Pourquoi huit projets RSE sur dix s’effondrent dès la première année
Si tant de projets RSE s’écroulent rapidement, ce n’est pas une fatalité : c’est un diagnostic. Derrière les ambitions affichées, les organisations manquent souvent des relais internes nécessaires à transformer la bonne volonté en résultats durables. Quatre leviers, souvent négligés, déterminent pourtant la réussite d’une stratégie RSE. Le point avec Melinda Chehimi, docteur en sciences de gestion, enseignant-chercheur en contrôle de gestion à MBS School of Business.
Sur le terrain, les échecs sont rarement liés à un manque d’intention : directions générales et équipes s’engagent au contraire volontiers sous l’effet des attentes sociétales, de la pression réglementaire ou de la directive européenne CSRD. Mais lorsque la RSE n’est pas pilotée comme une véritable stratégie, la dynamique s’essouffle vite : priorités qui changent, départ d’un sponsor interne, dispersion des initiatives, absence de résultats tangibles. Les projets RSE échouent moins par cynisme que par fragilité organisationnelle. Ils reposent trop souvent sur quelques individus engagés sans être suffisamment intégrés aux mécanismes ordinaires de décision et de gestion. Autrement dit, la bonne volonté ne suffit pas : c’est l’architecture managériale qui fait la différence.
La traduction stratégique. Une politique RSE ne peut rester au stade des principes ou des chartes. Elle doit être déclinée en choix structurants, priorités hiérarchisées, objectifs mesurables et plans d’action opérationnels. Sans cette traduction concrète, les équipes peinent à arbitrer et la RSE demeure périphérique, cantonnée à des initiatives ponctuelles.
L’alignement organisationnel. Une stratégie portée par un service isolé ou une direction spécialisée reste vulnérable. Pour s’inscrire dans la durée, la RSE doit irriguer les fonctions clés : finances, opérations, ressources humaines, achats, systèmes d’information. C’est cet alignement transversal qui permet de dépasser la logique du « projet à côté » et d’inscrire la durabilité au cœur des décisions.
La gouvernance. Qui décide, qui arbitre, qui rend compte ? L’absence de règles claires rend la démarche dépendante de personnalités plutôt que d’institutions. Installer des instances dédiées, définir des responsabilités explicites et assurer un portage fort au plus haut niveau permet de sécuriser les trajectoires et de résister aux changements de leadership.
Le pilotage dans le temps. Tableaux de bord, indicateurs extra-financiers, revues régulières, dispositifs de contrôle stratégique : la RSE doit être suivie avec la même rigueur qu’un projet de croissance ou d’investissement. Sans ces infrastructures, la transformation reste fragile, exposée aux arbitrages de court terme. Pour les dirigeants, l’enjeu est désormais de passer d’une RSE déclarative à une RSE réellement managée. À l’heure où la durabilité devient un critère central de compétitivité, d’attractivité et de résilience, la capacité à structurer ces démarches fera la différence entre communication… et transformation durable. Les organisations qui sauront les déployer dès aujourd’hui prendront une longueur d’avance décisive.











