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Languedoc-Roussillon
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| 26/03/2013

Grands projets, agglo, aéroport, logement : ce que veut le préfet de région

Pierre de Bousquet de Florian, préfet de l’Hérault et de la région L.-R. depuis janvier, a réservé son premier entretien exclusif à La Lettre M et à ses lecteurs, ce mardi 26 mars au Domaine de Verchant, à l’occasion d'un "Petit Déj" animé par Henri Frasque, rédacteur en chef. Une centaine d’abonnés ont écouté ce grand commis de l’Etat, ex-patron de la DST (2002-2007), faire le point sur les grands dossiers régionaux.

« La LNMP se fera »

« La ligne nouvelle Montpellier-Perpignan se fera. » C’est un signe fort, et positif, envoyé par le préfet, à l’heure où la commission Mobilité 21 fait le tri entre les grands projets d’infrastructures nationaux. « C’est un grand maillon manquant dans un réseau européen. Pour le moment, ce projet n’est pas financé. Mais les études sont relancées, la phase de consultation est lancée. Je ne peux pas vous dire si ça se fera dans 5 ou 10 ans, la décision ne m’appartient pas. La façon de peser sur cette décision est de témoigner d’une unité parfaite de l’ensemble des acteurs de la région. Je ne les envoie pas faire le siège du gouvernement, mais je les incite à exprimer combien la région a besoin de ce projet. De multiples arguments sont à faire valoir, et à faire valoir dans l’unité. »

« Trois milliards d’euros de projets »

« En matière de grands projets, Le L.-R a beaucoup de grain à moudre. On vient de terminer l’A 750 (Clermont-l’Hérault/Montpellier, NDLR). On a devant nous le CNM et le déplacement de l’A9. Ces deux projets d’Etat (délégués à Oc’Via – Bouygues - et ASF – Vinci -, NDLR) engagent 3 Md€. Très peu de régions en France bénéficient de tels projets. »

Gare nouvelle de Montpellier : quel exploitant ?

La concertation publique relative au projet de gare nouvelle de Montpellier (livraison fin 2017) se déroule du 6 mai au 6 juin. Maîtrise d’ouvrage : RFF. Réalisation en PPP (remise des offres des candidats fin avril). « Reste le sujet de la gouvernance, de l’exploitation de la future gare, précise Pierre de Bousquet. Une gare n’est pas seulement un endroit où s’arrêtent les trains. C’est une affaire complexe : il y a plusieurs sortes de trains, le tram, des bus, des voitures. A l’intérieur, des activités économiques vont s’y développer, et ce sera autre chose que le bureau de presse et la buvette. »
Concernant la gare de Nîmes-Manduel (prévue à partir de 2020 dans le cadre du contournement Nîmes-Montpellier) : « Le site est bien arrêté, a tenu à rassurer le préfet. Je remarque juste que tout le monde n’est pas d’accord. Le maire de Nîmes veut que la gare nouvelle soit à l’extérieur, le conseil général du Gard à l’intérieur. C’est une des caractéristiques de la région : alors que les choses sont déjà actées (positionnement de la gare nouvelle, NDLR), les gens croient encore que c’est négociable. »

« L’A9 actuelle n’a pas vocation à rester dans le réseau concédé »

Sur la question de la reconversion de l’A9 actuelle en boulevard urbain, Pierre de Bousquet a confirmé que le projet n’est pas arrêté : « On ne sait pas combien il y aura d’échangeurs nouveaux, ni le niveau de qualité et de prestations pour les échangeurs actuels. C’est un projet qu’on ne peut pas chiffrer à ce jour. » Un fonctionnaire de la Dreal L.-R. l’estime à environ 200 M€. La requalification environnementale (bruit et transparence hydraulique) est financée à hauteur de 63 M€ par l’Etat et le concessionnaire. L’A9 actuelle, lorsqu’elle sera transformée en boulevard urbain, « n’a pas vocation à rester dans le réseau concédé, a ajouté le préfet. Elle devra rester dans la voirie territoriale, sans que l’on sache à ce jour qui la reprendra. »

