Esteve développe une solution d'optimisation des outils d'usinage
La société toulousaine Esteve, spécialisée dans la mécanique de précision, lance un projet de R&D baptisé “POLI”, qui doit lui permettre de développer une solution innovante de fixation des outils d'usinage. « Pour réaliser un bon usinage, il faut faire refroidir la pointe de l'outil au bon moment, explique à La Lettre M Sylvain Chanal, DG. Avec notre système, nous allons améliorer la performance de nos outils en réduisant l'arrosage de liquide lubrifiant et en améliorant notre efficacité d'usinage, tout en maintenant nos compétences. » Le projet, qui s'appuie sur un investissement de 250 k€ financé pour moitié par l'État dans le cadre de France Relance, a d'ores et déjà permis de « sauver six emplois », assure le dirigeant. Et si le succès est au rendez-vous en interne, Esteve pourrait bien commercialiser sa solution sur le marché d'ici à deux ans. « Ce serait l'aboutissement total de notre démarche », s'enthousiasme Sylvain Chanal, qui souhaite qu'un premier prototype soit opérationnel en septembre.
Stratégie de diversification
Fondée en 1972, l'entreprise a été reprise en 2004 par Sylvain Chanal et sa famille. « À l'époque, elle était en difficulté, confie-t-il. Elle comptait 45 salariés et enregistrait 4 M€ de chiffre d'affaires. Nous sommes parvenus à la développer au fil des années, jusqu'à atteindre les 55 salariés et plus de 6 M€ de chiffre d'affaires en 2019. Mais ensuite, il y a eu la Covid-19... » Avec la crise, la société, qui travaillait alors aux trois quarts pour le secteur aéronautique, a été contrainte de réduire drastiquement la voilure. Aujourd'hui, elle ne compte plus que 37 collaborateurs, tandis que son chiffre d'affaires plafonne à 3 M€. « Du jour au lendemain, tout s'est arrêté, témoigne le chef d'entreprise. Pour rebondir, nous avons fait le choix de nous diversifier, dans le spatial, la Défense, le secteur médical... » Autant de secteurs qui pourraient permettre à la société de passer le cap, alors que l'aéronautique « ne devrait pas reprendre avant 2023 ou 2024 », estime Sylvain Chanal. Pour le dirigeant, les soutiens mis en place par les pouvoirs publics ont été vitaux. « En complément de notre stratégie de diversification, c'est clairement ce qui nous a sauvés de la catastrophe », confie-t-il. Esteve a ainsi levé 1 M€ en prêts garantis par l'Etat. « Nous les avons longtemps conservés, mais commençons maintenant à les utiliser », glisse le dirigeant.
La question des PGE
En visite dans son entreprise le 3 mai, la députée LREM Corinne Vignon (3e circonscription de la Haute-Garonne) se félicite du rôle joué par le plan de relance dans la survie et le rebond des entreprises impactées par la crise, tout en souhaitant « rassurer sur le remboursement des PGE » : « Il est plus intéressant pour l'État d'allonger les délais, sur dix ans par exemple, plutôt que de voir les entreprises dans l'incapacité de rembourser et de devoir donc payer lui-même. »
Au chapitre des craintes, Esteve doit également compter sur les risques en termes d'approvisionnement en matières premières. « Nous allons commencer à avoir des problèmes de ce côté-là, anticipe Sylvain Chanal. Quand le secteur aéronautique va redémarrer, il y aura probablement des ruptures ou des allongements de cycles d'approvisionnement. »










