Jérôme Thomas (Ugap) : « La commande publique est un outil politique et de développement économique »
Présent à Montpellier le 16 avril à l’occasion d’une rencontre organisée au Gazette Café sur le thème de la trajectoire numérique des collectivité, Jérôme Thomas, directeur général adjoint de l’Ugap, co-organisateur de l'événement aux côtés de La Mêlée et de SCC, apporte son regard à La Lettre M sur la nécessité de miser sur la souveraineté et les territoires face aux défis du numérique. Interview exclusive.
Pouvez-vous nous présenter l’Ugap ?
L’Union des groupements d’achats publics (Ugap) est la première centrale d’achat public en France, sous la tutelle des ministères du Budget et de l’Éducation nationale. En tant qu’établissement public d’intérêt commercial (Epic), elle permet à ses clients – collectivités et établissements publics des secteurs de la santé, de l’éducation... – d’accéder directement à plus de 1,4 million de références, du trombone au bus, sans passer par des marchés complexes. Nous mettons en relation 700 fournisseurs et 22 000 clients. L’Ugap gère toute la chaîne commerciale, du devis à la facturation, y compris les litiges. Engagée dans une démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), l’Ugap est labellisée « Relations fournisseurs et achats responsables ». Elle affiche un chiffre d’affaires de 6 Md€ et emploie 1 400 collaborateurs dans une vingtaine d’implantations. En Occitanie, l’Ugap compte 150 collaborateurs, dont 70 commerciaux, répartis entre Toulouse et Montpellier, qui enregistrent plus de 60 M€ de commandes.
Comment agissez-vous pour répondre aux défis de vos clients et de vos fournisseurs ?
Ma venue à Montpellier, en présence de plus de 70 élus et directeurs de services informatiques (DSI) de collectivités – Département de l’Hérault, Métropole de Montpellier, Agglomération de Sète... – ainsi que d’entreprises partenaires telles que Poligama, Optipass et Yoosoft, illustre la volonté de l’Ugap d’agir au plus près des besoins des territoires. Avec nos partenaires, La Mêlée et SCC, nous avons imaginé cette rencontre - sur le thème « Quelle trajectoire numérique pour les collectivités ? » - comme un moment d’échange direct et concret entre les décideurs et les experts du secteur public. Le contexte post-électoral est particulièrement approprié face aux engagements pris par les élus dans leur nouveau mandat.
Concrètement, qu’est-ce que les élus et leurs collaborateurs ont pu trouver lors de cette rencontre ?
Par la fréquentation, nous avons bien senti que la question du numérique était une préoccupation des collectivités. En effet, le numérique est un outil qui permet d’apporter de l’information et des services à leurs administrés, tout en contribuant à l’efficacité du service rendu par les agents publics. Face à la dépendance numérique envers les Gafam, les géants du net, il est devenu crucial de défendre la souveraineté numérique. Pour un élu ou un DSI, le défi de l’ère des « smart cities » est de trouver les leviers pour mettre en place des trajectoires numériques. Ces solutions se trouvent chez des éditeurs qui créent des territoires connectés. Ces rencontres ont permis aux élus et aux DSI d’être éclairés en vue de renforcer leur politique numérique locale, de faire les choix technologiques ou encore de découvrir des solutions éprouvées avec un retour d’expérience concret. D’ailleurs, des élus ont souligné que le numérique sert l’efficacité des politiques de services publics auprès des usagers, notamment pour les transports, le stationnement et les piscines. Aujourd’hui s’ajoute un changement de paradigme avec l’IA, qui accélère et renforce l’action publique, mais qui la rend également plus risquée face aux cyberattaques.
Quel rôle joue l’Ugap, dans le contexte actuel ?
Dans ce contexte géopolitique incertain et avec des budgets contraints pour les collectivités, il s’agit d’apporter des réponses efficientes et, pourquoi pas, de proximité. Je considère que l’Ugap est un peu la « samaritaine » de l’achat public, grâce à notre modèle économique original. L’achat juste reste notre slogan, au service de la volonté politique. Nous nous appuyons également sur des fournisseurs partenaires qui, grâce à nous, ont accès à des marchés à la fois locaux et nationaux. Sur les 700 fournisseurs titulaires de marchés, 500 sont des entreprises, dont plus d’une centaine sont basées en Occitanie. Cette empreinte locale démontre que la commande publique est à la fois un outil politique et de développement économique. Quand Poligama, Optipass et Yoosoft présentent leurs solutions tout en identifiant les questionnements et les besoins des collectivités, c’est une source de création de valeur ajoutée pour le territoire.
Quelle lecture avez-vous des budgets des collectivités ?
L’Ugap est un bel observatoire des tendances budgétaires des collectivités. Nous ressentons en effet que les budgets se resserrent. Le maire d’une commune sacrifie moins la réfection d’une voirie que la mise en place d’un nouveau logiciel, en ces périodes budgétaires tendues. Nous avons ressenti une forte baisse d’activité de l’Ugap auprès des Départements, par exemple, depuis 2023. Cependant, certains Départements, comme celui des Pyrénées-Orientales, souhaitent rester dynamiques et réduire la fracture numérique en équipant les collégiens de tablettes commandées à l’Ugap. Pour 2026, nous voulons rester confiants, car les élus de cette nouvelle mandature ont des projets face aux enjeux de maîtrise de l’énergie, des mobilités et de verdissement pour lutter contre le changement climatique.