Trois projets routiers prioritaires

Trois projets routiers d’Etat sont prioritaires en L.-R., a indiqué le préfet. Dans l’ordre décroissant d’importance : contournement ouest de Montpellier, contournement est de Nîmes et contournement de Mende.
Concernant le contournement ouest de Montpellier : « Il est entièrement à créer. C’est une liaison entre deux autoroutes (A750-A9, 6 km à 2x2 voies entre Juvignac et Saint-Jean-de-Védas). Le coût estimatif va de 160 M€ à 200 M€. Il faut encore étudier les perspectives de trafic, pour bien prouver que ce projet est national. Le COM n’est pas financé à ce jour. Mais le président du conseil général de l’Hérault a dit : "Je suis prêt à y aller". Ça, c’est nouveau. Pour la clé de répartition, nous avons l’assurance qu’ASF prendra plusieurs dizaines de millions d’euros à sa charge, et l’Etat devrait s’engager à hauteur de 25 % environ. Il restera quand même une centaine de millions d’euros à la charge des collectivités locales. »

Aéroport de Montpellier : « Qu’il ne soit pas dans l’agglo de Montpellier est une faiblesse »

Alors qu’un conseil aéroportuaire décisif se déroule ce jeudi, Pierre de Bousquet l’admet : « Il convient que l’Etat fasse un effort plus soutenu pour savoir lui-même ce qu’il veut faire de cet aéroport, quelle place il entend lui donner, quelle politique il veut mettre en place. Je crains que nous n’ayons pas été des propriétaires très visionnaires, en privilégiant une vision à court terme. » Pour lui, le fait que l’aéroport ne soit pas dans le périmètre de Montpellier Agglomération « est une faiblesse, à la fois pour l’aéroport et pour l’agglomération ». Concernant l’association de promotion des flux touristiques : « C’est un "truc" que les collectivités ont trouvé pour financer l’aéroport. Mais ce n’est pas par le truchement d’une association, par définition fragile, que les collectivités financent un aéroport international. Il faut sortir de ce système-là, définir une nouvelle gouvernance. »

Logement social : 20 % de moyens supplémentaires en 2013

Alors que le prochain comité régional de l’habitat se déroule le 3 avril en préfecture, Pierre de Bousquet a annoncé une augmentation de 20 % des crédits d’Etat pour le logement social en L.-R. en 2013. « La région connaît un très fort dynamisme démographique, avec 20 000 à 30 000 habitants supplémentaires chaque année. Le parc de logements sociaux n’a pas suivi le développement de la population. Il ne se situe qu’à 10-11 % du parc résidentiel, alors que la loi exige 25 %, et que la moyenne nationale est de 17 %. Or, la proportion de population qui pourrait prétendre au logement social est plus importante ici qu’ailleurs – presque 80 % pour la population du grand Montpellier. » Après avoir livré 4 700 logements sociaux en 2012, les bailleurs sociaux se voient assigner un objectif de 5 700 logements par an, si possible dès cette année. Parmi les leviers évoqués : « La mise à disposition de foncier public pour abaisser les coûts de construction. Nous avons une liste de terrains appartenant à l’Etat, qui seront alloués aux collectivités locales afin de produire du logement social. Il faut par ailleurs accélérer les procédures, et faire baisser les coûts de construction. La TVA à 5 %, annoncée la semaine dernière, va dans ce sens. »


Côté promotion immobilière, la définition du zonage B2 du dispositif Duflot (produits pour investisseurs) sera annoncée en juin, a confirmé Pierre de Bousquet. « La Dreal travaille dessus. On veut regarder la situation du marché. Il faut faire attention. Si on laisse construire dans des zones moyennement tendues, il y aura gros effort de promotion, avec le risque que des milliers de logements se retrouvent sans locataire (ce qui s’est produit à Carcassonne avec les dispositifs précédents, NDLR). Nous consultons la profession, les élus et la filière du bâtiment. »

Photos : André Hampartzoumian

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