Les entreprises face au défi du recrutement
Un record : les entreprises d’Occitanie ont l’intention d’embaucher près de 280 000 personnes cette année. Face à des recrutements qui s’annoncent difficiles dans un contexte de pénurie de main d’œuvre, elles doivent toutefois s’adapter à la nouvelle donne.
En Occitanie, 30 % des entreprises indiquent avoir l’intention d’embaucher en 2023, révèle l’enquête annuelle des besoins en main d’œuvre menée par Pôle emploi*. 279 940 recrutements sont ainsi prévus, soit une hausse de 1,1 % par rapport à 2022, après une augmentation exceptionnelle de 12,3 % constatée en 2022 suite à la crise sanitaire. Si comme l’année dernière plus de 60 % des recrutements sont prévus dans les services, les plus fortes hausses de projets de recrutement sont attendues dans la construction (+ 9 %, soit 1 850 recrutements de plus), l’hébergement et la restauration (+ 8 %, + 3 420 recrutements) et les services aux entreprises (+ 7 %, + 3 950 recrutements). Cette année, 58 % des entreprises s’attendent à avoir du mal à recruter (56 % en 2022), alors même que l’Occitanie compte 550 000 demandeurs d’emploi. Parmi les professions les plus en tension, celles du BTP. Ainsi, 83 % des entreprises qui souhaitent embaucher des maçons, carreleurs ou plâtriers anticipent des difficultés, 82 % pour les plombiers-chauffagistes. Une situation que connaît bien Laurent Bonnefoi, à la tête de l’entreprise alésienne Bonnefoi (37 salariés), spécialisée dans le chauffage et la plomberie. « Les bons profils se lancent de plus en plus dans l’auto-entrepreneuriat, ce qui limite les possibilités de recrutement dans nos métiers. Et les jeunes que nous embauchons n’ont pas toutes les compétences requises. Donc nous devons les former en interne, ce qui nécessite du temps », explique à La Lettre M celui qui est également vice-président de la FFB 30 (fédération française du bâtiment du Gard).
Qualité de vie au travail
Dans la restauration également, les recrutements sont difficiles. Les entreprises projettent d’embaucher près de 15 000 serveurs mais elles sont 60 % à indiquer avoir du mal à recruter. À Toulouse, Antoine Micouleau, gérant des restaurants Aux Pieds sous la table et Le Soulier, a dû se confronter à cette problématique. « Depuis la crise de la Covid, nous sommes passés de 12 à 40 salariés. Pour réussir à embaucher, nous avons fait évoluer nos pratiques. » L’entreprise dépense par exemple chaque mois 900 € pour fournir les services d’un réflexologue à son personnel. « Il y a certes un salaire minimal à proposer pour être attractif, mais cela ne suffit pas », affirme le dirigeant, qui estime que la qualité de vie au travail est devenue un élément essentiel. Depuis 2021, six cadres de l’entreprise ont d’ailleurs été formés au management. Un investissement nécessaire pour conserver les talents, estime le restaurateur. Pour recruter, les deux restaurants font régulièrement appel à des apprentis formés par le personnel déjà en poste, « qui se voit ainsi valorisé », explique Cécile Respaud, responsable RH.
Recruter différemment
Dans le secteur de la santé et de l’action sociale, on recense plus de 29 000 intentions d’embauche. Là encore, les recrutements sont ardus : le taux de difficulté est évalué à 78 % pour les infirmiers ou encore à 67 % pour les aides-soignants. Marie-France Peyre, directrice de l’Ehpad Agir à Castres – un établissement passé de 23 équivalents temps plein (ETP) en 2006 à 49 aujourd’hui – a régulièrement recours à l’accompagnement de Pôle emploi pour recruter. « Nous avons participé à divers événements innovants comme le “Stade vers l’emploi” en octobre dernier, qui consistait à rassembler recruteurs et demandeurs d’emploi autour d’ateliers sportifs. » Un moyen de mesurer le savoir-être de candidats potentiels. « Nous apprécions les PMSMP (périodes de mise en situation en milieu professionnel), qui permettent aux candidats de découvrir un secteur pour valider un projet professionnel ou initier un recrutement. Nous avons également bénéficié d’une méthode de recrutement par simulation pour les ASH (agents de service hôtelier) et allons rencontrer fin avril les candidats qui ont validé avec Pôle emploi les exercices de détection de potentiel du secteur de la santé. »
*Enquête des besoins en main d’œuvre (BMO) 2023 réalisée par Pôle emploi entre octobre et décembre 2022 en partenariat avec le Crédoc auprès de 180 210 établissements en Occitanie, dont 41 900 répondants.











