Santé, ICC, EnR... : Michaël Delafosse veut « accélérer »
Au tiers de son mandat et dans un contexte de crise, Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole, fait un point dans une interview exclusive à La Lettre M . L'élu revient sur les avancées des actions engagées en faveur du développement économique et ses priorités. L'édile souhaite entre autres raisonner en termes de filières, réguler le commerce et encadrer l'implantation de nouvelles entreprises sur le territoire.
Élu depuis deux ans et demi, votre feuille de route économique est-elle tenue ?
Michaël Delafosse : Mon rôle est de donner le cap mais je suis aussi le maire des crises, avec la Covid, puis celle de l’énergie… Si ça pouvait s’arrêter là, j’en serais ravi ! J’étais inquiet au sujet de la reprise d’activité après la pandémie. Nous avons créé un événement inédit que sont les Assises du territoire et avons positionné un niveau d’investissement public de 3,5 Md€. J’ai donné comme consigne qu’1 euro d’argent public investi permette d’obtenir 10 euros du privé. Ces moyens sont mis sur les mobilités, la transition écologique… Nous avons donné un cap aux acteurs de l’immobilier avec le choc de l’offre, soit 8 000 logements mis en consultation. Il fallait que tous les acteurs – bureaux d’études, architectes, promoteurs – puissent connaître la feuille de route des engagements pris par la collectivité.
Comment rendre le territoire attractif ?
Il faut que Montpellier redevienne une référence inspirante pour les autres métropoles d’Europe. Aujourd’hui, « Montpellier is back ». Des dossiers auxquels plus personne ne croyait, comme le Contournement Ouest de Montpellier, sont lancés. La déviation Est de Montpellier fait aussi partie des discussions que nous avons relancées avec ASF. Beaucoup de chantiers sont en cours au profit des entreprises et des emplois. La lutte contre le chômage est aussi un combat. Nous avons défini sur la commune de Grabels et des Hauts de Massane un territoire d’expérimentation « zéro chômeur ». Nous espérons obtenir l’agrément à horizon 2024.
Où en est-on de l’agence de développement économique ?
Le logo, la marque et le conseil d’administration seront présentés au premier trimestre 2023. Cette agence marque une grande rupture de gouvernance. Elle va servir à intensifier la coopération territoriale économique avec les intercommunalités voisines Sète, Pic Saint-Loup, Pays de l’Or, Hérault Méditerranée. Ce mardi 13 décembre, jour des Masters de La Lettre M, Millau, Sète, Montpellier étaient ensemble pour le forum Terre de Jeux au Corum. Quand Alex Larue, responsable de l’agence, annonce que l’École des Mines va s’implanter à Montpellier, ça prouve notre attractivité.
Vos voisins d’Agde et de Sète ont déjà créé leur agence commune il y a un an…
Chacun a sa stratégie et mes voisins sont en place depuis plus longtemps. Désormais, on se parle. Aujourd’hui, des délibérations ont lieu dans les intercommunalités pour intégrer la future agence de développement économique. La Métropole de Montpellier a fait le choix de ne pas être l’administrateur majoritaire. Il y aura la Région, la Métropole et les intercommunalités. De manière à pouvoir aiguiller les entreprises à l’implantation et résoudre leur problématique de foncier. Et créer des synergies pour les aider à se développer. À Montpellier, nous sommes forts dans le domaine de la création mais nous devons être plus forts dans l’accélération du développement. Ce sont des ingénieries que nous devons mutualiser car nos voisins n’ont pas les moyens financiers pour le faire, ce pourquoi nous travaillons ensemble. Notamment sur la lisibilité des fonciers.
Certains professionnels craignent la mise en place de la ZFE. Le calendrier est-il tenable ?
Améliorer la qualité de l’air est un enjeu de santé publique. Nous avons un périmètre de ZFE qui comptera 31 communes d’ici à 2026. L’agenda de mise en œuvre est lisible et transparent. Les dérogations sont pragmatiques et tiennent compte des enjeux économiques. Nous avons le soutien de la Région pour l’aide à la conversion des véhicules des artisans, à hauteur de 3 000 €.
Quels sont les atouts économiques de Montpellier ?
