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Agri - Agro
| 19/03/2024

Nicolas Escamez (Vivadour) : « Les transitions nous poussent à nous réinventer »

© Vivadour

Afin de répondre aux enjeux des transitions agricoles, la coopérative gersoise Vivadour (596 M€ de chiffre d’affaires, 4 800 agriculteurs membres et 775 salariés) déploie son plan stratégique « Ambitions 2025 ». Nicolas Escamez, directeur de la stratégie et du développement coopératif, dresse pour La Lettre M un premier bilan de cette feuille de route.

L’année 2023 a-t-elle été fructueuse pour les agriculteurs gersois ?
Les productions végétales, qui représentent 50 % de notre activité, ont été frappées par la canicule. Cela a baissé notre production à 300 000 tonnes, contre 380 000 en moyenne, soit une diminution de 20 %. Les productions animales, qui représentent un tiers du chiffre d’affaires, ont été impactées par la grippe aviaire, qui a décimé 20 % de nos stocks de volaille et de canard. La consommation de viande a également baissé au niveau national.

Comment expliquez-vous alors cette croissance de 4,38 % ?
Elle est en partie due à l’inflation du prix des matières premières, notamment les céréales, qui sont montées très haut sur les marchés. Le blé est par exemple passé au-delà de 350 € alors qu’il se stabilisait aux alentours de 200 € avant le début de la guerre en Ukraine. Notre polyvalence nous a également permis de réaliser un résultat positif.

Justement, la diversification représente-elle un axe fort de votre plan 2025 ?
En réalité, cela fait longtemps que nous avons entamé ce processus ; il y a quinze ans, 95 % de notre activité reposait sur le maïs, contre 25 % aujourd’hui. Les transitions du monde agricole, qu’elles soient climatiques ou sociétales, poussent tous les acteurs à se réinventer. Danone, par exemple, a renvoyé ses machines de yaourts gersoises en Normandie et fait désormais du lait d’avoine. Dans ce contexte, nous voulons modifier une partie de nos cultures et développons notamment un projet autour de la coriandre, avec comme objectif la production d’huile pour le marché de la cosmétique.

Comptez-vous exporter sur d’autres marchés ?
Oui, l’idée est d’investir dans le développement en aval et la création d’agro-chaînes. Nous avons ainsi embauché un technicien apicole et produit quatre tonnes de miel en 2023 pour 150 ruches, que nous doublerons d’ici à 2025 afin de créer une filière de plusieurs dizaines de tonnes de miel gersois. Nous ouvrons également un centre de désalcoolisation du vin au premier semestre 2024. Baptisé le Chai Sobre, cet investissement de 1 M€ à Vic-Fezensac (32) permettra aux acteurs du secteur de développer leur propre vin sans alcool sous la forme d’une prestation de service. La viticulture représente 8 % de notre chiffre d’affaires, mais nous portons des ambitions nationales avec ce projet. Nous comptons également développer notre pôle spiritueux, avec notamment l’export de l’armagnac à l’international et sur le réseau CHR (cafés-hôtels-restaurants). Il est aussi question d’accroître l’export de nos semences potagères en Afrique de l’Ouest et au Maghreb. Enfin, nous restons en veille sur les initiatives dans la filière bovine et envisageons des opérations de croissance externe.

Quels sont les autres axes de votre plan stratégique ?
Le plus important est le développement du service d’accompagnement à la transmission agricole, car un tiers des exploitations n’est pas repris dans le Gers. Il y a également une politique RSE déployée au sein de la coopérative, notamment sur des projets écologiques, grâce à un prêt « PACT carbone » de 2 M€ récemment signé avec Crédit Mutuel Arkea. Enfin, nous déployons depuis quelques années le plan « Eaux vives 1 », qui consiste à créer des lacs sur des exploitations afin de récupérer et de stocker l’eau de pluie. Nous redotons ce fond d’amorçage de 400 k€ et estimons réaliser 1 000 hectares de retenues collinaires chez nos agriculteurs dans les cinq prochaines années.

Propos recueillis par Thomas Alidières / alidieres@lalettrem.net
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