[Covid-19] Laurent Villaret réclame un plan Marshall pour relancer la filière de l'acte de bâtir
Le président de la fédération de la promotion immobilière Occitanie Méditerranée, Laurent Villaret, revient sur la situation des entreprises de la filière de l’acte de bâtir et appelle un plan Marshall pour sortir de la crise provoquée par la pandémie du Covid-19.
Quelles sont les remontées de vos adhérents face à la crise sanitaire du Covid-19 ?
La crise sanitaire du Covid-19 arrive après une année 2019 charnière, où nous avons subi de plein fouet la problématique du prix du logement, le manque d’offre disponible ou encore des stocks très limités. Notre filière locale est paralysée. Tous les chantiers ont été stoppés car il en va de notre responsabilité sociétale de protéger la santé de tous. Celle-ci n’est pas neutre puisque la filière représente 39 000 salariés (CA : 3 Md€) sur l’Hérault par exemple. Nos entreprises, les prestataires et sous-traitants de la filière (architectes, bureaux d’étude, maîtres d’œuvre, professions juridiquess, entreprises) s’attendent à un décalage de la production de six mois au mieux et une paralysie de l’offre. C’est un risque important pour certains de nos adhérents. Un guide des bonnes pratiques sanitaires contre le Covid-19, validé par l’OPP-BTP et le ministère, va être diffusé à tous les corps de métiers à la faveur d’une reprise toute ou partielle dans les semaines qui viennent. Il faudra néanmoins que le matériel de protection soit fourni et qu’aucun risque ne soit pris.
La FPI est montée au créneau avec d’autres acteurs* suite à l’ordonnance gouvernementale du 25 mars permettant de « neutraliser » les délais d’instruction des demandes d’autorisation d’urbanisme. Le gouvernement travaille à amender cette ordonnance. Qu’en pensez-vous ?
Ce texte prévoit en effet que l’instruction de tout nouveau permis de construire ou d’aménager soit reporté d’un mois après la fin de l’état d’urgence sanitaire. Après l’arrivée de la pandémie qui a stoppé l’activité, ces ordonnances dégradent fortement les conditions de la future reprise d’activité ! Elles reportent dans le temps la délivrance des permis et desserrent les délais de recours, en particulier pour les projets déjà lancés (plusieurs milliers de logements, commerces, bureaux, activités sur l’ex-Languedoc Roussillon, NDLR). Au-delà de cet amendement et de la nécessaire simplification de traitement, il faut certes débattre sur la reprise des chantiers mais, à très court terme, je crois surtout que l’on a besoin d’un « chantier de la reprise » ! On attend un vrai plan Marshall pour relancer l’activité de l’acte de bâtir. Cette situation est suffisamment grave et nous ne pouvons faire l’économie d’un travail collaboratif. Nous devons tous être unis - secteur privé, secteur public et toutes les parties prenantes de l’acte de bâtir - pour protéger notre économie, nos emplois et l’attractivité du territoire !
Un plan de relance qui comprendrait quoi ?
Nous avons besoin de mesures exceptionnelles opérationnelles, pratiques, simples et urgentes, tournées vers la libération de l’offre localement : relancer rapidement l’activité des services instructeurs, désengorger les études des notaires en privilégiant les opérations neuves, prioriser le traitement des recours contre les autorisations d’urbanisme, accélérer le traitement des transactions dans les services fiscaux, mettre entre parenthèses la surenchère réglementaire et documentaire de l’État et des collectivités locales. Il ne faudrait pas qu’après la crise sanitaire, une crise administrative freine la reprise économique même si à ce jour on n’a pas vraiment de vision sur le terme du confinement et encore moins sur la propagation du virus.
Sans plus tarder, il faut se poser la question de la réouverture des zones B2 pour desserrer le marché et rouvrir l’investissement sur l’ensemble de nos territoires. Il est nécessaire aussi d’amender à nouveau la loi Pinel (défiscalisation, NDLR) pour ne pas perdre la présence et la confiance des investisseurs. Enfin, il faut œuvrer à la disponibilité d’un foncier pour le logement abordable, un axe de développement important du logement.
Le Grand Narbonne annonce que quatre agents du service d’urbanisme continuent, grâce au télétravail, à assurer le suivi des projets de constructions sur les 26 communes adhérentes au service du droit des sols et l’instruction des permis de construire. Est-ce le cas ailleurs ?
Je n’ai pas le nombre exact, mais de nombreuses municipalités ont joué le jeu en maintenant leurs services d’urbanismes sur le territoire. Elles sont parvenues à s’organiser pour le faire. Sur la métropole de Montpellier, la commune de Castelnau-le-lez s’est par exemple investie en faveur d’une continuité de service public.
Comment la FPI Occitanie Méditerranée anticipe-t-elle la sortie du confinement ?
Nous avons eu plusieurs réunions au sein de la fédération sur la question du chantier de la reprise. Au niveau local, la FPI a déjà écrit à plusieurs collectivités dont le président de la Métropole de Montpellier pour demander des mesures d’urgence dans le but de maintenir une activité minimale pour faire redémarrer toute la filière sans perdre de temps. Ces mesures consisteraient à simplifier (dépôt de l’avant-projet, dépôt de pièces,…), dématérialiser et accélérer toutes les procédures d’urbanisme en cours et à venir. Nous sommes conscients, qu’en sortie de confinement, nous retrouverons les mêmes problèmes qu’avant la pandémie mais démultipliés : le prix du logement, la rareté et l’augmentation de la valeur des sols, les nouveaux usages et la transition écologique. Il est primordial de ne pas perdre la confiance des investisseurs dans nos territoires et fournir de l’offre en agissant sur tous les leviers possibles du marché : le logement abordable, le logement locatif intermédiaire pour lequel CDC Habitat et In’Li s’engagent d’ores et dejà avec des achats en bloc sur le territoire national.
* Fédération syndicale des métiers du conseil, de l’ingénierie et du numérique (Cinov), Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), Les Constructeurs et Aménageurs (LCA), Syndicat des maîtres d’œuvre (Synamome), Union nationale des aménageurs (Unam), Union nationale des géomètres-experts (Unge), Union nationale des économistes de la construction (Untec) et Union Sociale pour l’habitat (USH).










