Fil infos

Région Occitanie
|
Aéronautique et spatial
| 24/06/2026

En Occitanie, les start-up veulent façonner l’aviation de demain

© Alexandre Léoty

« C’est la première fois que nous organisons une telle réunion en région ; le faire ici, à Blagnac, dans le hall qui a accueilli l’intégration du tout premier Concorde, est un message fort », assure Jean-Christophe Lambert, président du Club StartAir du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), qui rassemble 106 jeunes pousses. Et le dirigeant de la société haut-garonnaise Ascendance d’ajouter : « La filière vit une transition majeure, avec la décarbonation de l’aviation, les enjeux de souveraineté dans le spatial et ceux de résilience dans la défense. Dans ce contexte, les start-up jouent un rôle majeur, car l’innovation est un continuum entre jeunes pousses, PME, ETI et grands groupes. »

La feuille de route du club, qui abrite désormais un cinquième des adhérents du Gifas à l'échelle nationale, est structurée en trois grands axes. « Tout d’abord, il y a le sujet du financement, car il reste encore difficile de lever les freins permettant de passer au statut de scale-up, explique Jean-Christophe Lambert. Mais il y a aussi la question de l’Europe, alors que le secteur constitue un levier très important en termes de souveraineté et d’ambition industrielle. Et enfin, la montée de l’influence : nous devons parler d’une voix unique. »

Porter le risque
Pour Joseph Carles, maire de Blagnac et vice-président de Toulouse Métropole en charge de l’Économie et de l’aéronautique, « alors que la filière connaît une période exceptionnelle, nous avons besoin des start-up, qui sont là pour inventer, pour innover ». Un avis partagé par Joseph Risson, co-fondateur de la société haut-garonnaise Viraj Aero, qui développe un système de propulsion innovant basé sur la technologie de l'injection de vapeur. « À l’origine, l’aviation était marquée par des itérations. Désormais, les cycles y sont longs. La taille des grands industriels fait qu’ils ne peuvent plus itérer comme avant. C’est donc à nous, petites structures, de porter ce risque. Il ne faut pas avoir peur de changer les mentalités et de viser haut. » De l’ambition, Laurent Schmitt, président de la jeune entreprise haut-garonnaise Positive Aviation, n’en manque pas non plus, lui dont la société développe un hydravion bombardier d’eau. « L’aéronautique doit se décarboner, bien sûr, mais elle peut aussi contribuer à décarboner le monde, estime-t-il. Face aux feux de forêt, nous nous retroussons les manches. »

Faire front commun
Pour Pierre Farjounel, chief information security officer et head of future developments au sein de l’avionneur régional ATR, la bataille internationale nécessitera « un alignement de l’écosystème sur une mission commune ». « Dans un contexte aussi concurrentiel, il ne faut pas être naïfs, estime-t-il. Il faut être unis et ne pas se tirer dans les pattes ; sinon, on va y perdre. » Thierry Cotelle, conseiller régional et premier vice-président de la commission Économie, emploi et réindustrialisation de la Région Occitanie, le concède : « Imaginer que, parce que l’aéronautique a des perspectives très encourageantes, nous sommes tranquilles pour les cinquante prochaines années serait une erreur. Nous devons tous être mobilisés pour porter l’innovation. » Pour Bruno Darboux, président du pôle de compétitivité Aerospace Valley, qui rassemble 835 acteurs de l’aéronautique, du spatial et des drones en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine, la filière ne manque pas d’atouts, qu’il s’agisse de ses fleurons industriels, de son vivier de compétences et de l’accompagnement dynamique des pouvoirs publics. « Mais nous avons aussi un souci majeur : nous n’avons pas la même force de frappe financière que d’autres pays comme les États-Unis ou la Chine, déplore-t-il. Par ailleurs, il nous faut inventer le système industriel de demain. »

« L'innovation viendra de là »
Pour Pierre Farjounel, les start-up ont un rôle central à jouer dans la réinvention de l’aviation. « En tant qu’industriels, nous attendons d’elles de la disruption, de l’accélération et du dé-risking, résume-t-il. Nous savons que l’innovation viendra de là. » Thierry Cotelle l’assure, les jeunes pousses « jouent un rôle de catalyseurs d’innovations que les grands groupes peuvent ensuite s’approprier ». Pas de doute, pour Bruno Darboux, « la place des jeunes entreprises innovantes est désormais bien reconnue par les grands groupes. Mais après France 2030, il faut que l’histoire continue… »

Alexandre Léoty / leoty@lalettrem.net
Bloc Abonnement

La Lettre M sur votre bureau chaque mois, la newsletter quotidienne à 18h, toute l'actualité en temps réel sur lalettrem.fr, les magazines thématiques, le guide « Les Leaders, ceux qui font l’Occitanie », la référence des décideurs d'Occitanie