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Région Occitanie
| | 14/12/2017

Les stations de ski au pied du mur

La neige tombée en abondance ces dernières semaines devrait certes doper la fréquentation hivernale des stations de ski pyrénéennes. « Les niveaux de réservation sont plus élevés que les années précédentes, avec un taux de remplissage de 64 % des hébergements disponibles », se félicite Jean Canal, directeur de la confédération pyrénéenne du tourisme, qui rassemble l'ensemble des acteurs du secteur de 40 stations (Occitanie et des Pyrénées-Atlantiques). Mais les défis s'accumulent pour les stations de montagne, structurellement fragiles. Deux tiers d'entre elles ne dépassent pas 5 M€ de CA, offre d'hébergement inadaptée à la clientèle internationale des voyagistes. Contraintes d'investir massivement sur un marché hyper concurrentiel - les Pyrénées ne captent que 9 % des journées skieurs au niveau national, loin derrière les Vosges, le Jura et les Alpes -, les collectivités ne peuvent plus s'aligner. Exemple dans les Pyrénées-Orientales, où la station du Puigmal a fermé en 2013. En Capcir, Puyvalador, qui essuie un passif de 225 k€, ne pourra ouvrir à Noël, après l'échec d'une tentative de financement participatif (55 k€ récoltés, sur les 150 k€ espérés). « 60 emplois de saisonniers sont en jeu, souligne Michel Poudade, président de l’association des Neiges Catalanes. On ne peut plus rester sur le modèle de régie. » D'après lui, « le modèle des DSP (délégation de service public, NDLR) classiques avec le privé n’est pas non plus la bonne solution. Altiservices (filiale d'Engie spécialisée dans la gestion de domaines skiables, NDLR) commence d 'ailleurs à se retirer de certaines stations. La question se posera à Font-Romeu, dont la délégation prendra fin en 2022. » Sa solution : une fusion entre 4 stations (Les Angles, Bolquère, Formiguères, Font-Romeu) nécessitant entre 50 et 70 M€ d’investissement. La chambre régionale des comptes avait déjà tiré la sonnette d'alarme en février 2015, dans un rapport au nom sans équivoque : « Stations de ski des Pyrénées : un redressement nécessaire, des choix inévitables. » Des « équilibres comptables artificiels, contraires aux principes de comptabilité publique » y sont fustigés : « reports de charges, non-inscription de dépenses obligatoires et/ou sous-estimation de certaines charges au budget primitif, absence d’amortissement des équipements... »
En Haute-Garonne, le Département, présidé par Georges Méric, envisage la création, début 2018, d'un syndicat mixte chargé de coordonner l'exploitation des quatre stations départementales (Luchon-Superbagnères, Peyragudes, le Mourtis et Bourg-d'Oueil). Objectif : leur donner les moyens d'investir et de s'adapter aux évolutions du marché, en développant une stratégie destinée à assurer une fréquentation à l'année. Un plan d'investissement de 23 M€ est annoncé d'ici 2022. Ce dernier serait financé par le Département, la Région et peut-être l'État. « L'autre point noir des Pyrénées concerne les hébergements, poursuit Jean Canal. L'hôtellerie traditionnelle est en voie de disparition, compte tenu des coûts élevés liés à la mise en accessibilité réglementaire. Les propriétaires ne sont pas en mesure de financer les travaux. Par ailleurs, le parc d'hébergements non-marchands n'est plus adapté aux attentes des touristes, en matière digitale par exemple. » Sans compter les conséquences du réchauffement climatique, rendant l'enneigement de plus en plus aléatoire. 

D.Danielzik, V.Coll, H.Vialatte
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