À Toulouse, l’Isae-Supaéro met les neurosciences au service de la formation des pilotes
Dix ans après sa création avec le soutien du fonds Axa, la chaire dédiée par l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (Isae-Supaéro), à Toulouse, à l’apport des neurosciences dans l’amélioration de la sécurité aérienne, présente des résultats prometteurs. « En nous appuyant sur nos recherches, nous avons d’ores et déjà formulé des recommandations auprès des compagnies aériennes, dans le cadre de la formation des pilotes, explique à La Lettre M Frédéric Dehais, professeur et titulaire de la chaire. Nous savons par ailleurs que les avionneurs sont à l’écoute de nos travaux et de nos préconisations relatives à l’évolution des cockpits ; même si, bien entendu, ils ont leurs propres feuilles de route stratégiques. »
Vers une « symbiose » humain/machine ?
La chaire, nommée « Neuroergonomie pour la sécurité des vols » et financée pour vingt ans à hauteur de 1 M€, vise à « soutenir les recherches sur les facteurs humains, en particulier les interfaces homme-machine », avec une attention forte apportée à la gestion du stress et aux capacités attentionnelles des pilotes dans des phases de vol difficile et lors de situations imprévues. « Dans l’aéronautique, le facteur humain est souvent étudié sous l’angle psychanalytique ; nous avons fait le choix d’une approche associant neurosciences et intelligence artificielle, explique Frédéric Dehais. Nous instrumentons le pilote pour comprendre comment le stress peur l’atteindre et influer sur ses actions. »
En partant de cas concrets et documentés d’événements aériens, les chercheurs font en effet le constat d’alarmes non entendues par les pilotes, alors qu’elles étaient pourtant parfaitement audibles. Au moyen d’IRM et de simulateurs de vols, Frédéric Dehais et les membres de son équipe s’immiscent dans le cerveau de ceux qui tiennent le manche des avions afin de comprendre comment les émotions intenses peuvent influer sur leurs perceptions sensorielles. « Quand le stress s’active, il va éteindre des aires auditives, résume le titulaire de la chaire. Et l’expertise du pilote ne protège pas forcément de cela… » Autant de constats qui amènent les chercheurs à formuler des préconisations en vue d’adapter la formation des pilotes, mais aussi d’imaginer le « cockpit intelligent » du futur. « Nous travaillons en particulier sur le concept de symbiose humain/machine en nous appuyant sur l’intelligence artificielle », glisse Frédéric Dehais.











