Laetitia Vidal (FPI Toulouse Occitanie) : « Il faut que le logement fasse sa révolution »
Laetitia Vidal, directrice générale du promoteur toulousain Pierre Passion (filiale du groupe Midi Habitat), qui était jusque-là présidente de l’ObserveR de l’immobilier toulousain, vient de succéder à Stéphane Aubay à la présidence de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) Toulouse Occitanie. Interview exclusive.
Pourquoi avoir fait le choix de ce nouveau mandat ?
Cela s’inscrit dans une certaine logique puisque j’accompagne les travaux de la FPI Toulouse Occitanie depuis de nombreuses années. Nous vivons actuellement une période très particulière pour le secteur du bâtiment au sens large, évidemment, et beaucoup m’ont dit qu’il n’y avait que des coups à prendre... Je pense au contraire que c’est la période idéale pour essayer de faire bouger les lignes. Nous faisons face aujourd’hui à un changement de paradigme à la fois structurel et culturel.
Quel regard portez-vous sur la situation de crise actuelle et sur les perspectives du secteur de l’immobilier dans le territoire ?
Nous avons la chance que notre territoire soit l’un des plus dynamiques de France. Nous connaissons tous le carnet de commandes d’Airbus et l’essor démographique de l’aire toulousaine. Mais cela crée aussi une certaine forme d’obligation vis-à-vis des entreprises ; nous devons être en mesure d’accueillir correctement leurs salariés. Or nous arrivons à un moment où, malheureusement, cela ne pourra plus être le cas. Nous alertons depuis des années les élus sur l’effondrement des autorisations de permis de construire. Aujourd’hui, le problème est autre : nous ne pouvons plus boucler les équations économiques des programmes. Ce n’est même plus une question d’autorisation, mais de demande ! Parce que le prix du foncier n’a pas baissé, parce que le coût de la construction demeure très élevé, parce que l’inflation, de même que les taux d’intérêt, ne baissent pas suffisamment... Résultat : nous ne savons plus faire tourner un bilan d’opération. Si rien n’est fait au niveau de l’État, si nous ne sommes pas entendus, 2025 va être un carnage...
Dans ce contexte, vous appelez de vos vœux « une réinvention du dialogue » entre les promoteurs et les aménageurs Oppidea et Europolia. Ce dialogue était-il rompu ?
Non, mais il était assez « descendant ». Nous voudrions mettre en place des réunions de travail transparentes sur les difficultés que nous rencontrons en vue d’aligner les exigences – légitimes – des aménageurs et la réalité de terrain. Nous devons tous nous mettre autour de la table. Cette démarche est appréciée et une première rencontre est d’ores et déjà prévue ce mois-ci.
Vous parlez de « changement de paradigme ». Pour vous, il y aurait donc un avant et un après Zan (zéro artificialisation nette) ?
C’est incontestable ! Nous passons d’une promotion que l’on pourrait qualifier d’extensive à une promotion plus intensive... Mais si cette intensité est globalement souhaitée par les élus et les promoteurs, elle est rejetée par la population. Nous faisons donc face à des injonctions contradictoires. Honnêtement, je ne crains pas pour l’avenir de nos métiers mais j’ai peur, en revanche, de la dichotomie des temporalités. Car il faudra beaucoup de temps pour faire de la pédagogie afin que la densité en matière de construction soit acceptée.
Les modèles économiques des promoteurs doivent-ils eux aussi évoluer ?
Oui. Parce qu’au fond, l’acte de construire a très peu évolué en un siècle. Nous parlons tous aujourd’hui de construction légère, de construction hors site, mais nous sommes en quête de modèles économiques alors qu’aucune filière industrielle n’est véritablement mature. À l’heure de l’industrialisation, nous faisons toujours des prototypes ! Il faut que le logement fasse sa révolution.











