été perdus sur ce dossier, ce qui a entraîné le retrait des Japonais. Il faut dire que la France est le pays de commissions (sic). Lors de l’une d’elles, le 25 juillet, deux fonctionnaires descendus de Paris nous ont traités comme les pires pollueurs de la planète. Cela a pu surprendre les Japonais, même s’ils ne disent jamais ce qu’ils pensent. Nous avons mis 18 mois à trouver un terrain de compensation pour les outardes. On peut comprendre qu’il faille défendre la biodiversité au détriment de la création de 180 emplois, mais à ce moment-là, on ne lance pas un marché pour faire de la logistique. Nous n’avons pas fait de hold-up sur un foncier. Quand il a été mis à disposition par le propriétaire et le mandataire, il avait une autorisation de construction, avec une destination et une volumétrie. Et Asics était un très bon client, une signature internationale. On ne pouvait pas imaginer une seconde, il y a un an, que cette réussite se perdrait dans les méandres des circuits administratifs. Nous avions 180 emplois, qui ne sont pas des Bac + 6 ou des start-uppers. Toutes les collectivités se sont mobilisées, ainsi que l’Etat à l’échelle locale, et on se fait étaler pour trois outardes (sic). Je n’ai rien contre les outardes, mais il ne fallait pas rendre ce foncier constructible, avec une telle destination. On voit des gens qui peinent à trouver du travail, et on laisse filer 180 emplois. Des sujets, on en perd. J’ai l’habitude. Mais là, c’est le sommet du lamentable qui est atteint. »
Rappelons le contexte dans lequel s’inscrit cette opération : Bastide Le Confort Médical va implanter sa logistique à la place de celle d’Asics, à Gallargues (30), en façade autoroutière. « Il y a donc toute une chaîne de baux, d’avenants aux baux, de compromis de vente, d’avenants aux compromis de vente, entre les multiples acteurs, du fait de ces retards. Et, au final, la confiance se rompt, et le projet capote », poursuit notre source.

Hubert Vialatte / vialatte@lalettrem.net
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