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Haute-Garonne
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Aménagement - Urbanisme / Industrie
| 25/06/2025

Joseph Carles (Ville de Blagnac) : « Préserver des fonciers pour accueillir les entreprises »

© Ville de Blagnac

Maire de Blagnac et vice-président de Toulouse Métropole chargé du développement économique, Joseph Carles évoque pour La Lettre M les enjeux majeurs du développement économique à Blagnac et plus largement dans le territoire métropolitain. L’édile, à la tête d’une commune de 28 000 habitants qui compte près de 45 000 emplois, veut « accueillir les entreprises, donc préserver des fonciers », travailler sur l’attractivité et être à l’écoute des besoins des acteurs économiques. Il prévoit par ailleurs la construction de 3 000 logements sur dix ans et envisage la création d’un campus international de recherche sur le site de 30 000 m2 qu'occupe actuellement l'opérateur Orange, une « sorte de Saclay à la toulousaine ».

Alors que le contexte géopolitique mondial génère des incertitudes et de la prudence chez les chefs d’entreprise, quels sont les enjeux majeurs pour le développement économique du territoire ?
La Métropole doit être à l’écoute des besoins des entreprises. En tant que vice-président de Toulouse Métropole chargé du développement économique, mon combat est de permettre d’accueillir les entreprises, donc de préserver des fonciers. Un autre enjeu est celui de l’attractivité : nous devons offrir des logements, des services publics, des lieux de formation, une qualité de vie… Nous avons aussi un rôle d’accompagnement de la recherche et de l’innovation, et devons être présents sur les activités de demain, parmi lesquelles l’intelligence artificielle.

Quel dialogue menez-vous avec les acteurs économiques du territoire ?
J’ai initié, autour du Smeat (syndicat chargé de l’élaboration et du suivi du Schéma de cohérence territoriale grande agglomération toulousaine, NDLR), un groupe de travail qui réunit la Métropole de Toulouse, le Sicoval, le Muretain, le Frontonnais et le Val’Aïgo. Avec les clubs d’entreprises, les enseignants-chercheurs et les collectivités, nous réfléchissons à la façon dont on peut dynamiser le développement économique du territoire, en faisant abstraction des frontières administratives. Il faut arrêter d’imaginer une concurrence entre les structures mais travailler sur les complémentarités. Je souhaite aussi engager tous les ans des rencontres avec des entreprises du territoire afin de réfléchir ensemble aux enjeux, perspectives et projets.

Quinze ans après l’arrivée du tramway, Blagnac s’apprête à accueillir la ligne C du métro. Quels vont-être les changements en termes d’urbanisme, de circulation, de commerces ?
La station sera située dans un quartier déshérité (près du rond-point Jean Maga, NLDR), où nous allons devoir réimplanter des commerces. Elle intégrera un pôle multimodal, où les passagers pourront circuler sur la ligne Aéroport Express, la ligne T1 du tramway et trois lignes de bus. Ce pôle sera le nouveau point d’entrée de la ville mais surtout de l’ouest de l’agglomération. Nous avons par ailleurs engagé un travail avec Tisséo afin que les salariés de l’aéroport et des entreprises alentour puissent utiliser la ligne Aéroport Express avec un abonnement spécifique et incitatif. 

Quelles sont les opérations en cours ou à l’étude à Blagnac ?
À l’été ou à l’automne 2026, l’opérateur Orange va quitter le site qu’il occupe actuellement à Blagnac pour en construire un nouveau dans la même ville. Nous nous sommes interrogés sur l’avenir de ce bâtiment de 30 000 m2, situé à proximité de l’aéroport, et avons imaginé un campus international, une sorte de « Saclay à la toulousaine ». L’idée serait de faire venir des centres de recherche du monde entier, en profitant de la présence du CNRS à Toulouse. Nous sommes en pleine réflexion avec la Banque des Territoires. Je pense que nous devons être audacieux et saisir cette opportunité. Par ailleurs, dans le quartier Bordebasse, situé à proximité de l’aéroport et de ses pistes, il reste encore du foncier. Nous souhaitons dédier cette zone à l’activité économique et accueillir des entreprises industrielles et de production. Enfin, nous avons pratiquement finalisé l’achat des terrains de la plaine maraîchère des Quinze Sols, qui s’étend sur 135 hectares. Nous avons implanté quelques maraîchers et voulons aller plus loin pour développer cette agriculture périurbaine.

Vous projetez de construire 3 000 nouveaux logements en dix ans. Comment allez-vous procéder ?
Indépendamment de la loi zan (zéro artificialisation nette, NDLR), nous tenons à préserver 50 % d’espaces naturels sur chaque opération. Cela signifie que nous devons accepter de construire haut et de créer des émergences. La contrepartie est de proposer des logements de qualité. Dans la zac Andromède, la troisième phase va accueillir 1 682 nouveaux logements, sachant qu’elle est fortement amputée par la nécessité de préserver la cisticole des joncs, une espèce protégée. Une opération de 350 logements est également en cours sur l’ancien site d’AirBusiness Academy. Nous travaillons avec Urbain des Bois, filiale de la Caisse des dépôts, afin qu’elle soit exemplaire du point de vue environnemental. Le projet n’aboutira pas avant 2028. 

Qu’en est-il du dossier sur les nuisances sonores de l’aéroport Toulouse-Blagnac ?
Le préfet d’Occitanie, Pierre-André Durand, a proposé il y a plusieurs mois un scénario (incluant l’interdiction des vols au départ et le plafonnement des vols à l’arrivée basculant en cœur de nuit, avec un quota de dérogations ponctuelles en cas d’aléas, NLDR) aux ministres des Transports et de l’Environnement. Comme ils ne sont pas parvenus à un accord, nous avons décidé d’approfondir les scénarios de l’approche équilibrée. Pour l’instant, il n’y a pas de plan arrêté, mais l’aéroport poursuit ses efforts pour diminuer les nuisances sonores, tout comme les constructeurs, notamment Airbus. Il y a aussi un travail réalisé sur les trajectoires des avions, afin de réduire le nombre d’habitants affectés par le bruit.

Propos recueillis par Laurie Correia / correia@lalettrem.net
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