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| 15/07/2025

Lætitia Vidal (FPI Toulouse Occitanie) : « Nous devons redonner du sens à la promotion immobilière »

© FPI Toulouse Occitanie

Elle vient de remporter - aux côtés de Salomé Géraud, co-fondatrice de la société Le drive tout nu et présidente de la French Tech Toulouse - le prix Leader de l’année à la cérémonie des Masters Occitanie Ouest de La Lettre M : Lætitia Vidal, présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) Toulouse Occitanie depuis mars 2024 et directrice générale du promoteur toulousain Pierre Passion, filiale du groupe Midi Habitat, revient en exclusivité pour La Lettre M sur l’année 2024, une « annus horribilis », et partage les différents leviers à activer pour redresser le secteur immobilier en pleine crise.

Comment qualifieriez-vous l’année 2024 ?
2024 a été une annus horribilis. En trente ans de métier, je n’avais jamais connu une année aussi complexe. Auparavant, on subissait une crise conjoncturelle, politique ou structurelle ; désormais, on les cumule toutes. Il y a aussi un vrai problème de positionnement politique puisqu’on nous demande de densifier et de construire en hauteur pour respecter la loi Zan (zéro artificialisation nette des sols, NDLR) alors que la population dit stop à tout. Les élus locaux sont pris entre le marteau et l’enclume. S’ajoutent à cela les élections municipales et présidentielle en 2026 et 2027 qui paralysent tout l’acte de construire.

Quel bilan dressez-vous du premier semestre de l’année 2025 ?
C’est encore pire que l’année dernière, où l’on avait pu profiter du sursaut de fin de la loi Pinel, ce qui avait maintenu le marché en termes de commercialisation. Mais depuis le 1er janvier 2025, il n’y a plus de loi fiscale. Même si GreenCity Immobilier a porté le LLI (logement locatif intermédiaire, NDLR), ce dispositif ne sera pas en mesure de remplacer la capacité à produire que permettait la loi Pinel, qui avait un côté très vertueux puisqu’elle permettait de produire du logement de très bonne qualité, en locatif, sous plafond de ressource et de loyer. Toute cette production venait au secours du logement social, qui ne pouvait plus répondre à la demande. Aujourd'hui, il n'y a plus de rotation dans le parc social et de moins en moins dans le parc privé, car les gens ont peur de ne pas retrouver de logement. Les agences immobilières traditionnelles voient leur taux de location chuter. Nous sommes dans une situation compliquée puisque l’État se positionne contre l’investissement dans l’immobilier dans le but d’inciter à la mobilité, alors que c’est l’inverse qui se produit.

Quelle est la situation du marché immobilier neuf ? 
Elle est très complexe. On pourrait penser que la chute des ventes ferait exploser les stocks, or il y a une telle diminution du nombre de permis de construire que la baisse des produits en commercialisation est finalement plus forte que celle des ventes. Nous assistons donc à un marché de pénurie. 

En tant que présidente de la FPI Toulouse Occitanie, quels leviers allez-vous activer ?
L’action la plus importante est la création du nouveau statut du bailleur privé, qui remplacerait les lois de défiscalisation successives de manière pérenne. Ce dispositif de long terme permettrait de rassurer les professionnels et les investisseurs. Nous avons une véritable écoute professionnelle et attentive de la part de la ministre du Logement. Les travaux sont en cours et nous espérons qu’ils feront partie du prochain projet de loi finances. Par ailleurs, nous devons travailler sur l’acceptation, prouver que l’on peut construire plus haut avec une meilleure qualité d’usage. Je suis persuadée que nous nous en sortirons par la coopération entre les élus et les professionnels pour combattre cette défiance qui s’est installée. Il est important que les élus nous écoutent car nous sommes au contact des clients, nous connaissons leurs envies et leurs besoins. 

Y a-t-il un projet de fusion entre la FPI Toulouse Occitanie et la FPI Occitanie Méditerranée ?
Notre président national nous a interrogés sur le sujet, car il ne veut pas qu’il y ait une dissolution des voix. Or ce n’est pas le cas en Occitanie ; quand c’est nécessaire, nous parlons d’une seule voix. Par ailleurs, la création d’une FPI régionale aurait plus d’inconvénients que d’avantages car nous avons affaire à des interlocuteurs et des marchés très différents et la distance géographique est un vrai frein pour se réunir. Autre particularité : certaines régions comptent plusieurs micromarchés, alors que Toulouse et Montpellier sont deux gros marchés centralisés qui ne s’étendent pas.

Alors que le secteur de l’immobilier est en crise, comment fait-on pour attirer des talents ?
Nous devons redonner du sens à la promotion immobilière, dévalorisée en termes d’image. Lorsque j’ai repris la direction de Pierre Passion en 2021, j’avais le sentiment qu’il fallait proposer un nouveau projet aux collaborateurs. La loi Pacte de 2019 introduisait la qualité de société à mission, permettant à une entreprise de changer son modèle en intégrant des engagements sociétaux et environnementaux forts dans ses statuts. Je me suis dit que c’était ça, l’entreprise de demain. Pierre Passion (18 salariés, 27 M€ de CA, NDLR) a été transformé au 1er janvier 2023, ce qui a complètement changé le système de management de l’entreprise. Désormais, tous les salariés peuvent devenir pilotes de leur projet. Cela crée un engagement, un esprit d’appartenance et d’équipe plus forts. Et c’est un élément déclencheur, je l’ai constaté sur les derniers recrutements.

Propos recueillis par Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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