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| 30/01/2024

Jean-Luc Moudenc : « Nous devons continuer à diversifier l’économie toulousaine »

© Toulouse Métropole / Patrice Non

Immobilier, mobilités, développement économique... : en exclusivité pour La Lettre M, Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, évoque ses dossiers chauds du moment.

Quelles pourraient être les conséquences de la crise du logement dans le territoire, à la fois pour les entreprises du secteur et pour les habitants ?
C’est un sujet qui m’inquiète beaucoup, car en effet, la crise du logement fait des victimes en série. Tout d’abord, il y a les habitants qui cherchent à se loger et s’en trouvent empêchés – qu’il s’agisse d’accéder à la propriété ou au logement locatif – à cause du manque de logements disponibles et des difficultés accrues d’accès aux prêts immobiliers. Et il y a bien entendu les professionnels de l’acte de construire, qui aujourd’hui licencient, que ce soient les promoteurs, les architectes, les notaires, les entreprises du BTP, les agents immobiliers... Toute la chaîne subit cette dépression. Ce que j’espère, c’est que si l’inflation se calme en 2024, les taux d’intérêt baissent, entraînant une relance de la construction. Car dans notre métropole, la plus dynamique de France en termes de croissance démographique et de création d’emploi, cette crise est extrêmement pénalisante.

Dans ce contexte contrarié, quels sont vos objectifs en matière de construction de logements ?
Pour faire face à notre expansion démographique, il nous faut produire 7 200 logements par an. Toulouse s’est engagée à en accueillir la moitié et les 36 autres communes de Toulouse Métropole l’autre moitié. En 2023, à Toulouse, le nombre de logements autorisés par les permis que nous avons délivrés a été de 4 800, soit autant qu’en 2022, ce qui constitue un exploit assez rare dans les grandes villes. Nous avons terminé l’année de façon plus favorable que prévu, en tenant nos objectifs de délivrance de permis. Mais un effondrement s’est produit dans 90 % des autres communes de la métropole. Cette année, nous subissons directement les conséquences de la crise. En janvier 2024, à Toulouse, le nombre de dossiers en instruction représente un nombre de logements inférieur de plus de la moitié au volume de janvier 2023. Et avec la crise, je ne m’attends pas à un redressement dans les communes limitrophes, qui ont été en 2022 et 2023 – à part quatre d’entre elles – en carence par rapport à leurs objectifs. Je souhaite que ces difficultés nourrissent les réflexions des comités de quartier et des riverains qui s’opposent très souvent aux projets d’urbanisme ou demandent systématiquement leur réduction. Enfin, j’ajouterai que le conseil métropolitain a débloqué l’an dernier 32 M€ afin de soutenir la production de logements sociaux dans le territoire, en doublant les moyens qui étaient jusqu’ici affectés.

L’annulation en 2021 du Plan local d’urbanisme intercommunal et de l’habitat (PLUi-H) de Toulouse Métropole a-t-elle eu un effet négatif sur les mises en chantier ? Où en est-on de l’élaboration du nouveau plan ? 
Cette annulation a incontestablement créé une complication dans un secteur déjà en difficulté. Pour autant, les anciens PLU (Plans locaux d’urbanisme, NDLR) ont été rétablis, ce qui nous a permis de continuer – même si c’était plus compliqué – à instruire des demandes de permis de construire et à les délivrer. La production de logements n’a pas été stoppée. Concernant la rédaction du nouveau PLUi-H, les choses avancent bien. Cela prend du temps car le travail est énorme, avec deux documents : d’une part, la règle d’urbanisme, et de l’autre, le plan de production de logements, détaillé pour chacune des 37 communes de la métropole. Nous n’avons pris aucun retard dans son élaboration, même s’il nous a fallu intégrer des lois promulguées entre-temps. Le processus va suivre son cours, pour une adoption en conseil métropolitain prévue en juin prochain et, après enquête publique, une entrée en vigueur espérée fin 2025.

