Mathieu Massot (Groupe FDI) : « Le marché de l’immobilier reste difficile, mais la confiance revient lentement »
Membre du réseau Procivis, le groupe immobilier héraultais FDI, qui bénéficie du statut de coopérative, dévoile les résultats 2025 du baromètre Procivis Toluna Harris, qui analyse les attentes des habitants d’Occitanie concernant leur logement. Le secteur de l’immobilier a été secoué par des crises successives. Le Groupe FDI, dirigé par Mathieu Massot, maintient son cap en orientant sa production sur les besoins des territoires et de ses habitants tout en se mobilisant sur la création de valeur ajoutée. Interview exclusive.
FDI fait partie du réseau Procivis, qui vient de publier le baromètre Habitat 2025. Qu’en est-il pour l’Occitanie ?
La 6e vague de ce baromètre* analyse les perceptions des habitants de l’Occitanie concernant leur logement et leur cadre de vie. Le climat économique est préoccupant, mais plus lisible selon l’étude réalisée entre août et septembre 2025. Près de 77 % des répondants craignent une dégradation de leur niveau de vie, contre 64 % en 2024, ce qui traduit une cristallisation des inquiétudes. La perception de leur situation personnelle se dégrade, mais reste moins pessimiste qu'au national : 48 % anticipent une dégradation, contre 42 % en 2024. Les Occitans ne sont plus dans l’attentisme ; ils se sont adaptés à un contexte durablement contraint. Même si 83 % sont satisfaits de leur logement, 34 % aimeraient déménager, et 58 % qui ne sont pas propriétaires souhaiteraient le devenir, mais le prix reste un critère majeur. L’enjeu n’est plus le désir de propriété, mais la faisabilité économique – prix, taux d’intérêt, apport - , d’où l’attrait du bail réel solidaire qui permet de faire baisser les prix.
Que dit l’étude sur le marché de l’immobilier ?
Le marché de l’immobilier reste difficile, mais la confiance revient lentement. Le critère du prix est important, même si 43 % des répondants anticipent une hausse (contre 36 % en 2024). La perspective d’une baisse recule fortement, selon 21 % des contributeurs. En Occitanie, il serait possible de tendre vers une stabilisation des prix, voire une légère baisse, à condition qu’il y ait une volonté de toute la chaîne immobilière de faire baisser les coûts de construction. Près d’un tiers (31 %) des répondants estiment que c’est le bon moment pour acheter, contre 27 % en 2024, tandis que 34 % jugent que c’est le bon moment pour vendre, contre 28 % en 2024. Les ménages reprennent confiance, même si l’acte d’achat demeure difficile. On constate une évolution des motivations : les ménages souhaitent changer de logement pour « mieux vivre » – cadre de vie, qualité du logement, performance énergétique – et 80 % des répondants considèrent la maison individuelle comme le logement idéal à acheter.
Est-il difficile de se loger en Occitanie ?
Huit Occitans sur dix déclarent connaître une personne en difficulté pour se loger convenablement. La précarité touche désormais toutes les catégories sociales. Les loyers trop élevés (64 %) et les logements mal isolés (57 %) sont les principales difficultés évoquées. Bien que la transition énergétique soit acceptée, elle est jugée trop coûteuse et soumise à des normes instables. Les ménages veulent de la visibilité et de la simplicité pour rénover.
Comment est perçue la politique du logement des communes ?
L’étude montre que 62 % des Occitans sont satisfaits de la politique de logement de leur commune. Ils ont confiance en leur maire pour agir, mais ils attendent une offre de logement adaptée aux besoins du territoire pour favoriser l’installation de nouveaux habitants, préserver les commerces de centre-ville et attirer des entreprises. 33 % estiment qu’il faudrait construire davantage dans leur commune, contre 27 % en 2024. Cela signifie que les habitants demandent une construction maîtrisée vers un urbanisme responsable.
Le groupe FDI est investi dans les missions sociales...
