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| 11/10/2024

Jean-Luc Guénard (LPR) : « Devenir un numéro deux incontestable en Europe »

© LPR

Le groupe toulousain LPR, géant européen de la location-gestion de palettes pour les industriels et les distributeurs, vise le cap des 400 M€ de chiffre d’affaires cette année. Le petit empire de 370 salariés, plus connu localement sous le nom « La Palette Rouge », a l'ambition de doubler son volume d'activité « dans un délai le plus court possible », indique à La Lettre M Jean-Luc Guénard, DG. « Notre stratégie consiste à nous concentrer d’abord sur l’Europe au cours des trois à cinq prochaines années avant de pousser éventuellement nos efforts sur d’autres continents, confie-t-il. Nous voulons être un numéro deux incontestable sur le marché européen. Il faut que cela devienne une évidence. » Entretien exclusif.

Aujourd’hui, LPR est un acteur incontournable de son secteur. Comment le groupe a-t-il bâti son succès ?
La société LPR – La Palette Rouge – a été fondée en 1992 à Toulouse. Au début, il s’agissait d’une petite entreprise positionnée sur le marché de la location-gestion de palettes. Un marché émergent à l’époque, qui faisait suite au système précédent, basé sur l’échange de palettes « Europe ». Le pooling de palettes, modèle de partage et de réutilisation basé sur l’économie circulaire, a apporté de la valeur ajoutée tout en permettant de réduire les coûts et les impacts environnementaux. La société s’est développée progressivement ; il a fallu une quinzaine d’années pour qu’elle atteigne 100 M€ de chiffre d’affaires. L’an dernier, nous avons réalisé 385 M€ de CA et cette année, nous visons le cap des 400 M€. Nous comptons 371 salariés, dont un tiers est basé à Toulouse, où se trouvent à la fois le siège du groupe et celui de notre filiale française.

Votre activité est désormais résolument internationale…
En effet. C’est un processus qui a débuté durant les années 1990. Nous couvrons aujourd’hui tous les pays d’Europe et disposons d’une implantation physique dans douze d’entre eux. Et ce déploiement s’accélère. Nous sommes très présents en Europe de l’ouest et souhaitons renforcer notre empreinte dans le nord, l’est et le sud du continent. Par définition, nos produits ne connaissent pas de frontière ; ils suivent les marchandises de nos clients. Les flux sont par nature internationaux et même si les contraintes réglementaires peuvent différer en fonction des zones, beaucoup d’approches sont paneuropéennes. Notre stratégie consiste ainsi à nous concentrer d’abord sur l’Europe – qui constitue un marché majeur – au cours des trois à cinq prochaines années, avant de pousser éventuellement nos efforts sur d’autres continents. Nous voulons être un numéro deux incontestable sur le marché européen ; c’est notre ambition et notre feuille de route. Il faut que cela devienne une évidence.

Qui sont vos clients ?
Nous gérons chaque année 121 millions de mouvements de palettes à travers l’Europe. Nos clients sont par nature des fournisseurs de biens de grande consommation qui travaillent avec la grande distribution, mais aussi les distributeurs eux-mêmes. Notre modèle se base sur des flux, des volumes. C'est la standardisation et la massification qui nous intéressent ; c'est là que nous avons notre pleine pertinence.

