La méthode de l’économiste Nicolas Bouzou pour réveiller le Biterrois
Monter en gamme pour exister face aux métropoles : c’est, en résumé, la méthode prônée, le 29 janvier à Béziers (34), par l’économiste Nicolas Bouzou, face à un parterre de patrons biterrois, dans le cadre de la présentation d'une étude commandée et pilotée par le Medef Béziers Littoral Ouest Hérault (président : Marc Aufort), et réalisée par le bureau d'études de Nicolas Bouzou (Asterès)
« Des adhérents et non adhérents ont participé à l’étude, ce qui a permis échanges très intéressants, a rappelé Nicolas Bouzou. Dans ce territoire de l’ouest Hérault, le chômage est élevé (19 %), et les difficultés économiques objectives, avec beaucoup de pauvreté. Il y a sans doute un problème de positionnement de gamme. Nous observons beaucoup d’économie de sous-traitance, un tourisme et des vins moyen de gamme. Le défi d’un territoire comme celui-ci, c’est de monter en gamme. La base existe déjà : le tourisme, très saisonnier, le secteur de l’agriculture, l’industrie, des start-up, de l’innovation. Mais avec une économie de sous-traitance et moyen de gamme, c’est très compliqué, avec la phase actuelle de mondialisation et de 3e révolution industrielle. »
- Un tourisme trop saisonnier, avec « peu de valeur ajoutée ». D’après l’économiste, le tourisme est « très orienté sur la mer, et il s’agit surtout d’un tourisme de résidences secondaires. Quand les gens n’y sont pas, ça ne sert à rien. Avec un tourisme moins saisonnier, beaucoup de choses sont à imaginer. Il y a peu de Airbnb. Je suis surpris par le faible ratio Airbnb/résidences secondaires. Quant aux campings, il faut une plus grande ouverture sur l’année. Enfin, le marketing territorial porte sur la mer. Or, l’arrière-pays est superbe, et n’est pas assez valorisé. »
- Pas assez de coopératives agricoles. « Il ne faut pas croire que les agriculteurs sont coupés de la modernité. C’est tout le contraire. Le secteur est à très forte valeur ajoutée, les agriculteurs sont très technophiles, et réalisent de très lourds investissements. Or, sur ce territoire, nous dénombrons très peu de coopératives. Les agriculteurs travaillent de façon assez individuelle. Peut-être est-ce lié aux types de cultures, qui s’y prêtent moins (miel, olives), mais au contraire, plus les marchés sont difficiles (concurrentiel, marges faibles), plus il y a de raisons pour se regrouper pour investir et faire des gains de productivité. »
- Vins : « essayez de monter les prix, juste pour voir ! ». « Quand on analyse les prix des caisses de vins français à l’exportation par origine, les vins du Languedoc sont les prix les plus faibles. Ça vaudrait presque le coup d’augmenter les prix, juste pour voir ! Les vins d’ici ne sont pas tous mauvais, loin de là. Des vins du Languedoc sont meilleurs que des Bourgogne. Mais une partie de la production est classée en entrée de gamme, et ça contamine l’image de l’ensemble du territoire. »
- Problèmes de formations. Si le territoire attire des seniors, il n’en est pas de même pour les jeunes, « qui suivent l’emploi. Nous relevons un problème d’adéquation entre offre de formation et besoins des entreprises. Par exemple, quelles sont les formations sur la viticulture ici ? Des partenariats devraient être possibles avec d’autres universités, via des Mooc. On peut imaginer des choses. »
- Quelle place face à la métropolisation ? « Le phénomène de métropolisation est propre au 21e siècle. Les métropoles aspirent les talents. En Occitanie, ce phénomène joue beaucoup plus à l’avantage de Toulouse, très puissante d’un point de vue industriel, que de Montpellier, qui est plus résidentiel. Pour les territoires, il faut des stratégies de développement économique offensives, mises en place par tout le monde, sur un projet précis. Si vous laissez faire les choses, Toulouse aspirera tout, jusqu’à ce que les prix de l’immobilier ou les problèmes de mobilité explosent. Mais les villes moyennes ont une carte à jouer. On est au début de cette tendance. » Sophie Garcia, présidente du Medef Occitanie, a renchéri : « On arrive aux limites de la métropolisation. Tout le monde a envie d’autre chose, on ressent un ras-le-bol. La crise des gilets jaunes peut aider à résoudre des problèmes de mobilités, de formations, de haut débit… Les maires se rendent compte, par exemple, qu’il faut consulter les entreprises dans l’élaboration des PLU ou des plans de déplacements. Soyons humbles dans les objectifs, avec une addition de petites actions. »
- Pas de LGV : et alors ? Nicolas Bouzou ne pense pas que l’arrivée à Béziers de la ligne ferroviaire à grande vitesse soit un sujet prioritaire. « Le TGV peut ne rien apporter du tout, s’il n’y a pas de stratégie économique. Avec le TGV, les gens peuvent arriver, mais partir aussi. Des villes sont aussi devenues des dortoirs avec les TGV. On a tort de penser que la LGV apportera des entreprises et des habitants à Béziers. »
Marc Aufort, président du Medef Béziers, appelle au lancement de manifestations pouvant contribuer, à moindre coût, au rayonnement de Béziers au-delà des frontières de l’Occitanie. Par exemple, « un ultra-trail de 180 km qui traverse le Caroux (« très bonne idée », commente Nicolas Bouzou), promotion du nautisme ou de la voile, alors qu’il n’y a à ce jour pas de compétition entre le Cap-d’Agde et Gruissan, ou encore événement sur la viticulture. Pourquoi il y a un prix des vins de Mâcon, et pas de l’ouest héraultais ? », a-t-il conclu.










