Europe : les attentes des acteurs économiques des Pyrénées-Orientales
Dans le cadre des consultations citoyennes européennes (700 consultations prévues dans 27 pays, 350 à venir) dont la restitution publique se fera en novembre prochain, Nathalie Loiseau, ministre en charge des affaires européennes rencontre le 3 septembre à la Maison de l’artisan à Perpignan les principales organisations professionnelles du département. « C’est le moment de communiquer. L’Europe, c’est un syndicat de copropriété. Bruxelles, c’est nous ! L’Europe peut donc répondre à vos besoins », déclare la ministre aux nombreux acteurs économiques présents et aux représentants de l’UPA, l’UPE 66, FFB 66, FDSEA, Capeb, fédération des taxis ou encore fédération de l’hôtellerie de plein air venus l’interpeller. « Cette consultation a une vocation économique. Elle s’effectue au sein d’un territoire transfrontalier dont les conditions économiques et sociales sont défavorables. Nous attendons de Nathalie Loiseau qu’elle soit l’avocate du territoire à Paris et au niveau européen », souligne le député LREM Romain Grau, à l’initiative de cette consultation. Agriculteurs, professionnels du bâtiment et taxis lui ont adressé un message clair : les entreprises souffrent de la concurrence avec l’Espagne, alors qu’elles rencontrent des difficultés à conquérir des marchés de l’autre côté de la frontière.
Lutter contre la concurrence déloyale, les distorsions sociales et fiscales
« L’Europe sociale et fiscale est loin d’aboutir, dénonce Guy Durand, président de la FFB 66 et vice-président de l’UPE 66. Nous sommes pour une Europe où les contraintes doivent être les mêmes pour toutes les entreprises ! ». « Pour un travailleur étranger dans la légalité, on en recense dix dans l’illégalité », complète Robert Massuet, président de l’UPA66. Face à ces attentes, Nathalie Loiseau indique « on pousse à une autorité européenne du travail concernant la déclaration des travailleurs. Les chefs d’État travaillent à la proclamation des droits sociaux européens avec un salaire minimum européen avec la volonté d’une convergence salariale vers le haut. » Elle ajoute, « il faut arrêter de se faire peur. Mettre en place ce genre de mesure, il faut sortir de la notion des 27 pays ou rien. Certains pays peuvent être prêts et d’autres pas. Cela a été fait avec le parquet Européen pour lutter contre les fraudes qui a été créé à l’initiative de 10 pays. » Interpellée sur les travailleurs détachés, la ministre évoque la directive lancée et les conventions bilatérales et s’inquiète du secteur des transports et du cabotage. Sur la notion de convergence des salaires, elle confirme que « les pays de l’Est tels que la Pologne connaissent le plein emploi. Les entreprises sont contraintes d’augmenter les salaires pour embaucher et donc peu à peu la notion de travailleurs détachés devrait s’atténuer.» Un importateur de Grande-Bretagne s’est inquiété de l’action de l’administration française sur les effets du Brexit. « Nous sommes dans une période de bras de fer. Entre les propositions des Britanniques et la possibilité de ne pas trouver d’accord, il vaut mieux qu’il n’y ait pas d’accord », précise la ministre.
Pouvoir accéder aux marchés espagnols
Autre sujet d’inquiétude pour les entrepreneurs catalans : l’impossibilité de conquérir des marchés de l’autre côté de la frontière. Le représentant de la fédération des taxis des Pyrénées-Orientales s’est montré particulièrement virulent. « Nous demandons une réciprocité avec l’Espagne. Nos taxis ont interdiction de travailler à l’aéroport de Barcelone alors même que la commande vient du territoire français », explique-t-il à la ministre, qui a pris note de ce chantier à mener. Celui-ci pointera aussi la difficulté pour les TPE à mettre en place la RGPD, réglementation européenne de protection des données.
Tourisme : les plateforme BtoB, l'urbanisme
Hervé Montoyo, président de l’UMIH 66 (métiers de l’hôtellerie et de la restauration) s’inquiète de l’essor des sites internet d’avis, de la concurrence de Airbnb, des loueurs sauvages,… « Concernant la plateforme business to business nous sommes mobilisés. Nous sommes attentifs à ce que le numérique soit un facilitateur et pas un étouffoir des secteurs économiques traditionnels. Nous veillons à ce que les GAFA payent leur juste part d’impôt tout comme les startup qui y sont soumises. Les GAFA se plieront face à l’Europe car ils ne peuvent pas faire l’impasse sur 460 millions de consommateurs potentiels ! », répond la ministre. Il appelle l’aide de l’Europe pour finir les travaux de la RN 116 pour faciliter l’accès des touristes et des professionnels aux territoires enclavés de montagne et la nécessaire restructuration du Train Jaune. « Le Train jaune est un sujet d’intérêt européen mais je transmettrai votre dossier au ministre des Transport », répond la ministre. Autre point noir pour le secteur, l’urbanisme. « Notre secteur représente un tiers de l’offre en Europe et connaît une forte croissance. Augmenter notre offre devient difficile face aux contraintes multiples d’urbanismes par rapport aux sites remarquables : loi littorale, loi montagne, zone Natura 2000, PPRI (risque inondation), l’empilement des tous les textes amènent à des contradictions. En 15 ans, huit campings ont disparu et cela risque de s’amplifier ! Nous avons besoin de trouver des solutions dans le respect des risques naturels, écologiques… », témoigne Jean-François Bey, président de la fédération de l’hôtellerie de plein air qui appelle un appui de l’Europe pour une équité dans l’urbanisme.
Agriculture : concurrence déloyale, l'eau
En amont de la rencontre avec l’Alliance économique (UPA, UPE et FDSEA), la ministre chargée des affaires européennes a travaillé avec les acteurs de la viticulture (CIVR, président : Philippe Bourrier). « Avec les acteurs du monde viticole, nous avons évoqué l’évolution de la réglementation européenne (glyphosate, cuivre), la spécificité de certains terroirs, comment répondre aux attentes des consommateurs, l’importation de vin espagnol, le Brexit, l’exportation des vins du territoire en Europe et dans le monde sans que les règles européennes ne deviennent un obstacle, les distorsions sociales, les orientations de l’Europe sur la PAC et le transport », indique-t-elle. Yves Aris, président de la FDSEA, s’interroge de la volonté du gouvernement de conserver une agriculture en France. « L’Allemagne est devenu le plus grand pays producteur de fraise en Europe ! Alors que nous, nous reculons ! », s’insurge-t-il. « Pour nos cultures méditerranéennes, la main d’œuvre, c’est 60 % du coût de production. Alors que le secteur est pourvoyeurs d’emplois sur le département, l’Europe doit nous aider à lutter face à la distorsion de concurrence et des prix bas pratiqués », souligne-t-il. Selon lui, il faut que « le prix du produit sorti du producteur soit affiché sur la facture. Autre point, je demande à ce que sur l’étiquette des produits transformés en France fasse mention de l’origine des produits. » Il a dénoncé la problématique de l’utilisation de l’eau. « Quand on demande de créer de la ressource en eau, on se retrouve confronté à l’administration. Or, l’Agence de bassin de l’eau a son siège à Lyon ! Comment peut-on faire pour bénéficier des mêmes pratiques que les Espagnols dans l’utilisation de l’eau ? », indique-t-il.










