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Haute-Garonne
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Infrastructures / Transports - Logistique
| 19/03/2026

L’aéroport Toulouse Blagnac ajuste son offre pour retrouver le chemin de la croissance

© Aéroport Toulouse-Blagnac

L’aéroport Toulouse Blagnac (ATB), qui a accueilli 7,6 millions de passagers en 2025 (- 2,8 %), fait face à une année de repli dans un environnement contraint. « Une réalité contrastée », selon Christian Cassayre, président du Conseil de surveillance, qui évoque devant la presse le 19 mars « un faisceau de signaux positifs ». En effet, l’aéroport est tiré par un trafic international proche des niveaux pré-Covid et note une évolution positive de l'axe vers Paris. Dans ce contexte, la plateforme doit répondre à un enjeu majeur : la compétitivité, qui repose sur la recomposition de son offre pour relancer la croissance. Son nouveau plan stratégique Pulse 2030 doit fixer sa trajectoire pour les cinq prochaines années.

Derrière ce recul global, la structure du trafic continue d’évoluer. Le trafic domestique recule de 2,7 % et ne représente plus que 40 % de l’activité, contre 60 % pour l’international. « La liaison vers Paris a progressé de 1,8 %, c’est la première fois depuis quatre ans », relève Christian Cassayre, qui y voit « un enjeu stratégique pour la plateforme » alors même que le trafic national baisse. À l’inverse, l’international est quasiment revenu au niveau pré-Covid et s’impose désormais comme le principal moteur de la plateforme haut-garonnaise. Une évolution assumée par la direction, qui « n’a pas l’ambition de faire revenir le trafic intérieur à son niveau de 2019 », évoquant la montée en puissance du ferroviaire avec l’arrivée attendue de la LGV Bordeaux-Toulouse et une tendance de fond observée à l’échelle nationale.

Un « environnement contraint »
Cette recomposition se traduit aussi du côté des compagnies aériennes. En 2025, Ryanair devient le premier opérateur de la plateforme avec 24 % de parts de marché, devant Air France (23 %), tandis qu’easyJet monte sur la dernière marche du podium mais voit sa part de marché passer de 20 % à 16 %. La fermeture de sa base en avril dernier a pesé sur l’activité de l’aéroport : le nombre de mouvements d’avions a diminué de 4,8 %, pour atteindre 63 400 au total. « Cette fermeture a pesé sur l’activité mais nous avons réussi à compenser la moitié du retrait des vols », précise le président du Conseil de surveillance. Au total, « la moitié du trafic est désormais dans les mains des compagnies low cost ».
Dans ce contexte, la direction insiste sur un environnement de plus en plus contraint. « Contraintes fiscales avec la TSBA (taxe de solidarité sur les billets d’avion, NDLR), pénurie d’avions liée aux retards de livraison et de maintenance, environnement concurrentiel avec des plateformes non françaises », énumère Christian Cassayre. Philippe Crebassa, président du directoire, évoque de son côté « une réalité exigeante » et insiste sur la pression concurrentielle : « Les compagnies ont d’autant plus de choix que le marché manque d’appareils. Elles vont donc sur les liaisons les plus rentables. » Il souligne également que la TSBA « a triplé sur le court et moyen-courrier en classe économique », estimant que le marché français a perdu en compétitivité et que la dynamique est trois fois inférieure à la dynamique européenne. La direction mise sur la baisse de la TSBA en 2027 pour regagner en compétitivité.

Un contrat de régulation économique sur cinq ans
Malgré ce contexte, le chiffre d’affaires se stabilise à 162 M€ en 2025, dont 78 M€ de revenus extra-aéronautiques, 47 M€ de redevances aéroportuaires et 37 M€ de taxes. « Cette stabilité est permise par l’augmentation de certaines taxes », note Philippe Crebassa. En parallèle, la plateforme active ses propres leviers de développement. Un contrat de régulation économique sous la forme de régime de caisse aménagée, en cours de finalisation avec les autorités, doit encadrer l’évolution des redevances sur cinq ans. « Nous émettons un signal de prix très fort car dès le 1er mai, les tarifs vont baisser », annonce le président du directoire, sans en préciser l’ampleur. L’enjeu est de trouver un équilibre entre attractivité tarifaire et capacité d’investissement alors que les compagnies aériennes attendent à la fois « des baisses tarifaires mais aussi des investissements pour améliorer la qualité de service ». Au total, 160 M€ doivent être engagés sur cinq ans, notamment pour moderniser les installations et financer des opérations de décarbonation. Ces investissements s’inscrivent dans le plan stratégique Pulse 2030 lancé au début de l’année. Il vise à augmenter le trafic et les revenus commerciaux, à piloter les charges et à faire des investissements un levier de performance. « Comme le contrat de régulation économique est contraignant, c’est dans ce cadre que nous pourrons travailler notre plan d’affaires », précise Philippe Crebassa.

Un nouvel équilibre en 2026
En 2026, la plateforme accueille 27 compagnies aériennes desservant 81 destinations, dont 64 à l’international. Le nombre de sièges progresse de 1,7 % à l’été, tiré par l’international (+ 5,2 %), tandis que le domestique recule (- 3,4 %). Ryanair reste la première compagnie avec 34 destinations, tandis qu’easyJet « relance sa croissance » (+ 9,3% de sièges sur onze destinations) et que Volotea augmente ses capacités. Sur l’axe Paris-Orly, l’arrivée de Transavia est vue comme « une belle opportunité d’encourager la dynamique ».
« Quand l’offre de connectivité est proposée avec une politique tarifaire attractive, elle rencontre une demande avérée de voyages », résume Philippe Crebassa. Une lecture partagée par Bruno Balerdi, directeur commercial, qui observe que « la demande a bien réagi à l’offre » sur certaines liaisons, notamment vers Orly, où le taux de remplissage progresse.
Enfin, sur le plan environnemental, la réduction des nuisances sonores reste un sujet majeur. En 2025, 695 mouvements ont été enregistrés entre minuit et 6 heures du matin, soit - 27% par rapport à 2024, avec le maintien d’une règle stricte : aucun vol commercial passager entre 23 heures et 6 heures. L’aéroport vise par ailleurs le zéro net carbone en 2029 pour ses activités directes, avec une trajectoire déjà engagée : « - 60 % des émissions depuis 2010, dont - 30 % depuis 2019 ».

> À lire également : Un trafic passagers en baisse en 2025 pour l'aéroport Toulouse Blagnac

Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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