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Région Occitanie
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Agri - Agro
| 1/04/2022

[Enquête] Le bio à la recherche d’un second souffle

Alors que ce segment connaissait une forte croissance sur les dernières années, la vente de produits issus de l’agriculture biologique tend à se tasser dans les deux principaux circuits de distribution. D’où la nécessité pour les producteurs d’adapter leur modèle.

Coutumière de croissances supérieures à 10 % depuis 2014, la filière bio connaît un fléchissement de ses ventes dans les deux principaux canaux de distribution. Selon le panéliste Iri, le chiffre d’affaires du segment a connu en 2021 une baisse de 3,1 % dans les grandes surfaces alimentaires (GSA), qui représentent 55 % du marché. Sur les réseaux spécialisés (29 % du marché), les ventes marquent aussi le pas en augmentant seulement de 1,1 %. Sans parler de crise, ce ralentissement peut interpeller alors que la consommation de produits bio a atteint en 2020 un chiffre d’affaires de 13,2 Md€ en France contre 6,7 Md€ cinq ans plus tôt, d’après les données de l’association interprofessionnelle Interbio Occitanie. Pour Nancy Fauré, sa directrice, cette érosion est naturelle après une crise sanitaire consacrant l’explosion du segment : « La consommation s’est envolée durant les dernières années et la production a suivi. Ces signaux positifs n’ont pas incité à freiner la conversion ou la production, restées à des niveaux élevés. La consommation a néanmoins atteint un plafond sur certains segments de marché. D’où l’inquiétude de certains acteurs. »

Même si des produits comme le vin connaissent de forts taux de conversion, d’autres articles bio semblent plus impactés par la baisse de la consommation comme les œufs et les produits laitiers. Si bien que des gros donneurs d’ordres de la filière laitière comme Lactalis ou Savencia ont récemment gelé leur conversion. Une décision prise face à l’inadéquation entre des coûts de production en hausse et des prix d’achat à la baisse, avec une répercussion sur les charges des producteurs bio. Directeur de la coopérative La Fromagerie des Cévennes à Moissac-Vallée- Française (Lozère), Frédéric Monod avoue se questionner sur le maintien de sa conversion bio, qui représente 15 % de son chiffre d’affaires.

Certification HVE

« Le bio a longtemps constitué un marché de niche et une locomotive, avec un certain niveau de rémunération pour les producteurs. Cependant, les acteurs du monde conventionnel arrivent désormais à labelliser leur produit sous d’autres formes avec un cahier des charges moins strict et une réduction de la structure de coûts. » Il cite la certification Haute valeur environnementale (HVE), moins contraignante et pouvant diluer le message adressé au client. Pierre Giovanelli, fondateur de l’entreprise Sibio !, spécialisée dans la transformation de jus de fruits à Saint Féliu d’Avall (Pyrénées-Orientales), évoque aussi des problématiques de pouvoir d’achat du consommateur final : « Le bio est cher à produire mais aussi à acheter. Ce tassement de la consommation s’explique également par les crises actuelles que nous traversons. » L’entrepreneur, qui commercialise ses gammes sur les circuits spécialisés, ne passe pas par le réseau GSA« La grande distribution voudrait que le bio soit au même tarif que le conventionnel, c’est difficilement réalisable sur les structures d’exploitation bio actuelles. »

Diversification des canaux

Le dirigeant évoque aussi des cycles de conversion de trois ans qui rendent l’équation économique peu tenable. D’autres producteurs prônent l’adaptation permanente pour s’émanciper des circuits traditionnels de distribution alimentaires. À l’image d’Alexandre Belin, directeur de Macadam Gardens à Seysses (Haute-Garonne). Maraîcher bio depuis cinq ans sur cinquante variétés de fruits et légumes, il a axé son développement sur la vente directe, qui représente 80 % de son activité. « Nous n’avons pas la même clientèle que la grande distribution. Pour attirer des consommateurs, il faut désormais se concentrer sur la production locale et diversifier un maximum ses canaux de distribution. » Ce pourquoi le producteur approvisionne désormais quatre épiceries fines et trois restaurants de Toulouse, mais aussi le comité d’entreprises de Thales. L’agriculteur a aussi démarré une offre en ligne dans le but de livrer des paniers dans la métropole. Avant de se lancer dans un nouveau segment. L’exploitant discute en effet avec la communauté de communes du Muretain pour fournir les cantines de la collectivité. Sa surface d’exploitation devrait passer d’un hectare à trois sur un foncier libéré par la mairie de Seysses. La loi EGalim de 2018 impose à la restauration collective, dès le 1er janvier 2022, un quota de 50 % de produits durables dans les menus, dont 20 % de produits issus de l'agriculture biologique, soit une potentielle nouvelle manne pour les exploitants. 

Mickaël Deneux / deneux@lalettrem.net
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