Groupe Altrad franchit les 2 Md€ de CA et accentue sa présence dans les services
. Les services aux industries pèsent désormais 75 % de l’activité
. En quête de notoriété outre-Manche, Mohed Altrad est en passe d’acquérir le club de rugby anglais de Gloucester.
L’homme d’affaires franco-syrien Mohed Altrad, 1re fortune d’Occitanie selon Challenges, poursuit son ascension : le groupe montpelliérain (22.000 salariés), spécialisé dans les échafaudages, bétonnières et les services aux industries affiche un CA 2016 (exercice clos fin août) de 2,3 Md€, au lieu de 1,86 Md€ l’an dernier. Le groupe, exclusivement industriel à l’origine, a migré de façon significative vers les services aux industries – raffineries, centrales nucléaires, plateformes offshore… À travers une centaine de filiales dans le monde, la part des services s’élève désormais à 1,6 Md€, loin devant les équipements (596 M€) et les produits pour les collectivités (25 M€). « Avec l’acquisition du Néerlandais Hertel (en 2015, opération qui a permis à Altrad de doubler de taille, NDLR), les services sont passés aux deux tiers du CA ; avec l’acquisition de l’Isérois Prezioso, cette année, nous franchissons les 75 % du CA », résume le président. Une stratégie qui permet à l’ETI de proposer une solution globale ( fabrication, transport, installation, maintenance) à ses clients – Shell, Total, Exxon… Cela étant, « du fait du prix bas du pétrole, le marché des services n’est pas florissant, tempère Mohed Altrad. Les groupes pétroliers gèlent leurs investissements. Nous compensons en intensifiant les relations commerciales avec les filiales de ces groupes, dans tous les pays. De toutes les façons, la croissance se fera dans le service. » Comme au Qatar, où Altrad vient de décrocher un contrat de 20 M€ (échafaudages et peinture) pour une raffinerie de Shell. Altrad lorgne sur le continent américain, dont il est à ce jour absent.
Ces résultats sont communiqués ce 21/12 à La Grande-Motte, à l’occasion du séminaire annuel du groupe, où sont annoncées trois personnalités : Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel, l’écrivain Denis Tillinac et Tony Estanguet, triple champion olympique de canoë.
L’Ebitda dégagé s’élève à 323 M€ (229 M€ en 2015) et le résultat net à 146 M€ (89 M€ en 2015). La dette nette progresse elle aussi, passant de 314 M€ à 576 M€, mais « la trésorerie est de 479 M€ : nous profitons de la faiblesse des taux pour emprunter à long terme, et pour être à l’aise vis-à-vis des banques. Le but est de ne pas entrer dans le rouge », explique-t-il.
Le président du MHR (rugby, Montpellier, Top 14) confirme par ailleurs son intention d'acquérir 55 % du club de rugby anglais de Gloucester, présidé par Martin St-Quinton. Le montant de l'acquisition, qui doit être validée par les instances européennes du rugby, s'élève à « plusieurs millions d'euros ». Cette opération sportive a une visée clairement business. « L'Angleterre pèse 600 M€ dans le CA du Groupe Altrad, soit presque un quart de l'activité du groupe. C'est le premier pays du groupe en termes de CA, même si on a perdu 10 % après le Brexit, non pas en parts de marché, mais du fait de la dépréciation due au taux de change. Malgré cette forte implantation, nous manquons encore de notoriété outre-Manche. L’idée est d’avoir, via Gloucester, un support de communication efficace. » Le club de Gloucester, ville de 70.000 habitants du Sud-Ouest de l'Angleterre, est « ancien, très bien géré, toujours à l'équilibre ou excédentaire, avec des infrastructures en plein centre-ville, et un important patrimoine immobilier commercial. C'est une ville où il n'y a, comme sport, que le rugby, un peu comme, en France, Castres ou Oyonnax ».
L'opération reste suspendue à l'accord des instances anglaises et européennes du rugby, Altrad pouvant devenir actionnaire majoritaire de deux clubs (MHR et Gloucester) susceptibles de s'affronter en coupe d'Europe. « La probabilité est quand même assez faible. Nous proposons une charte éthique pour rassurer les instances. Et je n’achète pas un club anglais pour tricher : ma démarche est industrielle, avec un naming Altrad du stade, l'invitation de clients à Gloucester, la recherche d'une meilleure notoriété du groupe en Angleterre. » Mohed Altrad ironise sur la différence culturelle que révèle, d'après lui, le débat sur ce double-actionnariat dans deux clubs de rugby : « L'Anglais dit : 'il investit pour développer le club', alors que le Latin dit : 'Il fait ça pour tricher'. » L'acquisition devrait être conclue au printemps.










