Air, mer, terre et révolution digitale : le credo de Di Crescenzo pour la CCI Occitanie
Air, mer, terre : le plan d’action du président de la nouvelle CCI Occitanie, Alain Di Crescenzo, tient en ces trois éléments naturels, qui sont également des forces économiques du territoire. Le patron d’IGE+XAO, éditeur de logiciels basé à Colomiers (31) et présent dans 22 pays à travers 33 sites, s’est livré ce mardi à une double-conférence de presse, à Blagnac (31) le matin, puis à Pérols (34) en milieu de journée. La Lettre M reproduit l’essentiel de son discours.
« Je suis devenu ingénieur par accident. J’étais un sportif, un judoka plus précisément. Une fracture de la colonne vertébrale, à 17 ans, a changé mes plans. J’ai ensuite projeté de devenir enseignant-chercheur en mathématiques appliquées, avant de rencontrer par hasard le dirigeant de XAO. Cette entreprise m’a tout appris. Nous sommes passés de 3 à 400 salariés, et l’entreprise est aujourd’hui cotée en bourse. Je n’ai jamais eu envie de changer. J’en ai retiré une éducation anglo-saxonne, qui tient en six mots : respect (interlocuteurs et salariés), efficacité, lisibilité, transparence, communication, exigence. »
Ce père de trois enfants (« trois mecs »), originaire de Marseille, dit venir « d’un milieu simple. Je suis dans les milieux associatifs pour aider. J’ai aussi un engagement patronal, auprès du Medef et de la CPME, ce qui n’est pas antinomique. Je suis aussi engagé auprès des CCI : vice-pst de CCI international et administrateur des CCI à l’étranger. » Le dirigeant pilote « la numérisation des chambres de commerce. »
Si la croissance mondiale « vient des pays émergents », la France « ne va pas des masses . La croissance a été revue à la baisse : 1,3 %. Les projections sont les mêmes pour 2017 et 2018. C’est une mauvaise nouvelle. Il faut être entre 1,5 % et 2,5 % pour créer de l’emploi durable. Le pays n’a pas su profiter d’un alignement des planètes : taux d’intérêts bas, prix de l’énergie pas, parité euro/dollar. »
En matière de climat des affaires, le climat est « plutôt bon, notamment dans l’industrie et les services marchands, qui affichent respectivement 7 et 10 mois de croissance. Il y a bien longtemps que cela n’était pas arrivé ». L’emploi salarié progresse de 1,7 % au T3 en Occitanie, soit « deux fois plus qu’en France, avec une belle évolution sur l’intérim ». L’emploi dans la construction est passé sur un « point mort haut (+ 0,1 %) ».
En Occitanie, « on a un triptyque : air, mer, terre. Ce triptyque est au cœur de la CCI régionale et des CCI territoriales. Avec les activités aéronautique et spatiale, nous avons la chance d’avoir le leader mondial de l’aéronautique civil commercial (Airbus, NDLR). Devant nous, il y a 10 ans de production. C’est une aubaine. Mais il y a un vrai problème de sourcing. Il faut rechercher des entreprises qui peuvent produire. Quand je vois le bassin du Gard rhodanien et le bassin biterrois, je peux vous dire que je mettrai tout mon réseau à disposition pour que les choses évoluent, et que le business soit récupéré par les entreprises locales. Mon objectif est d’ouvrir grand les carnets d’adresses pour que les entreprises d’ex-LR rencontrent les donneurs d’ordres d’ex-MP. Et on doit favoriser les synergies entre nos aéroports.
Nous avons aussi ATR : la hausse des prix de l’énergie remet en compétition ces avions-là.
On le sait peu, mais le spatial pèse 25 % de l’emploi français basé en Occitanie, ce qui fait du territoire le numéro 1 européen dans le secteur. 100.000 emplois sont concernés par l’aéronautique et le spatial. Sur 51 Md€ d’exportation en 2015, 40 Md€ provenaient de cette filière.
La mer, c’est 5,6 MT de fret sur Sète, Port-la-Nouvelle et Port-Vendres. 150.000 passagers maritimes ont transité à Sète et Port-la-Nouvelle l’an dernier. L’Occitanie dispose de 215 km de côtes, de 20 stations touristiques et attire 8 M de touristes par an. C’est une composante forte de l’activité économique. Je fais partie du Parlement de la mer. Un projet dans lequel je crois beaucoup : l’éolien off shore. Je pousserai pour que ce projet se fasse.
La terre, enfin. Nous sommes une région du terroir, d’attractivité (+ 50.000 par an), et allons passer dans les prochaines années de 5ème à 3ème région de France au niveau démographique. L’Occitanie compte 900 entreprises étrangères (44.000 emplois). C’est aussi la 1er région viticole, la 1er région bio. Enfin, avec 180 000 emplois , l’agroalimentaire est le premier employeur de la région.
