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Industrie
| 21/05/2025

Le tribunal a tranché : Safra est reprise par le groupe chinois Wanrun

© Laurie Correia

Le spécialiste tarnais de la mobilité hydrogène Safra est repris par le groupe chinois Wanrun. Une décision prise le 20 mai par le tribunal de commerce d'Albi dont se félicite la direction de Safra, mettant en avant « la cohérence industrielle » de l'opération, « le nombre d'emplois repris »  120 sur 169 , « l'offre financière de cession et la solidité financière » du repreneur  avec un montant de cession d'actifs de 7 M€ , ainsi que « sa volonté de maintenir l'intégralité des activités de Safra, contrairement à d'autres projets partiels ». Si ce passage de l'entreprise sous pavillon asiatique suscite quelques craintes chez les salariés et les élus locaux, la direction l'assure : « Wanrun n’est pas là pour délocaliser. »

La fin d'une longue attente
La décision du tribunal de commerce albigeois met fin à une longue attente pour les équipes de l'entreprise tarnaise spécialisée à la fois dans la construction de bus hydrogène, le rétrofit de véhicules lourds diesel en véhicules zéro émission et la rénovation de véhicules de transport de personnes, qui avait été placée en redressement judiciaire le 4 février dernier. Au total, six offres de reprise avaient été déposées. Trois d'entre elles ont été retirées ou ont vu leur offre jugée irrecevable : le projet de Scop porté par les salariés, le ticket formé par Arterail et Ateliers d'Occitanie, mais aussi le dossier du groupe indien JBM. Ne restaient donc en lice que les offres de CBM, de TTH et de Wanrun. C'est finalement ce dernier qui a obtenu gain de cause malgré les réticences d'une partie du personnel de l'entreprise. Ludovic Vialard, délégué syndical CGT, faisait ainsi état le 14 mai auprès de La Lettre M de son « inquiétude » à la perspective d'une reprise par Wanrun, estimant qu'« à chaque fois que des investisseurs chinois arrivent, ils s’en vont au bout de cinq ans… » La décision actée par le tribunal de commerce albigeois s'inscrit cependant dans une forme de continuité, assure le 20 mai la direction de Safra, qui soutient que « l’offre de Wanrun n’est pas le fruit d’une opportunité de dernière minute ». Les deux parties avaient en effet signé en décembre 2024 un protocole d’accord portant sur une prise de participation majoritaire. « La déclaration de cessation de paiement en janvier avait temporairement suspendu les discussions mais Wanrun a réaffirmé son intérêt stratégique en déposant une lettre d’intention le 28 avril, suivie d’une offre consolidée le 9 mai », précise l'entreprise.

Une ambition industrielle « forte »
Vincent Lemaire, président de Safra, se félicite de la décision rendue par le tribunal de commerce. « Il faut se rappeler que début février, on parlait de reprises à 400 k€ avec une quarantaine de salariés conservés, insiste-t-il. Aujourd’hui, ce sont 120 emplois sauvegardés, un site maintenu à Albi, une ambition industrielle forte sur nos expertises : la construction et le rétrofit de véhicules propres et la rénovation de matériel de transport public. » Certaines voix s'élèvent cependant pour regretter le rachat de la pépite tarnaise par un consortium asiatique. La veille du verdict, Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Occitanie, estimait ainsi que choisir Wanrun serait « une erreur ». « La fonderie SAM, en Aveyron, reprise par le groupe chinois Jinjiang, a connu les mêmes promesses (30 M€), qui ne se sont jamais réalisées », soutenait-il. De son côté, après le verdict du tribunal, Stéphanie Guiraud-Chaumeil, présidente de la Communauté d’agglomération de l’Albigeois et maire d’Albi, l'assure : « Si l’on peut déplorer que les activités concernées passent sous un pavillon étranger, sans faire entrave à la liberté du commerce, on doit aussi noter avec la majorité des salariés que l’offre retenue est celle qui préserve le mieux l’emploi. » L'élue précise par ailleurs que la collectivité « se tient aux côtés des salariés et sera particulièrement attentive à l’accompagnement que nous devons collectivement apporter aux collaborateurs qui ne seraient pas repris. Nous continuerons par ailleurs à suivre l’évolution de la situation des salariés des autres branches d'activité de l'entreprise. » Et de conclure : « Je réunirai, le moment venu, les représentants des nouveaux actionnaires et les dirigeants pour m’assurer du respect des engagements pris. »

« Wanrun n’est pas là pour délocaliser »
Face aux craintes exprimées, Vincent Lemaire entend jouer la carte du pragmatisme. « Ce que nous n’avons pas trouvé en France ni en Europe en temps utile, nous l’avons trouvé ailleurs, avec des investisseurs qui croient en l’industrialisation de la transition écologique, soutient-il. Wanrun n’est pas là pour délocaliser. Ils viennent renforcer nos savoir-faire, apporter des synergies et des moyens financiers et industriels importants. » Et si « la nouvelle organisation interne » de la société albigeoise devrait être « précisée dans les prochaines semaines », assure le dirigeant, la feuille de route de Safra s'annonce désormais « ambitieuse ». Il s'agira à la fois, côté construction, d'accélérer le développement d'une gamme de véhicules à motorisation zéro émission – électrique et hydrogène – mais aussi le rétrofit de véhicules, et, côté rénovation, de déployer un plan de renforcement et d'investissement visant à « répondre à la demande croissante en réhabilitation de matériel roulant ».

Trois grandes activités
Fondée en 1955, l’entreprise albigeoise est structurée en trois pôles d’activité Safra Bus (fabrication et commercialisation de bus à hydrogène), Safra Solutions (rétrofit, rénovation et maintenance lourde de véhicules de transport de personnes) et Safra Services. En 2023, Safra avait enregistré 6,6 M€ de chiffre d’affaires, déplorant une perte nette de 12,2 M€. En avril 2024, la Région Occitanie avait fait l’acquisition, pour 7,2 M€, de quinze autocars à hydrogène rétrofités par la société.

> À lire également : Placée en redressement judiciaire, Safra en quête d’investisseurs

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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