Loïc Soubeyrand (Swile) : « Nous voulons devenir le leader mondial de notre marché »
Il est à la tête de l’entreprise héraultaise Swile, spécialisée dans les avantages salariés dont la dématérialisation de titres-restaurant, qu’il a créée en 2017. Loïc Soubeyrand dirige aujourd’hui un groupe employant 850 salariés dont la valorisation est désormais supérieure à 1 Md€. Entretien exclusif.
Quel bilan tirez-vous de l’exercice 2024, marqué par une forte progression de l’activité de Swile ?
Notre volume d’affaires s’est en effet établi à 4,288 Md€, en hausse de 16 %, avec un chiffre d’affaires de 204 M€, en progression de 25 % sur un an. L’Ebitda a bondi de 257 % pour atteindre 36 M€ et notre résultat net devient positif à 2 M€. C’est la première année de profitabilité depuis notre création, ce qui est un marqueur fort pour notre collectif mais aussi pour moi. Nous ne sommes plus dépendants de nos investisseurs pour vivre, étant désormais capables de voler de nos propres ailes. Plus concrètement, nous avons ancré durablement notre profitabilité. Ces résultats traduisent également la réussite de l’intégration de Bimpli. L’acquisition en 2022 de cette ancienne filiale du groupe BPCE nous dote de bases solides tant sur le plan technologique que financier pour bâtir le leader mondial que nous aspirons à devenir depuis le premier jour.
Et aujourd’hui, Swile c’est quoi ?
Swile emploie aujourd’hui 850 salariés, dont 220 basés au Brésil, 200 à Montpellier et une petite centaine à Toulouse, pour un portefeuille de 85 000 entreprises clientes (dont Carrefour, Le Monde, JCDecaux, PSG, Airbnb, Spotify, Red Bull ou TikTok, NDLR) et près de six millions d’utilisateurs de nos solutions. Cette performance est d’autant plus remarquable qu’elle s’accompagne d’une excellente dynamique commerciale. Nos parts de marché sur les titres-restaurant dématérialisés s’élèvent à près de 40 %. Notre trajectoire de croissance, rentable et durable, est désormais confirmée. Et elle devrait se poursuivre et être amplifiée en 2025. Plus largement, l’entreprise a obtenu le statut de licorne, avec une valorisation supérieure à 1 Md€, et a atteint le statut de centaure (start-up générant plus de 100 M€ de revenus), notamment grâce à l’acquisition de Bimpli. Si son intégration n’est pas tout à fait terminée, c’est un succès ! Nous partions en effet de loin. En 2022, notre Ebitda s’élevait à - 61 M€. Deux ans après, nous sommes à + 36 M€.
Comment gérez-vous cette intégration ?
L’actif Bimpli était réellement complémentaire de Swile, et ce du sol au plafond. Le fait d’unir nos forces a créé le meilleur des deux mondes, en validant le concept du « 1+1 = 3 » utilisé dans le monde des fusions-acquisitions, ce qui est plutôt rare dans les faits. Selon cette théorie, les fusions d’entreprises ayant abouti à un branding (image de marque, NDLR) combiné sont celles qui obtiennent les meilleurs résultats. Ce qui est incroyable, c’est que cela n’est pas terminé. Depuis le premier jour, notre objectif est de réunir notre offre sur une seule et même plateforme, celle de Swile, qui constitue notre plateforme cible. Ces deux dernières années, nous l’avons donc renforcée en vue d’accueillir à terme l’intégralité des clients de Bimpli. Avec des premiers succès. Nous avons en effet gagné récemment des appels d’offres majeurs de long terme auprès de Carrefour, de France Travail et du ministère de l’Économie avec un engagement sur quatre ans, et de la SNCF pour huit ans. Ces clients étaient sur Bimpli et nous avons su les renouveler sur Swile. Sur ces quatre références, nous touchons environ 200 000 utilisateurs cumulés. Cela en dit long sur le fait que notre plateforme est capable d’accueillir tous types de clients. Et fin 2025, nous aurons procédé à la migration d’un peu plus de 80 % des clients Bimpli. Sur le plan technologique, la plateforme Bimpli est maintenue mais elle n’est pas développée. L’objectif, je le répète, est de faire migrer la totalité des clients sur celle de Swile pour qu’ils puissent bénéficier de toutes nos nouvelles fonctionnalités.
Comment qualifieriez-vous l’année 2025 ?