À l’heure du Zéro artificialisation nette (Zan) des sols, est-il possible de concilier, à l’échelle métropolitaine, problématiques écologiques et impérieuse nécessité de bâtir ? 
C’est un vrai challenge. Nous nous sommes répartis, dans chacune des communes de la métropole, le volume d’espaces naturels, agricoles et forestiers à consacrer à l’habitat et à l’activité. Ça a été très difficile car tous les maires ont dû renoncer à des projets ou à leur configuration initiale. Il va nécessairement falloir intensifier les constructions dans certains endroits. Je plaide à ce titre pour un saut qualitatif en matière architecturale afin de générer davantage de végétalisation et d’espaces de pleine terre en contrepartie de la hauteur des bâtiments. Les derniers arbitrages viennent d’être rendus ; nous sommes à peu près arrivés à une solution partout, mais pas à la satisfaction des élus, qui ont dû faire des sacrifices.

Autre sujet : où en est-on de vos projets à Toulouse Francazal autour de la mobilité du futur ? Quelle complémentarité faut-il attendre avec le futur Technocampus hydrogène porté par la Région, qui doit voir le jour en 2025 ?
Nous sommes partie prenante du projet de Technocampus, puisque, outre le foncier, sur un investissement de 18 M€ dans le cadre du Contrat de plan État-Région (projet de 45 M€ au total, NDLR), Toulouse Métropole apporte 2,7 M€. Mais au-delà de l’hydrogène, notre positionnement englobe l’ensemble des mobilités de demain. Sur 38 hectares, nous accompagnons déjà huit entreprises, très différentes les unes des autres : Vitesco Technologies, H2Pulse, Beyond Aero, EasyMile, Water Horizon, Batconnect, Dron’Aero, mais aussi Aura Aero, qui a un important projet de développement. Nous allons d’ailleurs attribuer à cette dernière pratiquement 9 hectares afin qu’elle puisse construire son usine dédiée aux avions électriques.

En revanche, toujours à Francazal, le pari Hyperloop TT (capsules de transport à grande vitesse par lévitation magnétique) n’a pas été couronné de succès...
Il s’agissait, je le rappelle, d’un centre de recherche et d’essais. Hyperloop TT avait choisi Toulouse pour la richesse de son écosystème. Mis à part la dépollution du sol, chose qui va nous servir pour l’avenir, nous n’avons rien financé ; nous avons simplement favorisé leur implantation. Et par définition, s’agissant d’un centre de recherche, il ne pouvait y avoir d’obligation de résultats...

Dans le champ de la mobilité, les dossiers sont nombreux. Concernant le prolongement de la ligne B et la construction de la ligne C du métro, de nouveaux surcoûts sont-ils à craindre ?
Non, 20 % de surcoûts ont déjà été supportés à l’automne 2022, avec l’inflation, la crise des matériaux et les conséquences au niveau énergétique. Depuis, les chantiers se déroulent normalement. 1,5 Md€ de marchés publics ont déjà été attribués et, cette année, nous allons attribuer 400 M€ supplémentaires.

Le secteur aéronautique est aujourd’hui en pleine forme. Mais pendant la crise sanitaire, les craintes ont été grandes, y compris celle devoir la métropole toulousaine être victime du « Syndrome de Détroit ». Quelles sont les pistes de diversification qui pourraient, de votre point de vue, permettre au territoire de s’affranchir de cette dépendance ? 
Ma ligne est claire : nous devons être fiers du secteur aéronautique et toutes les perspectives montrent que dans les décennies à venir, le désir de voler ne va pas faiblir, bien au contraire. Pour autant, ce n’est pas parce que nous soutenons le développement de l’aéronautique que nous devons nous en tenir là de façon béate et passive. Au contraire, nous devons travailler à diversifier l’économie toulousaine et faire en sorte qu’elle ait d’autres atouts. C’est ce que nous faisons depuis des années, dans les secteurs de la santé, du numérique, des mobilités décarbonées, du tourisme, de la culture, de la gastronomie, de l’économie sociale et solidaire... Nos ambitions sont grandes ; nous devons les accompagner.

Propos recueillis par Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
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