Hérault
Conjoncture
Conjoncture : Torres optimiste, Guaino préoccupé

Le 30e anniversaire des femmes chefs d’entreprise de l’Hérault, qui s’est déroulé ce week-end, a donné lieu à une conférence dans la salle Molière de l’opéra Comédie à Montpellier. Pour l’occasion, l’association, qui regroupe 42 femmes sur le département, avait rassemblé un plateau prestigieux pour évoquer la situation économique du pays : Olivier Torres, Pmiste bien connu de la place de Montpellier, Marie-Thérèse Mercier, présidente du Medef Montpellier, Paul Jorion, chercheur belge en sciences sociales, mais aussi Henri Guaino, député UMP, plume de Nicolas Sarkozy quand celui-ci occupait l’Elysée. La Lettre M était partenaire média de l’événement.
Le sujet, vaste, a d’emblée donné lieu à des échanges vifs, notamment entre messieurs Guaino et Torres. Olivier Torres entame son propos avec un travail de chercheurs suédois : ceux-ci ont montré que les chefs d’entreprise qui envisagent la croissance de leur entreprise avec sérénité créent de la croissance, tandis que ceux qui la craignent ont plutôt tendance à stagner. « La croissance, c’est une croyance et on voit que la crise de confiance peut affecter la croissance, note-t-il. J’ai assisté la semaine dernière (le 11/09, NDLR) à la remise de la légion d’honneur à Bertin Nahum, le patron de MedTech. C’est de la bonne symbolique, c’est de ça dont on a besoin ».
« Situation toujours extrêmement préoccupante »
« Si notre seule politique économique, c’est distribuer la légion d’honneur, je pense que c’est un peu insuffisant, conteste Henri Guaino, un sourire aux lèvres devant la démonstration d’Olivier Torres. La croyance individuelle doit s’inscrire dans la croyance collective. » Lui considère que l’optimisme est néfaste, puisqu’il consiste à « peindre en rose ce qui ne l’est pas » et préfère l’espérance qui vise à aller de l’avant, allant même jusqu’à se référer aux mots de Georges Bernanos : « L’espérance est une vertu héroïque. » Il considère toutefois que « la situation économique du pays est toujours extrêmement préoccupante. On voit que la reprise, même aux Etats-Unis, est ambiguë. Et si on devait se contenter ne serait-ce que d’1% dans les années à venir, ce serait ravageur car tous nos systèmes sociaux ont besoin de beaucoup plus pour fonctionner correctement. La crise n’est pas finie, rien n’est réglé ». Pour lui, le problème de l’endettement des Etats et des ménages est au cœur de l’enjeu économique actuel, alors que les entreprises, elles, ont de plus en plus de mal à trouver des moyens pour financer leur croissance. « Quand on est une TPE et qu’on cherche 5 ou 10K€, eh bien il vaut mieux ne pas les chercher. » Olivier Torres, piqué au vif, contre Guaino sur son terrain, faisant lui aussi une référence littéraire : « Dans Vendredi ou les limbes du Pacifique, Robinson échoue sur une île déserte, qu’il appelle au départ l’île de la désolation. Puis il décide d’entreprendre, de créer sur ce bout de terre abandonnée, et finit par lui donner un autre nom : Speranza, ou espérance. Comme quoi, nous sommes d’accord : l’entreprenariat peut donner de l’espérance. » Guaino apprécie la pirouette.
En région, quelques signes positifs
Marie-Thérèse Mercier, à la tête du Medef Montpellier, reste elle aussi convaincue que le climat hostile aux entrepreneurs a un impact sur la situation économique locale. Pour elle, quelques signes font toutefois espérer un mieux : « J’ai le sentiment que nous sommes en train de toucher le fond de la piscine. Attention, je ne veux pas parler encore de véritable reprise mais quelques indicateurs ne sont pas trop mauvais : l’encaissement va mieux, les cotisations Urssaf aussi même si on constate encore beaucoup de difficultés pour les TPE. On commence à revoir des entreprises en quête de croissance externe, des investissements… » Toutefois, la représentante du patronat avance un gros bémol : dans une région tirée par le bâtiment, la situation reste très difficile avec des - 10 à - 15 %, selon les entreprises. Un constat à même de réconcilier les positions de messieurs Torres et Guaino.
Légende : Henri Guaino, à gauche, au côté de Marie-Thérèse Mercier, du Medef, et François Roche, animateur de la table ronde.