Depuis plus d'un siècle, notre groupe gère un immobilier diversifié, préserve son territoire et accompagne ses habitants, grâce à son modèle coopératif d'économie sociale et solidaire innovant. C'est notre force et notre singularité. Au travers de notre Scicap FDI Procivis, nous avons signé le 19 février dernier deux nouvelles conventions OPAH-CD (Opération programmée d’amélioration de l’habitat des copropriétés dégradées) avec l’Établissement public foncier Occitanie, la Ville de Nîmes, Nîmes Métropole et le Département du Gard. Ces conventions visent à accélérer la rénovation énergétique du parc privé et contribuent à l’amélioration d’un habitat digne et durable. Trois copropriétés sont concernées par cette convention qui s’étend sur la période 2026-2031 - « Grillons 2 » (Mas de Mingue), « Bigorre » et « Parc des Sports, » (Quartier Pissevin-Valdegour). Ce dispositif d’avance sur subventions permet aux syndicats des copropriétaires de financer des travaux d'urgence ou de rénovation énergétique, facilitant ainsi l'accès des ménages les plus modestes à des améliorations concrètes de leur cadre de vie. En 2025, le groupe FDI a ainsi octroyé 1,176 M€ de préfinancements. Par ailleurs, notre entité FDI Procivis s'est engagée, au sein du réseau national Procivis, à mobiliser près de 20 M€ sur la période 2023-2030 au titre des avances sur subventions.
Avez-vous des projets similaires ailleurs ?
Nous avons des projets similaires dans la métropole de Montpellier. L’EPF Occitanie nous sollicite régulièrement pour d’autres copropriétés. Présents en Paca via notre filiale FDI Procivis Méditerranée, nous avons également vocation à réaliser ce type d’activité dans cette zone.
Les résultats des élections municipales vont-ils changer la donne dans les projets immobiliers ?
Cela dépendra des collectivités. Le besoin de logements demeure bien réel. Nous allons retravailler la question de l’aménagement et du logement avec les élus, qu’ils soient nouveaux ou non, dans le cadre de ce nouveau mandat. Certains projets en cours pourraient être impactés, et il faudra rencontrer les décideurs pour en discuter. Le contexte actuel nous pousse à être prudents et résilients.
Quel bilan tirez-vous de l’année 2025 ?
En 2025, le groupe a fait preuve de résistance dans toute la diversité de ses métiers. D’ailleurs, nous affichons un résultat positif malgré une année complexe. Plus de 650 logements sociaux, libres, abordables et en hébergement spécialisé ont été mis en chantier au cours de l'exercice. Les ventes unitaires sont majoritairement en accession sociale à la propriété. En 2025, nous avons renforcé la filiale FDI Services Immobiliers en devenant actionnaire majoritaire du syndic Immovance, qui gère 4 541 lots. FDI Services Immobiliers représente désormais 25 000 lots, soit 150 copropriétés majoritairement concentrées dans la métropole de Montpellier. Nous étudions d’autres opérations de croissance externe de syndic ou de gestion locative pour FDI Services Immobiliers.
Et pour 2026, quelles sont vos perspectives ?
La dynamique devrait s'accélérer en 2026, avec le lancement prévu de plus de 1 000 nouveaux logements dans l'ensemble de l'arc méditerranéen. Nous allons lancer de beaux projets emblématiques tels que la gendarmerie de Lunel qui comprendra un espace opérationnel de 3 400 m², 110 logements (T2 au T6), des aménagements paysagers... Les travaux débuteront au second trimestre 2026 et la livraison est prévue en 2028. Nous sommes également présents sur le projet d’aménagement de la Zac Saint Christol, à Pézenas, porté conjointement avec la Ville de Pézenas et la Banque des Territoires (24 ha, environ 600 lots). Je suis satisfait de la dynamique à l'oeuvre dans la métropole de Montpellier où la question du logement, devenue centrale, constitue un levier majeur de l'attractivité du territoire. Le PLUI-Climat de Montpellier Méditerranée Métropole vise à accélérer la production de logements avec un objectif annuel de 4 000 à 4 500 unités, dont 40 % abordables, avec une priorité accordée au Bail réel solidaire BRS. Côté Paca, nous avons des projets immobiliers à Bandol et à Six-Fours-Les-Plages dans le Var, mais aussi à Marseille et à Fréjus.
