L'agriculture régionale face au défi de produire avec moins d'eau
Après la sécheresse de l’été 2022 et face à un hiver exceptionnellement sec, le monde agricole anticipe une année 2023 difficile. Alors que le salon de l’agriculture a ouvert ses portes le 25 février, La Lettre M fait le point sur les enjeux en région dans son hebdomadaire du 28 février. Un article à retrouver ci-dessous.
« Trente-deux jours sans pluie en France, record battu. » C’est ainsi que Météo France titre son bulletin du 22 février. Conséquence : les sols « sont nettement plus secs qu’ils ne devraient l’être à cette période de l’année. (...) Certains territoires comme le Roussillon et l’Aude sont particulièrement concernés », commente Météo France. Un constat confirmé sur le terrain par les agriculteurs. « Dans la retenue d’eau de Montbel (en Ariège, NDLR), il n’y a pour l’heure que 13 M de m3 d’eau, pour une capacité totale de 60 M. Il faudrait que la pluie tombe dans les prochaines semaines », espère Jean-François Naudi, président du groupe coopératif audois Arterris (2 300 salariés, CA : 1,2 Md€). « Il a fait tellement sec que lorsqu’il va pleuvoir, on va regarnir “l’éponge” qu’est le sol, mais probablement pas suffisamment les retenues collinaires », craint de son côté Jean-Claude Huc, président de la chambre d’agriculture du Tarn et de la commission environnement à la chambre régionale d’agriculture. Après la sécheresse de l’été 2022, 2023 s’annonce difficile pour le monde agricole, qui se prépare à affronter un été où l’eau viendra peut-être à manquer.
Privilégier le tournesol, voire ne rien semer du tout
Le spécialiste gersois du maïs pop corn Nataïs (140 salariés, CA : 65 M€) note une certaine prudence chez ses 240 producteurs partenaires. « Certains attendent de voir si les réserves d’eau vont monter avant de signer leur contrat et de décider s'ils vont semer ou non », explique Jonah Ehmann, directeur des opérations agronomiques au sein du groupe qui récolte chaque année 46 000 tonnes de maïs pop corn. « Nous avions prévu cette année d’augmenter les surfaces de culture d’environ 10 % car la demande des clients est là, mais si nous atteignons la même surface qu’en 2022 – soit 7 000 ha –, nous serons déjà satisfaits au vu du contexte. »
Au sein du groupe coopératif Arterris, on s’adapte également. « Les assolements vont être modifiés chez nos adhérents (15 000 agriculteurs en Occitanie et Paca, NDLR). On estime que 30 à 40 % des cultures irriguées de type maïs, soja ou haricot pourraient passer en sorgho ou en tournesol, moins gourmands en eau, voire même en prairie », affirme Jean-François Naudi. « Économiquement parlant, il faudra peut-être plutôt cultiver du tournesol, confirme Jean-Claude Huc. Mais la question est de savoir s’il y aura suffisamment de semences disponibles... » Les céréaliers ont jusqu’au début du mois d’avril – date où il faudra démarrer les semis – pour faire leur choix.
L’espoir de la génétique
Le monde agricole anticipe déjà la raréfaction future de la ressource en eau. Et les progrès de la génétique pourraient être une solution. À travers sa branche RAGT Semences, le groupe agricole aveyronnais RAGT (1 450 salariés, CA : 411 M€) sélectionne des variétés résistantes au stress hydrique. « Depuis cinq ans environ, nous avons mis sur le marché une nouvelle variété de maïs qui pousse sans irrigation. Il faut toutefois un minimum de pluie », explique Sébastien Chatre, directeur de la recherche. De son côté, la start-up toulousaine iMean s’apprête à fournir ses services de modélisation des organismes vivants à « un grand semencier », glisse à La Lettre M le dirigeant Rémi Peyraud, dans le cadre d’un projet appelé iCorn. Objectif : contribuer à la sélection de nouvelles variétés adaptées au changement climatique.
« La génétique ne fera pas tout, tempère toutefois Sébastien Chatre. Il faut une combinaison de solutions. » Ainsi, chez Nataïs, on encourage les agriculteurs à privilégier les couverts végétaux et à avoir recours aux outils d’aide à la décision pour optimiser l’irrigation sans gaspiller l’eau. Une prime est également proposée à ceux qui consentent à faire des semis précoces : « Plus on sème tôt, plus on récolte tôt et moins on a besoin d’irriguer », explique Jonah Ehmann. Chez Arterris, on invite les agriculteurs à se diversifier vers des cultures moins gourmandes en eau comme le sorgho. « Mais nous devons rester connectés aux demandes du marché pour assurer des débouchés à nos adhérents », explique Jean-François Naudi. Et de conclure : « L’agriculture fait sa part du travail pour économiser l’eau, mais il va sérieusement falloir se poser la question de la création des réserves, au risque de voir l’agriculture disparaître en Occitanie. »