On dit que Toulouse a les avions. Le Havre a son port. Montpellier s’appuiera sur ses filières ! On a créé MedVallée pour la filière « santé globale ». Nous travaillons sur la filière des industries culturelles et créatives (ICC) et nous postulons au Plan France 2030 à cet égard. J’ai rencontré les responsables d’EDF afin de structurer une filière sur les énergies renouvelables. Sur le numérique, il se passe beaucoup de choses sur la Zac Cambacérès, notamment avec l’hôtel French Tech. Notre territoire doit être ouvert à tous les créateurs, entrepreneurs, chercheurs, artistes qui ont des capacités à écrire de nouvelles pages de progrès.

Parlons commerce. Quelle enseigne va s’installer en lieu et place de « l’ancien Quick » sur la place de la Comédie ?
Je souhaite que l’enseigne qui remplacera le Quick concoure au rayonnement de Montpellier. Cette place doit être le réceptacle d’enseignes présentes dans les grands centres urbains d’Europe. Nous sommes le centre-ville le plus fréquenté de France avec 4 millions de visiteurs, + 40 % par rapport à 2021, selon Mytraffic. Le commerce doit être maîtrisé. Nous allons nous doter d’outils pour cela.
Comme la foncière commerciale ?
Oui, elle est prévue au premier semestre 2023. Je souhaite qu’Altémed joue le rôle de bras armé aux côtés de la CCI pour contribuer à la redynamisation du commerce. La dernière stratégie Commerce remonte aux extensions d’Odysseum. On va créer une foncière commerciale et lancer un tour de table, avec notamment la Caisse d’Épargne. Demain, des fonds nationaux pourront aussi devenir partenaires de cette foncière pour que nous soyons en capacité d’effectuer du portage. Je travaille aussi à ce qu’un maximum de sièges d’entreprise s’implante en centre-ville afin d’accroître l’emploi dans la ville. C’est dans l’intérêt des commerçants et le centre historique est une des priorités de la collectivité.
Comme cela a été fait dans la Zac Nouveau Saint-Roch ?
Oui, sur cette Zac nous avons fait le choix d’intégrer un peu moins de logements pour y avoir un peu plus de bureaux. Je suis attaché à une stratégie spatiale pour les filières. MedVallée sera implanté dans le Nord, dans une logique de campus ; avec l’appellation Quartier de la Cité Créative (ex-EAI), on voit bien la dominante des industries culturelles et créatives ; Cambacérès autour du numérique et de la captation de grands comptes parisiens pour profiter de la gare TGV et de l’extension de la ligne 1 du tramway. Nos territoires connaissent une forte croissance démographique mais, ceci dit, Montpellier ne peut pas tout absorber. D’où l’enjeu de la répartition et de la coopération.
Quid des zones d’activités ?
Sont envisagées la requalification de zones telle que la Lauze-Marcel Dassault ou encore l’extension de Lauze Est orientée vers la logistique avec notamment un projet d’hôtel hybride logistique et productif de 50 000 m2. Fini la consommation foncière comme avant ! L’avenir est dans le réinvestissement urbain et l’optimisation de l’espace. Nous allons réduire de 25 % l’artificialisation des sols sur la Métropole dans le cadre du Plu-i Climat à horizon fin 2023-début 2024. Nous n’autoriserons pas de programme contre-intuitif à notre stratégie de filière.
Quelle est la nature de vos relations avec les gros employeurs privés ?
Loïc Soubeyrand, patron de Swile, a été une formidable rencontre, je dois visiter Septeo en début d’année. Je dois être aux côtés des entreprises du territoire pour notamment les accompagner dans leur développement international. Dans le courant de 2023, nous irons ensemble à Bruxelles, à Paris et à Londres pour parler de Montpellier. Pour aussi donner envie à des entreprises de venir s’y implanter.
Le contexte de crise va-t-il avoir un effet sur les investissements à vocation économique ?
Il y aura des choix qui vont être opérés. Je serai très attentif à ce que la Métropole comme la Ville puissent conserver leur capacité à investir. Toutes les politiques vont être questionnées. Il n’y aura pas de rente, tout sera réinterrogé. Nous allons vers des temps difficiles avec des crises. Pour autant, il faut porter une vision positive de l’avenir. Nombre d’entreprises montpelliéraines ont désormais un rayonnement national et international. Cela entraîne.










