Carburants d’aviation durable : pourquoi l’Occitanie a une carte à jouer
Pour Bruno Darboux, président du pôle de compétitivité Aerospace Valley, le sud-ouest de la France peut « jouer un rôle de pionnier » dans le développement d’une filière de carburants d’aviation durables (Saf, sustainable aviation fuel). « L’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine pourraient produire tout le Saf nécessaire au fonctionnement des avions qui décollent du territoire », estime le dirigeant, qui évalue les besoins à 40 kt par an dès 2030 et à 200 kt par an à plus long terme. Et d’évoquer les différents projets qui émergent – ICEO (Initiative carburants d’aviation durables en Occitanie), Elyse Energy, Qair, MGH, Khimod, Nacre/Axens, Saf+, Terega… –, même si « on peut penser que tous n’arriveront pas à terme », glisse-t-il.
L'enjeu de la compétitivité
Car ces initiatives suggèrent le déploiement d’infrastructures particulièrement capitalistiques (entre 1 et 2 Md€ suivant les projets de production de Saf), mais aussi des durées d’amortissement courant sur plusieurs décennies, une forte dépendance aux coûts de l’énergie et des procédés innovants qui demeurent encore à qualifier et à industrialiser. Cependant, Bruno Darboux l’assure : « Il n’y a pas besoin que tous les projets aboutissent pour parvenir au cap des 200 kt par an. » Dans ce contexte, le cœur de l’équation réside, selon le président d’Aerospace Valley, dans la capacité du territoire à être compétitif vis-à-vis d’autres régions du monde. « Ce n’est pas joué mais on doit réussir à le faire, insiste-t-il. Il faut montrer la compétitivité d’une solution locale avec, bien entendu, de l’argent public à injecter en phase d’amorçage. »
Créer une chaîne de valeur
« Les Saf contribuent dès aujourd’hui à la décarbonation du transport aérien et contribueront pour moitié à l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 », indique le président d’Aerospace Valley, pôle qui rassemble 860 acteurs de la filière aéronautique, spatiale et de drones en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine. Alors que l’Union européenne impose une montée en puissance progressive de l’utilisation de ces carburants d’aviation durables (2 % dès cette année, 6 % en 2030, 20 % en 2035 et 70 % en 2050), l’enjeu est partagé par les compagnies aériennes, les avionneurs, les plateformes aéroportuaires et les énergéticiens. « Pour réussir, nous avons besoin d’innovation et de collaboration, martèle Bruno Darboux. Il faut créer une chaîne de valeur compétitive. » Un écosystème incluant l’accès aux ressources primaires, « à travailler entre les secteurs public et privé », estime-t-il.











