Olivier Polge (FFB 30) : « La baisse d’activité entraîne des tensions sur les appels d'offres »
Secrétaire général de la Fédération française du bâtiment du Gard (FFB 30), Olivier Polge évoque pour La Lettre M les difficultés du secteur dans le département et l’impact potentiel des annonces du nouveau gouvernement sur le marché de la construction neuve. Entretien.
La nouvelle ministre du Logement, Valérie Létard, a récemment pris position sur l'élargissement du PTZ (prêt à taux zéro) aux maisons individuelles. Qu’en pensez-vous ?
Nous sommes ravis d’avoir enfin une ministre que nous connaissons au sein de la FFB et qui porte un vrai projet pour la construction neuve. Elle semble prendre ce sujet au sérieux. Plus largement, nous avons le sentiment que ce gouvernement réalise que lorsque le bâtiment est en crise, cela se traduit par des recettes fiscales en moins.
La directrice départementale de la Banque de France a indiqué début octobre qu’une baisse des taux directeurs était envisagée d’ici au mois de décembre… Un cadeau de fin d’année avant l'heure selon vous ?
C’est clairement une bonne nouvelle. Cette mesure ne peut que favoriser la relance de l’investissement immobilier des particuliers, que ce soit pour la construction neuve où l’activité rénovation. C’est un signal positif pour nos entreprises !
En tant qu’artisan et porte-parole des professionnels gardois, qu’attendez-vous du gouvernement ?
Il faut d’abord cesser d’ajouter de la norme à la norme. Le nombre de textes est suffisant en ce qui concerne l'habitat. Nous construisons déjà très bien... Au vu de la conjoncture, cela n'a pas de sens d’ajouter de nouvelles contraintes dans un secteur où l’activité est déjà ralentie. Cela contribue à décourager bon nombre d’artisans.
Quels sont les indicateurs indiquant que le secteur va mal ?
La consommation de béton, en baisse de 30 % sur un an, le nombre d’intérimaires qu recule de 25 % sur la même période et l’état des carnets de commandes. Nous constatons également des tensions sur les marchés d'appels d’offre, très concurrentiels en période de crise. Les entreprises ont moins de travail et y sont donc beaucoup plus attentives.
Concernant le montant alloué au dispositif “Ma Prime Renov“, où en sont les négociations ?
Ce type de dispositif permet de soutenir les investisseurs, dans le cadre de projets d’acquisitions ou de travaux de rénovation. Ce serait une erreur de revenir sur le taux préférentiel à 5,5 % dont bénéficie l'activité rénovation. Toucher à cette taxe ne constitue pas, selon moi, la bonne stratégie. Cela incite au contraire à ne pas réaliser de travaux, alors qu’à terme, cela permet de réaliser des économies d’énergies, et d’argent.
Quelle est la situation financière des artisans gardois ?
L'activité est assez calme. Certains chantiers ne sont pas lancés. Plus largement, la situation est très disparate. Certains débordent de travail quand les carnets de commandes d’autres entreprises sont vides. Concernant les chiffres des procédures collectives, les TPE sont les plus touchées, et elles représentent la plus grosse partie des entreprises du BTP. Le plus souvent l'artisan travaille seul. La part de salariés est donc très faible dans le secteur. Enfin, si les carnets de commandes sont globalement pleins, ces derniers ont tendance à s’alléger à horizon 2025.
Concernant le prêt à taux zéro (PTZ), que le gouvernement souhaite étendre sur tout le territoire et non pas aux seules zones dites tendues où il s’applique actuellement, quelle est votre sentiment ?
La nouvelle ministre ne trouve pas “absurde“ qu’il concerne également les maisons individuelles, “en dehors des secteurs hyperurbains et dès lors qu’elles ne consomment pas trop d’espace ». Les maisons avaient initialement été exclues du dispositif compte tenu des objectifs de lutte contre l’artificialisation des sols. Une réserve, si les conditions du PTZ sont assouplies, mais que l'on affaiblit l'activité rénovation avec de nouvelles taxes, cela n'aura aucun effet, il faut que de vraies décisions soient prises.











