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Région Occitanie
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Industrie / Numérique
| 9/01/2024

Jalil Benabdillah : « Le CES de Las Vegas peut s'avérer gratifiant, mais aussi rentable »

© Laurent Boutonnet – Arnaud Antoine / Région Occitanie

Alors que le CES (Consumer Electronics Show) se tient du 9 au 12 janvier à Las Vegas, le vice-président de la Région Occitanie délégué à l’Economie, à l’emploi, à l’innovation et la réindustrialisation présente pour La Lettre M les principaux enjeux du salon pour les pépites régionales. Jadil Benabdillah, aussi vice-président de l’agence de développement économique Ad’Occ, revient sur le bilan des dix années de présence de la structure dans le Nevada.

Pourquoi l’agence Ad’Occ accompagne-t-elle depuis dix ans les start-up régionales au CES ?
C’est le plus grand salon mondial dédié aux technologies. Les entreprises s’y rendent pour montrer leurs savoir-faire, compétences, expertises et innovations, mais aussi pour se challenger avec d’autres solutions existantes sur le marché ou mesurer le niveau d’innovation à l’international. Parfois, on se fait une idée biaisée de son produit en pensant qu’il est le meilleur, ou on nourrit a contrario des complexes vis-à-vis de concurrents chinois, indiens ou américains. Il y a aussi des entreprises qui s’y rendent pour de la visibilité. Sur place se trouvent plus de 6 000 médias. Cela peut s’avérer gratifiant, mais aussi rentable.

C’est aussi une opportunité d’accès au marché américain ?
Au marché et au financement, avec la présence d’investisseurs et de VCs (Venture capital). Les entreprises peuvent aussi nouer des partenariats stratégiques, commerciaux, techniques, technologiques et scientifiques avec des laboratoires. Un autre aspect intéressant : beaucoup de petites start-up régionales rencontrent au CES des donneurs d’ordre et des acheteurs français. Elles ont un accès inédit à des acheteurs de grands comptes de l’Hexagone.

Pourquoi la délégation Occitanie est-elle réduite cette année à une douzaine d’entreprises, contre 26 en 2023 ? 
Depuis le Covid, il y a eu un ralentissement de l’impact du CES tel qu’on a pu le connaître. Le nombre de visiteurs est passé de 180 000 à 100 000 sur la dernière décennie. Ce qui fait qu’il y a moins de candidatures entrantes. Il y a aussi une problématique économique actuelle qui fait que les entreprises rationalisent leurs dépenses. En dehors de nos aides, le reste à charge est de 10 à 20 k€. C’est un investissement. Il y a des arbitrages à opérer, notamment pour les entreprises en amorçage, qui souhaitent assister à d’autres salons comme VivaTech à Paris ou le Mobile World Congress de Barcelone.

Avez-vous des exemples concrets de success stories après le salon ?
Lundi Matin avait réalisé 90 % de son CA issu du CES de Las Vegas, rien qu’avec des grands comptes français, lors de sa première participation. Vaonis revient pour la troisième fois ; cette entreprise a pu pénétrer le marché américain, via un business angel du pays qui a adoré son produit. La société y est désormais implantée. Autre réussite : ELA innovation, qui dispose aujourd’hui d’un distributeur de l’autre côté de l’Atlantique. Cela représente désormais 10 % de son chiffre d'affaires. Plus dernièrement, Odaptos a enclenché une démarche d’implantation commerciale aux Etats-Unis, après le CES. Les exemples sont légion.

Existe-t-il des ponts entre vos différentes antennes à l’international ? 
Définitivement. On accompagne les entreprises là où elles ont un potentiel de développement, des opportunités d’export ou de partenariat. Nous avons des Maisons de la Région à New York, Shangaï, Casablanca ou Londres et des représentations au Japon et en Allemagne. On s’appuie sur ces implantations qui connaissent les marchés locaux, la règlementation. L’enjeu interculturel est très important pour favoriser le parcours d’implantation ou de mise en relation. Avec un réseau qui peut aussi faciliter l’accès au marché.

Comment s’opère votre sélection pour le Nevada ?
Les entreprises remplissent un dossier et réalisent un entretien avec nos équipes en vue de bien calibrer le projet. Les critères de sélection tournent autour de l’engagement du chef d’entreprise. Il doit bien comprendre ce que le CES nécessite. En termes d’impact et d’investissement en temps. En quoi le salon peut être un levier pour atteindre ses objectifs. De notre côté, nous essayons de voir si le CES est le bon outil. Avec la Maison de la Région à New York, nous disposons d’autres leviers pour embarquer les entreprises locales sur le marché américain. Nous étudions aussi la maturité de l’entreprise et de la technologie. Il s'agit de voir si la solution est fragile ou protégée, car il peut s’avérer contre-productif d’exposer une solution dans un contexte comme celui-ci, hyperconcurrentiel et très médiatisé. Notre rôle est aussi de protéger la technologie, quand elle est fragile, sensible ou qu’elle n’est pas encore bien environnée. Le cas échéant, nous émettons des alertes sur la propriété intellectuelle, sur le partenariat stratégique. Une démarche à l’export est énergivore et doit s’inscrire à moyen et long terme.

Propos recueillis par Mickaël Deneux / deneux@lalettrem.net
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