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Haute-Garonne
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Infrastructures / Transports - Logistique
| 12/03/2025

L’aéroport Toulouse Blagnac prévoit de renouer avec la croissance dans deux ans

© ATB

L’aéroport Toulouse Blagnac (ATB), qui a accueilli 7,8 millions de passagers l’an dernier (+ 0,5 %), anticipe un développement en deux temps dans les années à venir. « Notre objectif est de traverser le mieux possible 2025 et 2026, qui seront probablement marquées par des niveaux bas en termes de trafic, avant de repartir sur de la croissance », indique à la presse le 12 mars Philippe Crebassa, président du directoire. Une hausse envisagée de l’ordre de « 2 à 3 % » par an, précise-t-il. Tirée par la croissance du trafic international (+ 6 % en 2024), la plateforme aéroportuaire toulousaine pâtit en revanche de la chute du trafic national (- 7 %). Résultat : son trafic global n’atteint que 82 % du volume enregistré en 2019.

« En réalité, c’est un atypisme qui est en train de se corriger à Toulouse, estime le dirigeant. Car avant la crise sanitaire, la part du trafic national était ici plus importante que celle des autres aéroports français. Il y avait une forme d’hypertrophie qui faisait notre force et qui, aujourd’hui, est  de façon transitoire  notre talon d’Achille. » Pour le président du directoire d'ATB, le rééquilibrage entre les deux types de trafic était inéluctable, même si la crise du Covid-19 a accéléré le processus. « De toute façon, les choses auraient évolué avec l’arrivée de la LGV, assure-t-il. L’effet TGV est arrivé huit ans plus tôt… et sans le TGV. »

Une stratégie internationale
De fait, la plateforme haut-garonnaise subit toujours aujourd'hui l’héritage de l’épisode Covid, en particulier sur le front du trafic passagers national. « Nous avons vécu un véritable changement de paradigme, analyse Christian Cassayre, président du conseil de surveillance. Les entreprises ne voyagent plus comme avant. » En témoigne l’évolution du profil des clients : la part des passagers « business » est ainsi passée de 31 à 26 % depuis 2019, et celle des Français de 84 à 76 %. Des mutations qui se traduisent aussi par la fermeture programmée de la base toulousaine d’easyJet, même si, insiste Bruno Balerdi, directeur commercial, clients et communication, « toutes les villes resteront desservies ; ce qui changera, c’est la composition des acteurs ».
Pour Christian Cassayre, la feuille de route est désormais claire : « Notre stratégie est tournée vers l’international. Afin de stimuler cette offre, il est essentiel de promouvoir Toulouse et l’Occitanie. » Et le président du conseil de surveillance d’ATB de mettre en exergue, dans un contexte particulièrement concurrentiel, plusieurs « pressions » avec lesquelles l’aéroport et ses parties prenantes doivent composer. Tout d'abord, « la pénurie d’avions en raison de l’allongement des délais de production, mais aussi de maintenance, qui pousse les compagnies aériennes à plus de sélectivité quant aux critères de compétitivité des plateformes aéroportuaires ». Dans ce contexte, la baisse continue des vols en cœur de nuit (entre minuit et 6 heures du matin), qui vise à réduire les nuisances sonores, doit être « abordée avec une attention particulière », estime Christian Cassayre, qui évoque la recherche d’un « équilibre » entre enjeux environnementaux, sociétaux et économiques. Enfin, le président du conseil de surveillance d'ATB fait état d’« une pression fiscale qui s’est accrue ». Reste une ambition : celle d’accueillir à terme au sein de la plateforme « 2 à 13 millions de passagers par an », annonce-t-il.

Feuille de route environnementale
Sur le front de l’environnement, pour Philippe Crebassa, « les enjeux sont existentiels car si l’aviation n’est pas suffisamment vertueuse, son existence peut être menacée ». Ainsi, ATB décline une feuille de route qui se veut volontariste en matière de développement durable. En vue de tendre vers le « net zéro carbone » à horizon 2029 sur ses émissions directes, l’aéroport toulousain prévoit dès cette année de renouveler sa flotte de véhicules de service en 100 % électrique, d’utiliser davantage de biogaz pour le chauffage et de poursuivre le déploiement d’ombrières photovoltaïques sur ses parkings (entre 15 et 20 M€ investis pour le P5 et le P6). Par ailleurs, la plateforme souhaite mettre en service dès 2026 un démonstrateur – cette fois-ci côté pistes – de centrales photovoltaïques sous le pilotage d’un consortium mené par Sun’R et l’Arec Occitanie. Prévue pour 2028, l’infrastructure finale, susceptible de générer jusqu’à 60 Mwc, s’appuierait sur un co-investissement qui selon nos informations pourrait approcher des 60 M€. Enfin, sur le front des nuisances sonores, ATB souhaite poursuivre la baisse des vols de nuit. « Il y en a eu 954  dont 587 vols commerciaux – en 2024, ce qui représente une diminution annuelle de 23 %, se félicite Philippe Crebassa. Nous avons la volonté de maintenir la dynamique cette année. C’est un travail engageant mené avec les compagnies aériennes. »

Concessionnaire de la plateforme toulousaine jusqu'en 2046, la société ATB, qui compte 290 salariés, est détenue à 49,99 % par le groupe Eiffage, 25 % par la CCI de Toulouse, 10,01 % par l'État, 5 % par Toulouse Métropole, 5 % par le Département de Haute-Garonne et 5 % par la Région Occitanie.

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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