Les paillotes, entre nouvel eldorado et dérives

Les paillotes, et les communes littorales attribuant les concessions, en font-elles trop, et sont-elles suffisamment encadrées ? A l'heure du bilan de la saison d'été, deux écoles s’affrontent. Pour Agnès Jullian, vice-présidente de la Région L.-R. déléguée au tourisme, les plages privées « sont positives : elles contribuent au développement touristique et à la montée en gamme des destinations. C’est un bon complément à la restauration traditionnelle. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses, de la simple "guinguette" à la carte concoctée par un chef, en passant par le festival "Plages Musicales" (Carré Mer des frères Pourcel, Villeneuve-les-Maguelone, NDLR). » Autre effet positif : une clientèle plus fortunée prend ses habitudes dans ces nouveaux lieux "chics et chers". « Certains étrangers, souvent des Allemands ou des Anglais propriétaires de yachts, arrivent par la mer, et dépensent jusqu’à 2 000 euros par personne et par soirée. C’est à qui offrira le plus de magnums de champagne », raconte Fred, barman à La Paillote Bambou (La Grande-Motte). « Beaucoup de gérants cherchent à accueillir une clientèle select, qui dépensera tout en se tenant bien, ajoute Jean-Paul Volle. Des gens aisés, c’est la garantie d’une marge maximale, dans une sécurité maximale. »
Dérive mafieuse ?
Mais d’après lui, les plages privées « dénaturent la conception d’un littoral sauvage et partagé. On est passés des cabanes et de la solidarité sociale à l’investissement capitaliste, qui propose un exotisme à la noix. Avec les plages privées, on a perdu de vue que le littoral est avant tout de libre accès ». Il reprend à son compte les observations de la chambre régionale des comptes (2012), notamment sur les conditions d’attributions des concessions (« que se passe-t-il là-dessous ? »), la surface totale occupée (« je ne suis pas sûr que la règle qui impose que pas plus de 2 % de l’espace public d’une commune soit aliénée en plage privée soit respectée »), le risque de violence lors de soirées ouvertes*. Sans compter les ventes dissimulées. « Du "black", bien sûr, on en fait beaucoup », admet, sous couvert d’anonymat, la comptable d’une plage privée cotée. « Certaines paillotes sont devenues des "lessiveuses" (blanchiment d’argent sale) », accuse même, sans preuve mais avec force, un gérant d’établissement. Pour Jean-Paul Volle, l’explosion du nombre d’établissements, loin d’être une chance, risque bien de « faire basculer la filière dans un système mafieux ».
Crédit photo / Hubert Vialatte
* La Voile Rouge, à Sète, a fait l’objet d’une fermeture administrative de 15 jours en juillet, après une rixe survenue lors d’une soirée non autorisée, en juin.










