Quand les consulaires redeviennent « essentiels »
Comme un goût de revanche teinté d'amertume. Depuis plusieurs années, les chambres consulaires déplorent les baisses continues des budgets alloués par l'État. En janvier, Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie, dénonçait une véritable saignée : « Le ministre de l’Économie a annoncé pour les CCI une trajectoire à trois ans qui va nous faire beaucoup de mal. En Occitanie, nos ressources passeraient ainsi, entre 2012 et 2022, de 117 M€ à 28,5 M€. Ce n’est pas soutenable. Cela nous met à genoux ! » Mais depuis, la donne a changé. Avec la crise de la Covid-19, les pouvoirs publics ont en effet trouvé dans les établissements consulaires un relais de choix. Ainsi, alors qu'en moins de vingt ans, la part de son budget financée par l'État est passée de 80 à 40 %, la chambre d'agriculture du Gard est plus sollicitée que jamais par les pouvoirs publics pour déployer leurs dispositifs. « Lors du deuxième confinement, il a été demandé à l’ensemble des consulaires d’être pro-actifs sur le plan France Relance », illustre Magali Saumade, présidente. « Les chambres consulaires ne faisaient pas partie, il y a peu, des priorités du gouvernement..., analyse Bruno Bergoend, président de l’UIMM MP-Occitanie. Mais lorsqu'il a fallu s'adresser aux entreprises, elles ont montré toute leur légitimité. » Un constat partagé par Alain Di Crescenzo : « Nous avons prouvé que nous étions essentiels. L'État avait un peu oublié notre efficacité, désormais saluée par tous. » André Deljarry, président de la CCI 34, qui a perdu 50 % de ses ressources en huit ans, acquiesce : « Bruno Le Maire nous considère comme des capitaines de navire connaissant près de 80 % des entreprises de leur territoire. Nous avons été mis au centre du jeu. » Vincent Aguilera, président de la CMA 31, estime quant à lui que « la crise a prouvé à l’État qu’il avait besoin de nous pour identifier les besoins du tissu très varié des TPE-PME et les accompagner en proximité. Au plus fort de la crise, quand les informations fusaient de partout et que tout le monde était dépassé, nous avons mobilisé nos troupes pour contacter l’ensemble de nos ressortissants.»
Et demain ? « Les réseaux consulaires ont besoin qu’on leur laisse des moyens, car ils ont déjà fait beaucoup d’efforts de mutualisation, assure Jean-Louis Chauzy, président du Ceser Occitanie. Arrêtons de les étrangler ! » L'État semble avoir entendu cet appel, puisqu'il a décidé de geler la baisse des budgets prévue cette année, non sans contreparties en termes d'actions à mener. « L’hémorragie phénoménale va au moins pouvoir être stoppée », se réjouit Sophie Garcia, présidente du Medef Occitanie. André Deljarry se veut optimiste pour les CCI : « La stabilité pour 2021 est désormais acquise et une baisse (nationale, NDLR) limitée à 50 M€ est prévue pour 2022. » Mais après ? « L'équilibre est fragile, estime Alain Di Crescenzo. Ce qui est fait un jour peut être défait... »










