Victoria Barham (TSE) : « Faire de nos diplômés les grands leaders économiques de demain »
Dans une interview exclusive accordée à La Lettre M, Victoria Barham, nouvelle directrice de Toulouse School of Economics (TSE), livre les grandes lignes de sa feuille de route stratégique. Après une carrière canadienne, la Néo-zélandaise de naissance voit dans le modèle de « Grand établissement » dont bénéficie l’école toulousaine depuis trois ans un levier de transformation et de développement à l’international.
Vous avez été nommée le 1er novembre à la direction de Toulouse School of Economics (TSE), remplaçant ainsi Christian Gollier. Pouvez-vous résumer votre parcours ?
Je suis née en Nouvelle-Zélande et ma famille a émigré au Canada lorsque j’étais adolescente. Diplômée en économie de l’Université de Toronto, au Canada, et docteure de l’Université Catholique de Louvain, en Belgique, j’ai fait l’essentiel de ma carrière au Canada. Je suis devenue professeure adjointe, puis professeure agrégée à l’Université d’Ottawa, avant d’en diriger le département d’économie. En 2017, j’ai été nommée vice-doyenne des études de premier cycle et des relations extérieures de la faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa ; une faculté dont j’ai finalement pris les rênes en 2019.
Comment TSE est arrivée dans votre vie ?
J’ai toujours gardé un œil sur l’évolution de TSE, même de loin. J’ai vu l’équipe se constituer, les ambitions de dessiner et - bien évidemment - j’ai suivi la transformation de TSE en Grand établissement. J’ai été fascinée de constater l’engagement sans faille de cette école en faveur de l’excellence. Beaucoup d’institutions souhaitent être les meilleures mais pensent que ce n’est pas possible, estimant les défis insurmontables. À TSE, j’ai vu à l’œuvre une formidable effervescence intellectuelle, mais aussi une vision, une stratégie et beaucoup de créativité permettant de surmonter les obstacles. Pour moi, cette école est un peu le Harvard français ; clairement, elle joue dans la cour des grands. Lorsque TSE est venue frapper à ma porte, je nourrissais d’autres projets. Mais je n’ai pas hésité à faire le choix de m’installer ici pour écrire le prochain chapitre de l’histoire de cette école.
Votre profil international constitue-t-il un atout en vue de développer encore davantage l’aura de l’école, alors que TSE a permis à l’Université Toulouse Capitole de se hisser au 15e rang mondial du classement de Shanghai en économie ?
C’est sans doute en partie ce que je souhaite apporter, en effet. Nous voulons que les jeunes du monde entier rêvent de faire leurs études ici, à Toulouse. Notre vision est celle d’une institution où les programmes de formation sont aussi convoités que les résultats des travaux de recherche. Pour cela, il convient de recruter des étudiants, bien sûr dans le bassin régional, mais aussi à l’échelle nationale et internationale. L’influence mondiale des grandes écoles vient aussi du fait qu’elles ont formé des personnes qui ont eu des carrières brillantes.
TSE, nous l’avons dit, est devenue Grand établissement il y a trois ans. Qu’est-ce qui a changé depuis ?
Beaucoup de choses ont changé, mais je dirais que la plus grande évolution réside dans le fait que nous ayons désormais la capacité de développer nos propres diplômes. Nous pouvons ainsi enrichir notre portefeuille d’offres de formation afin de répondre au plus près aux besoins des étudiants, mais aussi à ceux des entreprises. Nous allons insister de plus en plus sur le développement de compétences professionnalisantes de très haut niveau permettant aux jeunes de construire leur carrière sur le long terme. Nous voulons que nos diplômés soient les grands leaders économiques de demain.
La création de nouveaux diplômes pourrait engendrer une hausse du coût de la scolarité, ce que dénoncent certaines voix étudiantes. Quel regard portez-vous sur la situation ?
À mon sens, un système de frais de scolarité uniforme n’est pas très progressiste sur le plan social. Car nous le savons : les jeunes issus des familles les plus aisées vont plus facilement que les autres vers les études supérieures. Ce sont donc eux qui bénéficient en priorité de l’argent public, ce qui, dans une société qui croit à la redistribution des richesses, n’est pas très cohérent. Notre ambition est d’investir dans la qualité de la formation. Avoir des frais de scolarité plus importants, c’est se donner davantage de moyens. En parallèle, bien entendu, cela signifie avoir une stratégie permettant d’accompagner les étudiants venant de milieux moins favorisés. Mais notre objectif est d'être en mesure d’offrir le meilleur environnement d’apprentissage possible pour nos étudiants. D’une part, je souhaite en effet voir croître la part des jeunes qui demandent TSE dans leurs vœux Parcoursup, et d’autre part, notre ambition est d'atteindre le cap des 20 % d’étudiants venus de l’étranger. En attirant dans la région des talents venus du monde entier, nous renforcerons les liens économiques entre Toulouse et le reste de la planète.
Côté recherche, alors que TSE est souvent présentée comme « l’école de Jean Tirole », l’enjeu n’est-il pas de faire monter en puissance d’autres grands noms ?
Vous avez raison, nous avons ici beaucoup de chercheurs de premier plan, il faut le souligner. Mais au-delà des sujets individuels, nous portons une approche réellement novatrice en intégrant à nos travaux d’autres champs que l’économie, dans une logique interdisciplinaire de très haut niveau. Nous sommes en effet persuadés que pour répondre aux défis actuels, de nombreux éléments doivent être pris en compte et plusieurs disciplines mobilisées. Vous l’aurez compris, ce n’est pas l’ambition qui manque, dans cette maison !











