Ubisoft dans la tourmente : colère et inquiétude chez les salariés du studio de Montpellier
« Malgré les difficultés et les tensions rencontrées ces dernières années, la situation n’a jamais été aussi tendue », assure à La Lettre M Clément Montigny, délégué du STJV (Syndicat des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo) Ubisoft Montpellier, au sujet des annonces du groupe évoquant une restructuration de ses activités le 21 janvier. « Une profonde colère et une incompréhension totale dominent chez les salariés, explique-t-il. Nous avons appris ces décisions dans la presse, deux jours après une réunion avec la direction. » Le groupe français de jeu vidéo, dont l’un des plus importants studios est basé depuis 1994 à Castelnau-le-Lez, près de Montpellier, vient de présenter un plan de réorganisation drastique.
Le titre s'effondre
Numéro un français du secteur, le groupe qui emploie près de 17 000 salariés dans le monde - dont 468 dans l’Hérault - prévoit notamment de regrouper une partie de ses studios mondiaux par spécialité, avec l’objectif de diminuer ses coûts fixes d’au moins 200 M€ en 2026 et 2027. Ubisoft anticipe également une perte opérationnelle de près de 1 Md€ sur l’exercice 2025-2026. Le plan de réorganisation prévoit par ailleurs la fermeture de studios à Halifax (Royaume-Uni) et à Stockholm (Suède), ainsi que l’arrêt de la production de six nouveaux jeux, dont la suite de Prince of Persia, développé à Castelnau-le-Lez. Conséquence directe, le titre Ubisoft a perdu plus de 30 % de sa valeur en trois jours sur les marchés boursiers.
Crainte d'une casse sociale
« Face à ces difficultés, la direction du groupe ne reconnait aucune erreur et joue l’apaisement en se montant rassurant sur l’avenir du studio montpelliérain, poursuit Clément Montigny en évoquant un possible mouvement de grève la semaine prochaine lié à la fin du télétravail et au risque de casse sociale. On nous impose un retour au bureau cinq jours par semaine alors que le télétravail fonctionne très bien. Dans le même temps, les salaires n’augmentent pas et sont au plus bas pour une partie importante des équipes. Au-delà, nous n’avons aucune garantie concernant la pérennité de notre activité. Dans le cadre de cette restructuration, la direction a mis en place des “maisons de création” associées à des grandes marques de jeux. Et si l’on nous garantit que nous n’avons rien à craindre, personne n’est rassuré. Dans ce contexte, des départs massifs devraient intervenir alors que nous n’avons jamais enregistré autant de ruptures conventionnelles ces derniers mois. » Au cours des dernières années, le groupe a supprimé 3 000 postes au niveau mondial.
Contacté par La Lettre M, la direction d’Ubisoft se refuse pour l’instant à tout commentaire. Seule annonce officielle, le maintien au sein du studio de Montpellier du développement de Beyond Good & Evil 2. Un jeu en gestation depuis 2008.