C’est un exercice de transition. 2025 est à la fois l’année de finalisation de cette opération d’intégration, mais elle marque aussi les prémices d’un nouveau cycle pour le groupe avec le lancement d’une nouvelle offre : Swile Travel. De fait, nous étendons notre proposition de valeur. Pour la première fois, nous allons au-delà des avantages salariés en diversifiant notre offre en direction du marché des voyages d’affaires, ce qui correspond à une extension relativement naturelle de notre mission de vouloir unifier l’expérience de paiement des salariés. Cette nouvelle carte « tout en un » va leur permettre de gérer l’ensemble de leurs frais professionnels dès cette année avec une application de gestion des réservations de billets de train, d’avion ou de location de voiture accessibles via la plateforme Swile. Notre but est d’unifier cette expérience habituellement fragmentée. Nous avons écouté les attentes des utilisateurs concernant ces outils. Ces derniers demandent avant tout de la simplicité, de la modernité et de l’efficacité. Nous avons donc énormément d’ambition dans ce domaine, où tout est à faire. Le marché du voyage d’affaires fait l’unanimité contre son manque de fiabilité notamment. Les clients sont mécontents des services proposés, qui ne donnent pas satisfaction. Aujourd’hui, ces derniers sont chers, avec un rapport qualité-prix qui n’est pas au rendez-vous. Ce marché vieillissant mérite d’être dépoussiéré grâce à notre technologie. De fait, nous sommes le premier opérateur à proposer une offre globale unifiant la réservation et le paiement de ces prestations en combinant application et carte permettant le règlement des frais professionnels lors des déplacements : taxis, hôtels ou repas… Concrètement, le salarié n’a plus besoin d’avancer ces dépenses professionnelles. Quant aux frais qui ne seront pas validés par l’employeur, ces derniers seront débités sur le compte du collaborateur dans un délai de 60 jours.
Quel volume d’activité pourrait générer cette nouvelle offre ?
Nous ouvrons ce segment pour renforcer notre proposition de valeur globale en servant notre cœur d’activité historique. Le but consiste également à accélérer la diversification de nos sources de revenus. C’est un marché bien plus important au niveau mondial que celui des avantages salariés. Je ne serai pas étonné que dans sept à dix ans, ce marché constitue une ligne majoritaire de revenus. Après cette année de lancement, nous parions sur une véritable accélération de Swile Travel dès 2026. Par ailleurs, nous n’excluons pas de procéder àdes acquisitions au sein de cette industrie, ce qui aura un impact sur le pourcentage de chiffre d’affaires que pourrait générer cette nouvelle activité. Actuellement, Swile gère sept offres différentes : titres- restaurant, loisirs, cadeaux, vacances, mobilité durable, gestion des voyages d’affaires et des frais professionnels.
En termes de croissance, quelles sont vos perspectives en 2025 et à plus long terme ?
Swile est désormais une entreprise de croissance, et elle va le rester dans les années à venir. Côté recrutements, nous embauchons à nouveau avec une centaine de postes ouverts, notamment en vue de renforcer notre pôle technologique en recrutant tous azimuts sur les postes de développeurs. L’objectif est de gagner par la tech et pas par le service. Nous renforçons également notre service commercial dédié à Swile Travel, qui compte déjà près de 2 000 utilisateurs. Ce n’est qu’un début. Si nous voulons tenir notre plan ambitieux à la fois technologique et commercial, nous devons recruter. Côté acquisitions, nous sommes relativement actifs et en veille permanente. Mais nous ne nous précipitons pas. Nous procéderons à des rachats lorsque ce sera le bon moment. Nous avons les moyens de procéder à cette croissance externe. En termes de déploiement à l’international, rien n’est prévu en 2025 et 2026. Mais ce que nous avons déjà réalisé en France et au Brésil nous autorise à rêver plus grand à moyen terme, ce qui passera par une expansion géographique. Pour l’heure, nous avons de très belles perspectives de croissance sur nos deux marchés. Et nous voulons être certains de pouvoir y réaliser de grandes choses. Rester focalisés sur la France et le Brésil, où nous comptons près d’un million d’utilisateurs, est selon nous la clé du succès dans l’immédiat. Mais mécaniquement, soutenir la croissance de Swile passera par l’arrivée sur de nouveaux marchés à partir de 2027. Enfin, sur le plan des nouvelles technologies, nous exploitons du machine learning et de l’intelligence artificielle générative en interne. Si elle ne bouleversera pas notre secteur, elle permettra en revanche d’optimiser nos process. Nous travaillons avec Mistral AI et OpenAI dans ce sens.
Vous attachez beaucoup d’importance aux certifications. Pour quelles raisons ?
Nous mettons la RSE au service de notre croissance et de notre business, mais surtout au service des clients qui nous le demandent. Nous sommes déjà leader sur le segment de la dématérialisation des titres-restaurant, avec 39 % de parts de marché. Mais ce que l’on constate, c’est que les grands comptes privés et le secteur public mettent un point d’honneur à cette dimension dans leurs appels d’offres. Nous voulons donc les accompagner, ce qui nécessite d’aller chercher ces certifications. Swile a ainsi obtenu plusieurs reconnaissances de ses pratiques par les plus hauts standards du marché et de notre secteur : EcoVadis Silver, note B du Carbon Disclosure Project (CDP) et niveau 1 du label Numérique Responsable notamment. Ce n’est pas le fruit d’un dogme interne mais d’un pragmatisme face aux réalités du marché. Nous sommes passés du statut de start-up outsider à celui de leader technologique français, ce que nous sommes devenus en 2024 grâce à nos parts de marché. Swile a passé un cap et veut désormais devenir un leader technologique global.