Qu’en est-il de votre production de logement en bail réel solidaire ?
Le groupe FDI s'engage de longe date en faveur du bail réel solidaire (BRS) et en fait aujourd'hui un réel axe stratégique de développement. Sur la période 2024-2026, le groupe a engagé au total 22 opérations en BRS, représentant plus de 400 logements. Plus de 300 logements, répartis en 15 opérations, sont portés par l'organisme foncier solidaire (OFS) FDI Foncier solidaire. La première résidence située à Mauguio, dénommée Primera, a été livrée aux ménages en janvier dernier. L'OFS du groupe FDI intervient en Occitanie hors de la métropole de Montpellier et en Paca. En parallèle, plus de 100 logements (sept opérations) sont portés par l'OFS de la Métropole de Montpellier, dont FDI Habitat est membre fondateur. Dans ce cadre, FDI Habitat contribue à une réalisation inédite portant sur une réhabilitation en BRS, située aux Arceaux.
Le dispositif Jeanbrun séduit-il les investisseurs ?
Pour l'heure, le dispositif suscite ses premières marques d'intérêt et les premières réservations ont été enregistrées. Si un délai reste nécessaire pour concrétiser pleinement les projets, le dispositif Jeanbrun s'inscrit désormais dans la stratégie commerciale du groupe. Les prochains mois permettront d'en mesurer plus précisément la dynamique.
Est-ce que vous vous orientez vers d’autres produits ?
Le groupe FDI explore également des concepts innovants pour répondre à l’évolution des besoins. L’objectif : proposer des solutions adaptées à des publics spécifiques, comme les familles monoparentales, de plus en plus nombreuses, ou encore accompagner le vieillissement de la population via des résidences autonomie. Le groupe se positionne aussi sur le logement étudiant, avec la création d’une société dédiée, FDI Ma Résidence, chargée de gérer des résidences étudiantes sociales. FDI Habitat exploite déjà cinq ensembles de ce type, d’environ 100 logements chacun, à Lattes et Montpellier. La nouvelle structure assurera notamment la gestion de 82 logements étudiants sociaux dans la Zac de la Lironde, à Montpellier, ainsi que des 362 logements du Campus de Bissy, à Saint-Clément-de-Rivière, porté en partie par FDI Habitat. Par ailleurs, le groupe est engagé dans un projet partenarial avec Altémed-Serm et Saint Roch Immobilier autour du concept « Home Sport » à Montpellier. Cette initiative vise à proposer des logements à loyers modérés destinés à de jeunes sportifs de haut niveau.
Le contexte géopolitique, les hausses des prix et l’inflation vous inquiètent-ils ?
Comme de nombreuses entreprises, le groupe FDI se montre attentif aux incertitudes liées au contexte géopolitique, notamment en raison de leurs répercussions sur les prix de l’énergie. Des échanges sont d’ores et déjà engagés avec certains fournisseurs.
Pour conclure, le groupe développe-t-il des projets particuliers ?
L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les métiers du Groupe FDI, qui compte 250 collaborateurs exerçant près de 80 métiers au sein de ses différentes filiales. Dès 2024, le groupe a accéléré sa réflexion sur le sujet en menant un audit et en posant les premiers jalons de son déploiement. Un travail de sensibilisation et d’acculturation a été engagé auprès des équipes afin de mieux appréhender les enjeux liés à l’intégration de l’IA dans les services et les métiers. L’objectif affiché est clair : valoriser les savoir-faire plutôt que remplacer les emplois. Il s’agit notamment d’optimiser la priorisation des tâches, d’améliorer la productivité et de générer davantage de valeur ajoutée. Le groupe entend s’orienter vers des solutions hybrides, combinant expertise humaine et outils d’intelligence artificielle.
* L’étude a été réalisée par Toluna, Harris Interactive et Procivis du 22 août au 1er septembre 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 892 répondants en Occitanie.