Comment fonctionne votre modèle ?
Tout d'abord, il convient d'insister sur le fait que nous ne sommes pas fabricants de palettes. Ce n'est pas notre métier. Nos clients n'attendent pas de nous que nous possédions une scierie ou une unité de fabrication de palettes. Car là n'est pas notre valeur ajoutée, même si bien entendu nous nous assurons que nos palettes sont issues de filières durables. En réalité, nous sommes positionnés sur le data tracking, le risk management, la création de valeur vis-à-vis des différents acteurs de la supply chain. Tout commence en fait avec une information que nous apportent nos clients en amont. Nous nouons avec eux des contrats formalisant une certaine durée et incluant un volume d'activité et un rayonnement géographique bien précis. Nous recevons un prévisionnel et des commandes ; tout réside ensuite dans la fluidité de la transmission des informations. Le système est simple : nos clients utilisent nos palettes pour placer leurs marchandises avant de livrer leurs propres clients, puis ils nous envoient l'information, incluant le positionnement géographique des actifs en question. Nous sommes donc en mesure de savoir combien de palettes sont arrivées à tel ou tel endroit, ce qui nous permet d'organiser les collectes des différents actifs partout en Europe. Nous disposons au total de 35 000 points de ramassage et de 132 centres de service disséminés dans tout le continent. C'est là que nous trions et réparons les palettes le cas échéant. Nous avons par ailleurs signé des accords nous permettant d'acheter en permanence des palettes afin de consolider notre stock. Ainsi, notre modèle réside à la fois dans la prise de risque et dans la gestion de la data. Nous nous efforçons d'optimiser les rotations, d'améliorer les contrôles et de réduire les stocks et les pertes.

Vous basez-vous uniquement sur les informations émanant de vos clients ou intégrez-vous sur vos actifs des technologies de type puce RFID ?
Pour le moment, il s'agit principalement d'informations recueillies auprès de nos clients, mais nous commençons à travailler en effet sur l'intégration de puces au travers de différents projets pilotes. Pour l'heure, la problématique réside dans le retour sur investissement, mais aussi dans la durée de vie de ces puces. Concrètement, si nous équipons l'ensemble de notre parc, l'investissement est potentiellement énorme, alors que la durée de vie d'une puce est moindre que celle de nos palettes. Mais nous travaillons activement sur ces sujets en nous appuyant sur la division R&D du groupe hollandais Euro Pool Group (1 377 salariés, NDLR), auquel nous appartenons.

Votre modèle est basé sur une logique d'économie circulaire…
En effet. L'idée est de favoriser la réutilisation des palettes et de ne réinjecter de nouveaux actifs dans le circuit que lorsque c'est nécessaire. Par ailleurs, comme je l'ai souligné, nos palettes sont issues de bois géré de manière durable. C'est un engagement très fort de notre part. Nous sommes intimement reliés à l'économie circulaire, à l'économie durable ; nous portons ce message et encourageons nos clients à le porter également.

Vous étiez auparavant implantés à Balma, dans la première couronne toulousaine, et venez de déménager à Toulouse. Pourquoi ce choix ?
Nous avons effectivement emménagé en juin dans de nouveaux locaux à Toulouse car nous avions besoin de place. Avec ce nouveau site, nos collaborateurs gagnent clairement en qualité de vie au travail. Les bureaux sont plus modernes, plus spacieux, plus lumineux, plus respectueux de l’environnement. Nous en avons par ailleurs profité pour revoir les espaces et intégrer de nouvelles zones de travail. Nous disposons désormais d'un grand espace détente, d'une salle de conférence, de « bulles » dédiées à des réunions impromptues, ainsi que d'un espace de formation et d'un showroom. Autant de facteurs d'attractivité qui nous permettent de poursuivre nos recrutements. Nous embauchons en effet entre cinq et dix nouvelles personnes chaque année à Toulouse. Nous avons par ailleurs profité de ce déménagement pour changer notre identité visuelle et notre tagline, qui est désormais « Creating circular progress ».

Et demain, comment envisagez-vous votre développement futur ?
Notre expansion géographique devrait nous permettre de continuer à grandir sur un marché qui est lui-même en croissance. Nous allons rapidement dépasser le cap des 400 M€ de chiffre d'affaires et avons l'ambition de doubler notre volume d'activité dans un délai le plus court possible. Nous restons humbles face aux enjeux, bien entendu, mais estimons avoir à la fois la capacité financière et le savoir-faire nécessaires pour devenir le numéro deux incontournable que nous ambitionnons d’être au niveau européen.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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