Ce qui peut freiner le développement économique ? Les infrastructures. Il faut des routes, une LGV qui va entre Toulouse et Montpellier et va jusqu’à l’Espagne. Sans oublier, bien sûr, le numérique. »
Le territoire excelle, d’après Alain Di Crescenzo, en matière de « santé, numérique (60.000 emplois), logistique (60.000 emplois), ENR, enseignement supérieur et recherche (230.000 étudiants) et R&D ».
En interne, « l’État nous demande d’évoluer. La loi NOTRe donne une compétence économique d’exclusivité régionale. La loi de 2010 fait de la chambre de région l’employeur unique, qui a en charge le schéma sectoriel pour la redistribution des ressources. » Alain Di Crescenzo, évoque les termes de « mission, valeurs, stratégie, plan d’actions, indicateurs » pour qualifier son mandat. « Nous voulons être l’acteur référent de l’appui aux entreprises. Mieux que des CCI, je voudrais que l’on parle de maison de l’économie des entreprises. Vous êtes chez vous ici, consultez nos travaux. Il faut faire de nos CCI un réseau de CCI connectées à notre temps. Elles ont 300 ans… Faut que ça bouge. Les CCI doivent être connectées à leurs missions : que fait-on par rapport à l’environnement d’aujourd’hui et de demain ? Il y a des agglomérations, une Région, des agences de développement économique… Je suis là pour que la CCI soit forte. »
Alain Di Crescenzo veut une CCI « connectée à notre temps : on doit être plus moderne dans notre fonctionnement… c’est le patron d’une entreprise de logiciels qui parle. On va travailler à la dématérialisation à fond, pour économiser du papier et du temps. Il faut être présent là-dessus (il montre son smartphone, NDLR), y compris pour les formalités des entreprises. »
En matière d’apprentissage, il salue une « belle initiative en ex-LR, avec le CFA unique. On va étendre ce dispositif aux CCI de feu MP. Nous avons 4.500 apprentis gérés par les CCI, soit 25 % des apprentis du territoire. Si la France doit faire bouger quelque chose, c’est l’apprentissage. On peut pas avoir 20 % de taux de chômage chez les jeunes, et avoir un objectif de 500.000 apprentis, alors que l’Allemagne en compte 1.500 000. L’apprentissage doit être rendu obligatoire. C’est une solution de lutte contre le chômage des jeunes. »
« J’ai voulu une gouvernance partagée et ouverte. Sur 21 postes (membres du bureau de la CCI Occitanie), un tiers viennent des trois grandes chambres (31, 34, 30), un tiers des chambres intermédiaires, un tiers des chambres plus petites. Ce qui veut dire que pour avoir la majorité, il faut travailler ensemble. »
« Toute chambre de commerce doit proposer un socle commun de missions aux entreprises. Une entreprise, qu’elle soit à Montpellier, en Lozère, ou ailleurs, doit avoir les mêmes services. » Il annonce une communication « soutenue par le digital : newsletter, site web et réseaux sociaux. » La CCI aura une présence « très importante sur les réseaux sociaux. Si quelque chose peut changer notre pays, pour accélérer la croissance, c’est la digitalisation. Un plan régional pour soutenir nos entreprises dans la digitalisation va être lancé. »
« Nous conventionnerons avec la Région, l’Etat et les pôles de compétitivité. Nous ne sommes plus à l’époque où l’argent public abondait. Aujourd’hui, il est rare. Si quelqu’un d’autre fait bien les choses, on le laissera faire. Mon souci est de combler les trous dans la raquette. Chacun à sa place et tous ensemble ! »
Les conseillers techniques de la CCI Occitanie (Medef, CPME, pôle de compétitivité) seront désignés le 3/2.
La CCI d’Occitanie emploie, avec un réseau de 13 CCI territoriales et 72 points d’accueil, 1.350 agents. « Qui dit mieux ? Qui peut se prévaloir d’une telle force de terrain, capable de soutenir l’entreprise ? C’est un point fort que nous n’abandonnerons jamais. Nous avons fait l’union sacrée avec les présidents de CCI territoriales. Sur 86 votes, j’ai obtenu 85 pour et 1 abstention : la mayonnaise est plutôt bonne. »
Le 3/2 se tiendra la 1ère AG . Alain Di Crescenzo se fixe « six mois pour déterminer les missions, les moyens, les rôles, et pour signer le schéma régional et la convention d’objectif et de moyens avec l’Etat ». En octobre seront arrêtés « une nouvelle organisation et le budget 2018 ».










