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Midi-Pyrénées / Languedoc-Roussillon
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Institutions
| 19/06/2015

Grande région : la guerre des gauches

Sur le papier, c’est dans la poche. Avec onze départements sur treize aux mains des socialistes ou du PRG, et les deux exécutifs régionaux dirigés par le PS, la nouvelle grande région Languedoc-Roussillon/Midi-Pyrénées est l’une des mieux placées pour rester à gauche, le 13 décembre prochain. Pour relever le défi, un tandem paritaire a été constitué, composé de la toulousaine Carole Delga (tête de liste), qui vient de quitter le gouvernement pour faire campagne, et du gardois Damien Alary, actuel président de la Région LR. Le duo lancera sa campagne ce samedi 27 juin à partir de 9h, devant la presse et les militants, au Gazette Café, nouveau lieu branché de Montpellier, en présence de Martin Malvy. De surcroît, à droite, la campagne de Dominique Reynié, investi fin avril à Sète, patine : le politologue est inexpérimenté, ne reçoit pas le soutien des grognards locaux, et des référents locaux sont embourbés dans des soucis judiciaires, comme en attestent les récentes mises en examen des maires de Tarbes (Gérard Trémège) et de Montauban (Brigitte Barèges).
Mais le spectre d’une, voire deux, candidature(s) dissidente(s) à gauche se précise. Le 7 juin à Gruissan, les élus et fédérations PRG de la nouvelle grande région « ont décidé de présenter des listes autonomes, sauf accord éventuel avec le parti socialiste dans un délai rapide », indiquent-ils dans un communiqué. « Le PRG ne sera pas le porteur d’eau du PS. Nous ne bluffons pas. Les relations sont très tendues avec le PS », plaque l’ex-rugbyman Didier Codorniou, maire de Gruissan (Aude). La ministre du Logement, Sylvia Pinel, native de L’Union (Haute-Garonne) et Jean-Michel Baylet, patron du PRG et du Groupe La Dépêche du Midi, battu lors des élections départementales dans son ancien fief du Tarn-et-Garonne, mèneraient l’offensive. « Il faut un accord PRG/PS dès le premier tour. Il y a déjà les Verts et le Front de Gauche qui partiront. Ne rajoutons pas une division supplémentaire », prévient Bernard Keller, maire PRG de Blagnac (Haute-Garonne).

L’inconnue Saurel

Deuxième caillou dans la chaussure du PS régional : Philippe Saurel, maire DVG de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole. Exclu du PS en janvier 2014 pour avoir maintenu sa candidature aux municipales, malgré l’investiture par les militants de Jean-Pierre Moure, Philippe Saurel surfe sur la vague d’un mouvement qu’il veut « divers gauche, citoyen et écologiste ». Et voue une rancune tenace à ses anciens camarades. « Je les connais comme si je les avais faits », répète-t-il à l’envi. A son crédit : un essai transformé lors des départementales, avec quatre candidats sur cinq victorieux dans les cantons de Montpellier. En créant un pôle métropolitain, instance de dialogue couvrant la quasi-totalité du Languedoc-Roussillon, Philippe Saurel se place clairement pour les régionales : déplacements fréquents à Toulouse, où il tisse des liens avec Jean-Luc Moudenc pour dégager des synergies entre les deux métropoles ; dédicace du livre « Réparer la République » (éd. Privat), ce samedi 20 juin, à Montpellier. « Je ne fais pas d’accord avec les partis politiques. Si je vais aux élections régionales, je constituerais des listes qui seraient faits par la République d’en bas, des élus locaux, des maires et des citoyens », confie-t-il à La Lettre M.
« La future Région veut s’approprier toutes les compétences en matière de développement économique. Les Régions actuelles sont pourtant loin d’avoir leurs preuves en la matière », lâche en public Max Lévita, 1er adjoint de Philippe Saurel, le 4 juin à Toulouse. Sur la proposition de Carole Delga d’avoir la préfecture et la capitale à Toulouse, et le conseil régional à Montpellier : « c’est du grand n’importe quoi », ajoute Max Lévita. Philippe Saurel dit « ne pas connaître » Carole Delga. « Il va jouer avec les nerfs de tout le monde, tout l’été, s’agace un responsable socialiste. A l’inverse de nous, il n’est pas condamné à se présenter, il n’a aucune contrainte, et décide seul, et peux se retirer au dernier moment, en prétextant qu’il voulait défendre la place de Montpellier », qui va perdre son rang de capitale régionale au détriment de Toulouse dans le nouvel ensemble territorial. Manuel Valls lui-même tente de recoller les morceaux, en réunissant, le 15 juin, Carole Delga, Martin Malvy, Damien Alary et Philippe Saurel. Ce dernier devrait se décider à la rentrée. « On ne peut pas conditionner notre stratégie et notre programme à des réunions à Paris », ajoute cette source. « Alors que la grande région est bien ancrée à gauche, on n’est pas loin de la machine à perdre », glisse-t-on dans les couloirs de la Région Midi-Pyrénées. Face aux incertitudes, les listes du PS, votées le 9 juillet, seront susceptibles d’être remaniées, au gré des accords potentiels avec les ennemis d’aujourd’hui.

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