Soutenue par France Relance, Alsatis accélère sur la 5G
Activée en France depuis le 18 novembre, la 5G reste pour l’heure encore très confidentielle, disponible dans quelques grandes métropoles uniquement. Malgré l’opposition – politique notamment – que cette nouvelle génération de réseaux mobiles suscite, le gouvernement veut accélérer son déploiement. Car selon Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, prendre du retard « serait une erreur dramatique pour le pays. Ça nous priverait d’avancées en matière médicale, de gestion des flux d’énergie, de gestion des transport ». Dans le cadre du volet industrie (près de 35 Md€) du plan France Relance, l’État a donc acté son soutien à de nouvelles applications basées sur la technologie 5G.
Une opportunité qu’a décidé de saisir l’opérateur toulousain Alsatis (50 salariés, 13 M€ de CA en 2020), en répondant à l’appel à projets « Souveraineté dans les réseaux de télécommunications afin d’accélérer les applications de la 5G aux marchés verticaux » lancé cet automne. Avec succès, puisqu’il prend part à deux des quatre premiers projets lauréats, dévoilés le 26 janvier, qui vont se partager une enveloppe globale de 27 M€ de subventions. « Alsatis est une pépite technologique peu connue du public », a d'ailleurs salué Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l'Industrie, lors d'une table-ronde consacrée à la 5G, organisée à la préfecture de Toulouse le 28 janvier.
Deux projets soutenus par France Relance
Premier projet : « CRIIoT » (pour Critical IoT) auquel Alsatis participe comme membre d’un consortium, conduit par la PME francilienne Sequans Communications. Il doit permettre de faire émerger des objets connectés industriels critiques (dans l’aéronautique et le ferroviaire notamment). Second projet, dont la PME toulousaine est chef de file : « 5G Vertical ISS ». « L’objectif est de développer une solution verticale 5G interopérable, souveraine et sécurisée, en lien avec un écosystème d’entreprises françaises sur toute la chaîne de valeur télécoms (Telpass, Amarisoft, Halys, Serma, AW2S et Airmob, NDLR) », explique à La Lettre M Antoine Roussel, son directeur général. Concrètement, une plateforme d’expérimentation et de démonstration sera mise en place au sein du CHU de Toulouse, « un lieu où beaucoup de technologies fonctionnent de manière cloisonnée. Grâce à la 5G, nous allons pouvoir améliorer le dispositif global de communication du CHU, en l’uniformisant, au bénéfice de tous les acteurs de l’hôpital », illustre-t-il. Un projet dans lequel l’entreprise prévoit d’engager 1,3 M€ et pour lequel elle bénéficiera d’une aide de l’État de 650 700 €. Un investissement conséquent, qui traduit les ambitions de la PME toulousaine sur ce marché émergent. « La 5G, ce n’est juste de la 4G avec un peu plus de débit comme on peut l’entendre parfois. C’est un nouveau concept, dont vont découler des applications que l’on n’imagine même pas aujourd’hui. Et pour l’État français, c’est l’occasion ou jamais de structurer un écosystème souverain dans le domaine des télécoms. Un écosystème qui sera composé d’acteurs traditionnels mais aussi alternatifs, comme Alsatis. »
Réduire la fracture numérique
Un positionnement que revendique la PME depuis sa création en 2004. « Nous avions alors pour projet - assez noble d’ailleurs ! - de réduire la fracture numérique en rendant le haut débit accessible à tous et partout. Notre offre a évolué en même temps que les technologies, jusqu’au THD (très haut débit) radio en LTE (Long Term Evolution), plus fiable et plus professionnel, grâce auquel nous avons pu singulariser notre offre et gagner plusieurs marchés d’envergure », relate Antoine Roussel. Déjà retenue comme opérateur en Isère et en Vendée, Alsatis a remporté, en septembre 2019, un marché de 6 M€ lancé par le syndicat audois de l’énergie numérique (Syaden) relatif au déploiement d’un réseau THD radio LTE dans l’Aude.
En plus de cette activité d’opérateur (5 M€ de CA), exercée sous la marque Alsatis Réseaux, l’entreprise se positionne comme fournisseur d’accès internet grand public (Alsatis Télécom, 3 M€ de CA) et comme expert en solutions télécoms professionnelles (Alsatis Entreprises, 5 M€ de CA). Trois activités complémentaires qu’elle entend développer en parallèle, grâce à de la croissance organique mais aussi externe. Début 2020, Alsatis avait en effet levé 5 M€ auprès du fonds Ardian, notamment pour renforcer ses positions sur le marché français via des acquisitions. Des ambitions que la crise a un peu freinées mais qui sont toujours d’actualité. « Des projets sont à l’étude », confirme Antoine Roussel, qui reste pour l’heure discret sur ses cibles.

Illustration du projet 5G Vertical ISS porté par Alsatis










