Jean-Luc Moudenc : « La crainte d'une bulle de licenciements »
À l'occasion de cette nouvelle année, Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse et président de Toulouse Métropole, livre à La Lettre M sa vision des grands enjeux de 2021 et revient sur les dossiers « chauds » du moment. Interview exclusive.
Quels sont vos craintes pour 2021 ?
Je crains que n'éclate, une fois la phase de chômage partiel terminée, une sorte de bulle de licenciements et que le territoire ne soit secoué encore plus fort socialement et économiquement qu'il ne l'est aujourd'hui. Dans ce contexte, il est important que les différents plans de relance mis en place par les pouvoirs publics se conjuguent et s'additionnent, afin qu'un maximum d'emplois soient préservés et que les grands chantiers liés à la transition écologique soient menés. En tant que collectivité, notre principal levier d'action est celui de la commande publique. C'est la raison pour laquelle nous avons fait le choix de maintenir les grands investissements fixés sur notre feuille de route.
Certaines réalisations, comme la troisième ligne de métro à Toulouse, ont néanmoins été étalées dans le temps...
En effet. Face aux incertitudes pesant sur l'avenir et aux pertes de recette que nous enregistrons (le coût global de la crise est estimé à 320 M€ sur trois ans pour Toulouse, Toulouse Métropole et Tisséo, NDLR), nous aurions pu choisir l'attentisme. Mais c'est une option que j'ai écartée, car elle n'aurait fait qu'aggraver la situation. La collectivité doit aller de l'avant, confirmer son ambition, en donnant des perspectives d'avenir claires au tissu économique. Nous avons néanmoins été tenus de revoir les calendriers, d'étaler dans le temps certains chantiers, comme celui de la troisième ligne de métro, afin qu'ils soient finançables.
Qu'en est-il de la tour Occitanie, projet emblématique (153 mètres de haut – 130 M€ d’investissement – propriétaire du foncier : SNCF Immobilier - promoteur : La Compagnie de Phalsbourg, NDLR) qui s'inscrit dans le cadre de l'aménagement du quartier Matabiau ?
Tout d'abord, il est important que rappeler que ce projet, s'il est en effet symbolique, ne représente que 7 % de l'opération globale. La collectivité a fait sa part ; le permis de construire est délivré. Le projet fait actuellement l'objet d'un recours. Lorsque ce dernier sera purgé, nous y verrons probablement plus clair du point de vue économique. Il faut que le marché de l'immobilier de bureau, actuellement déstabilisé, retrouve son équilibre. Mais je n'ai pas d'inquiétude pour la tour elle-même. En ce qui concerne le reste du projet, nous avons d'ores et déjà traité l'ensemble des espaces publics situés devant la gare Matabiau. Nous continuons à avancer dans la construction de ce nouveau quartier. Mais c'est un projet qui s'étalera, comme prévu, jusqu'en 2030. La crise que nous traversons actuellement ne le bouleverse pas.
Quel regard portez-vous sur la tempête que traverse le secteur aéronautique ?
C'est une secousse qui ébranle gravement l'ensemble de la filière, particulièrement représentée dans la métropole toulousaine. Je constate qu'Airbus a su trouver les moyens de traverser cette crise avec le moins de dégâts possibles en termes d'emplois. Mais je suis inquiet pour les TPE et les PME, pour tout le tissu de sous-traitants, qui est relativement fragile. À moyen terme, nous n'allons probablement pas échapper à des restructurations et à des regroupements. Souhaitons que cela s'accompagne de bonds technologiques. Cette période difficile peut être l'occasion d'accélérer les mutations et la modernisation du secteur. C'est tout l'enjeu des années 2021 et 2022 : être mieux armés et plus compétitifs.
Dans ce contexte, le projet d'installation d'une chaîne d'assemblage de l'A321 à Toulouse, évoqué par Airbus en janvier 2020, est-il toujours d'actualité ?
C'est un combat que nous allons devoir mener cette année, en effet, afin que cette chaîne d'assemblage voit bel et bien le jour à Toulouse. Le sujet a été naturellement repoussé, du fait de la crise. Mais je pense qu'il va rebondir en 2021, même si je n'ai pas de nouvelles récentes à ce sujet.
Autre dossier « chaud », qui a bénéficié du soutien de la collectivité : le développement d'un centre de R&D et d'une piste d'essai à Francazal par la start-up Hyperloop TT, qui planche sur une capsule de transport à grande vitesse par lévitation magnétique. L'entreprise a récemment signé des partenariats industriels significatifs, mais n'accuse-t-elle pas un certain retard ?
Dès le départ, Hyperloop TT a expliqué qu'il s'agissait d'un pari technologique, mais aussi collaboratif. Et les annonces qui ont, en effet, été faites récemment (notamment l'arrivée de 100 ingénieurs d'Altran en renfort, NDLR) collent pleinement à la philosophie du projet. Nous avons la chance de disposer ici, à Toulouse, d'un formidable écosystème de recherche et d'innovation, probablement plus performant qu'ailleurs. L'Hyperloop, c'est une démarche de fond, un travail au long court. Nous avons tout fait pour donner sa chance à ce projet et souhaitons naturellement qu'il aboutisse.










