Sylvain Panas (TotalEnergies) : « Soutenir l'économie régionale est un enjeu vital »
Dans une interview exclusive accordée à La Lettre M, Sylvain Panas, directeur régional de TotalEnergies, évoque l’empreinte du groupe en Occitanie, mais aussi ses engagements sur les sujets stratégiques de la décarbonation, des énergies renouvelables, des carburants d’aviation durable et du développement territorial.
Que pèse TotalEnergies en Occitanie ?
Dans la région, nous comptons environ 1 000 collaborateurs – incluant les effectifs du siège français de TotalEnergies Renouvelables, basé à Béziers (34), et les effectifs de VSB, acquis il y a un an, auxquels s’ajoute un millier d’emplois induits, en particulier dans les stations-service gérées par des indépendants. Nous déployons plusieurs métiers : la distribution de toutes les énergies, dont des carburants, via nos 332 stations-service réparties dans le territoire, mais aussi la mise à disposition de bornes de recharge électriques, le développement d’énergies renouvelables et la livraison d’énergie dans les territoires ruraux.
Où en est le déploiement des bornes électriques au sein de votre réseau en Occitanie ?
Il faut savoir qu’aujourd’hui, 80 % des recharges de véhicules se réalisent à domicile. C’est par conséquent pour nous un véritable changement de paradigme par rapport à l’activité historique de distribution de carburant, car nous devons nous focaliser sur les trajets longs, en nous positionnant en particulier sur les rocades et les autoroutes. À ce jour, nous comptons 18 stations équipées, dont 11 sur autoroutes, pour un total de 1 105 points de recharge en Occitanie. Et bien entendu, nous poursuivons notre déploiement. À chaque fois que nous rénovons une station-service, nous y installons des bornes, en nous posant par ailleurs toujours la question de l’opportunité de la transformer en station 100 % électrique. Sur ce point, nous souhaitons devancer le marché, en ayant toujours un temps d’avance, tout en gardant à l’esprit que 90 % des habitants de notre région utilisent aujourd’hui un véhicule thermique.
Quel est le rôle de votre dépôt de Toulouse-Lespinasse (31) ?
C’est l’un des deux dépôts de carburant qui existent en Occitanie Ouest et c’est le plus important. De ce fait, il joue un rôle majeur dans l’approvisionnement du territoire. Soyons clairs : si son activité s’arrêtait, toute l’ex-Midi-Pyrénées serait à l’arrêt ! Dans ce cadre, nous devons gérer un sujet logistique relativement complexe, puisque Toulouse est la seule métropole de France à ne pas être approvisionnée en carburant par pipes, mais pas transport ferroviaire.
Comment se traduit votre engagement en faveur des Saf (carburants d’aviation durable), dans la région de l’aéronautique ?
Que ce soit pour les véhicules terrestres ou les avions, nous avons la conviction que les bio-carburants doivent participer à la décarbonation du mix énergétique. En ce qui concerne les Saf en particulier, nous disposons d’un dépôt à Toulouse, car le groupe Airbus tire la demande. Nous avons noué avec lui un partenariat stratégique : nous le fournissons en Saf pour toutes les étapes d’essai au sol et en vol de ses avions, mais aussi pour toutes les rotations du Beluga. Par ailleurs, nous allons déployer le Saf au sein de la plateforme aéroportuaire de Toulouse-Blagnac d’ici à la fin du premier trimestre.
Quel rôle jouez-vous dans la dynamique de l’éolien offshore dans le territoire, en particulier dans le cadre du projet Eolmed ?
Nous sommes partenaires du projet Eolmed (éoliennes flottantes au large de Gruissan, dans l’Aude, NDLR), à hauteur de 20 %. Nous apportons notamment nos compétences sur la partie offshore, que nous connaissons bien. C’est stratégique, car lorsque l’on parle d’éolienne en mer, le sujet le plus technique est celui du flotteur. Il s’agit d’un projet-pilote qui nous permet de tester des solutions susceptibles d’être ensuite déployées à plus grande échelle. Les retours d’expérience seront précieux et nous entendons être au rendez-vous du déploiement massif des fermes éoliennes en Méditerranée.
TotalEnergies, c’est aussi du biogaz et de l’agrivoltaïsme…
Absolument ! En ce qui concerne le biogaz, l’objectif est particulièrement vertueux, puisqu’il s’agit de valoriser des déchets en produisant de l’énergie. Nous sommes là sur une technologie éprouvée, avec des gisements de déchets organiques bien identifiés et des usages à la fois domestiques et industriels. En Occitanie, nous animons deux unités importantes, BioRoussillon à Perpignan (66) et BioQuercy à Gramat (46), et travaillons sur plusieurs autres projets. Tout cela, bien sûr, nécessite du temps et de l’acceptabilité, mais nous sommes convaincus qu’il est nécessaire de développer ces dossiers vertueux. Concernant l’agrivoltaïsme, le sujet est un peu moins mature, mais nous y plaçons aussi beaucoup d’espoirs. Nous le savons, à l’heure du Zan (Zéro artificialisation nette des sols, NDLR), la question du foncier se pose lorsqu’il s’agit de déployer des parcs photovoltaïques. Dans ce contexte, l’agrivoltaïsme peut jouer un rôle. Nous en sommes pour l’heure à l’étape de l’expérimentation, avec des pistes intéressantes, notamment sur des surfaces dédiées à l’élevage. Nous regardons ces sujets de très près car si on veut disposer d’énergie décarbonée, il faut trouver des solutions !
Comment se concrétise votre soutien au tissu économique régional ?
De plusieurs façons. Depuis janvier 2025, nous avons octroyé plus de 615 k€ de prêts à taux zéro à 19 PME implantées en Occitanie, ce qui nous a permis de contribuer à la création ou au maintien de 352 emplois dans le territoire. C’est un enjeu vital pour nous. Nous soutenons tous les secteurs d’activités mais avons une attention toute particulière pour l’industrie. Nous souhaitons participer à notre niveau à la réindustrialisation de l’Occitanie. Car l’emploi industriel, c’est de la vie, des commerces, des services publics, des territoires qui se développent, en particulier dans la ruralité. Nous sommes un acteur du territoire et avons envie de participer à son développement. Moi-même, je suis engagé dans différentes instances, qu’il s’agisse de la CCI Occitanie, du Medef, de Réseau Entreprendre… Quant au groupe TotalEnergies, il est résolument engagé dans la perspective de Repos - Région à énergie positive - voulue par Carole Delga. Nous sommes également présents aux côtés des acteurs du rugby – professionnel comme amateur - et, via la Fondation TotalEnergies, nous nous engageons en faveur de la jeunesse, surtout la plus fragile, et intervenons en soutien à la rénovation du patrimoine et en accompagnement de certains projets culturels impactant les jeunes.











