Guillaume Lamy (Menguy’s) : « Nous visons le cap des 2 000 tonnes de cacahuètes françaises par an »
Acteur majeur des produits apéritifs basé à Saint-Jean (31), l’industriel Menguy’s s’apprête à commercialiser, début 2026, les premières cacahuètes issues de sa nouvelle filière française. Un projet dont la genèse « remonte à 25 ans », indique à La Lettre M son dirigeant, Guillaume Lamy. L’entreprise de 250 salariés projette 2 000 tonnes par an dès 2030. « Cette initiative vise avant tout à proposer un produit supplémentaire destiné à séduire des consommateurs en quête de goûts différents et valorisant l’origine française », souligne le DG. Parallèlement, Menguy’s travaille sur un projet d’agrandissement de son site industriel de Mazamet (81), dont les contours devraient se préciser au cours de l’année 2026. Entretien exclusif.
Vous venez de lancer la filière de cacahuètes françaises avec cinq agriculteurs partenaires adhérents de la coopérative agricole Océalia. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche ?
L’histoire de la cacahuète française chez Menguy’s remonte à plus de 25 ans. À l’époque, les dirigeants avaient pour vision, en tant que leader de la cacahuète en France, d’explorer la possibilité de s’approvisionner localement. En effet, la grande majorité de nos cacahuètes provient d’Argentine pour des raisons de sélection qualitative. Les premières expérimentations ont donc commencé avec un groupe de producteurs dans les Landes. Ils ont mené des essais pour adapter la culture de la cacahuète, qui est tropicale, aux conditions locales, en travaillant sur les itinéraires techniques et la recherche variétale. Bien que le projet initial n’ait pas abouti, un producteur, la Ferme Darrigade à Soustons, a poursuivi l’expérience et a conservé de très bonnes relations avec Menguy’s.
Qu’est-ce qui vous a poussé à remettre ce projet sur la table vingt ans plus tard ?
Il y a plusieurs raisons, à commencer par les progrès technologiques et nos connaissances actuelles, qui nous ont permis d’envisager le développement d’une filière complète. De plus, la cacahuète présente de nombreuses qualités qui la rendent particulièrement attractive : c’est une légumineuse peu consommatrice d’eau capable de fixer l’azote dans le sol, riche en protéines végétales et en bonnes matières grasses. Toutes ces caractéristiques ont contribué à la remettre sur le devant de la scène. Nous avons mené plusieurs années d’expérimentation avant d’atteindre nos objectifs. Pour l’instant, la production de cacahuètes françaises reste modeste, avec une dizaine d’hectares cultivés. Début 2026, nous commercialiserons cette première récolte, que notre entreprise conditionnera dans un emballage spécifique, valorisant sa production 100 % française.
Quel impact commercial attendez-vous de la filière de cacahuètes françaises pour Menguy’s ?
L’objectif n’est pas de remplacer toutes les cacahuètes que nous achetons et commercialisons car nous évoluons sur des marchés très compétitifs. Cette initiative vise avant tout à proposer un produit supplémentaire destiné à séduire des consommateurs en quête de goûts différents et valorisant l’origine française. Par ailleurs, nous voulons être ambitieux mais raisonnables : si tout se passe bien, la cacahuète française pourrait représenter environ 10 % de nos approvisionnements à horizon 2030. En travaillant sur une graine différente, nous devons également trouver la meilleure formule pour que ce produit reste un vrai plaisir à consommer tout en se distinguant de l’offre actuelle.
Quelles conditions doivent être réunies pour atteindre votre objectif de 2 000 tonnes de cacahuètes françaises par an d’ici à 2030 ?
Le plus gros défi est agronomique. Pour atteindre notre objectif de 2 000 tonnes, soit environ un millier d’hectares et une centaine de producteurs, il faudra déployer de grandes surfaces, former de nombreux agriculteurs et maîtriser des itinéraires techniques. La culture de la cacahuète n’est pas simple à mettre en œuvre à grande échelle sous nos latitudes. Notre modèle économique doit également se confirmer dans les prochaines années car pour le moment, nous sommes sur une micro‑échelle. Enfin, nous sommes dépendants de la conjoncture et de l’acceptation du marché. Il est essentiel que le produit corresponde aux attentes des consommateurs, ce à quoi nous travaillons et continuerons à travailler. Les risques d’échec existent, c’est pourquoi nous avançons pas à pas.
Cette filière pourrait-elle entraîner de nouveaux produits « origine France » dans votre gamme ?
Nous avons déjà l’habitude de travailler avec des ingrédients d’origine française comme le maïs et nous privilégions ces approvisionnements dès que cela est possible. D’autres produits « origine France » pourraient donc émerger à l’avenir mais notre priorité reste aujourd’hui la construction solide de la filière cacahuète. Nous observons aussi avec intérêt le développement de la pistache en Europe et en Occitanie. C’est une culture qui peut s’adapter et qui est économiquement intéressante mais qui nécessite des infrastructures spécifiques, notamment pour le décorticage, ce qui la rend plus complexe à mettre en œuvre.
Quel bilan dressez-vous de l’année 2025 ?
Le marché a connu une année plutôt stable ; la consommation n’a pas connu l’élan exceptionnel de 2024, porté par les Jeux olympiques. Pour Menguy’s, en revanche, 2025 a été marquée par une dynamique d’innovation soutenue. Nous avons enrichi notre offre dans l’univers des snacks, des graines et du beurre de cacahuète. Nous nous sommes notamment lancés dans le chocolat en développant un beurre de cacahuète au chocolat inspiré de l’expérience d’une pâte à tartiner afin de proposer une alternative à la fois gourmande et saine. Notre chiffre d’affaires 2024-2025 s’élève à 47 M€, avec une croissance tirée par notre capacité à innover et à proposer des produits qui répondent aux attentes des consommateurs.
Prévoyez-vous des investissements majeurs ?
Nous travaillons actuellement sur un projet d’agrandissement de notre site industriel de Mazamet, dans le Tarn, destiné à accompagner la croissance de nos activités et à renforcer nos infrastructures industrielles. Beaucoup d’éléments doivent encore être finalisés et ajustés mais la dynamique est lancée. Les contours précis du projet devraient être connus au premier semestre 2026, et si tout se déroule comme prévu, il s’agira d’une évolution significative pour Menguy’s. Ce développement s’accompagnera de recrutements majeurs : nous sommes d’ores et déjà en phase d’embauche, aussi bien au siège à Saint-Jean que sur les postes liés à l’activité industrielle.











