Élections régionales : les grands enjeux économiques du second tour
Déjouant tous les pronostics, la présidente sortante socialiste de la Région Occitanie, Carole Delga, est arrivée largement en tête lors du premier tour des élections régionales, avec 39,57 % des suffrages exprimés. C'est donc une triangulaire qui se dessine pour le second tour, avec Jean-Paul Garraud (Rassemblement national, 22,61 % des voix) et Aurélien Pradié (Les Républicains, 12,19 %). Zoom sur les enjeux du scrutin du point de vue du développement économique.
L'enseignement majeur de ce premier tour des élections régionales aura été – en Occitanie comme ailleurs – le taux d'abstention record. Dans la région, il a dépassé les 62,7 %. Quant aux résultats, ils ont déjoué tous les pronostics. Alors que de récents sondages plaçaient Jean-Paul Garraud, tête de liste du Rassemblement national, en tête des intentions de vote, c'est finalement la présidente sortante, la socialiste Carole Delga, qui est arrivée très largement en tête, avec 39,57 % des suffrages exprimés au premier tour. Le candidat d'extrême-droite, lui, a enregistré 22,61 % des voix, déplorant sur les réseaux sociaux une abstention « regrettable » qui, selon lui, a eu « une incidence directe sur les résultats ». Dernier qualifié pour le second tour – qui prendra ainsi dans la région la forme d'une triangulaire -, le candidat Les Républicains Aurélien Pradié a enregistré 12,19 % des voix. Le député lotois entend incarner « une opposition solide » à Carole Delga. « Je suis le troisième homme, j'ai mené une campagne à la D'Artagnan et je serai heureux de le faire au second tour », indique-t-il sur le plateau de France 3 Occitanie.
Les déçus du premier tour
Sous la barre fatidique des 10 % des suffrages exprimés, on retrouve ensuite l'écologiste Antoine Maurice, avec 8,84 % des voix, qui a d'ores et déjà annoncé que le temps était venu, pour les forces de gauche, « de se retrouver ». Et d'indiquer qu'il souhaitait trouver avec Carole Delga « un accord juste et équilibré » en vue du second tour. Antoine Maurice a néanmoins indiqué ce lundi après-midi que les discussions avec les équipes de la candidate socialiste étaient pour le moment « suspendues ». « Notre main reste tendue », précise-t-il. Dans la suite du classement, on retrouve Vincent Terrail-Novès, candidat soutenu par la majorité présidentielle (8,78 % des voix), Myriam Martin, candidate de La France insoumise (5,06 %), Malena Adrada, de Lutte Ouvrière (1,77 %), le régionaliste Jean-Luc Davezac (0,76 %) et la liste “citoyenne » d'Anthony Le Boursicaud (0,41 %).
Les programmes économiques des trois finalistes
Le second tour verra donc s'opposer Carole Delga, Jean-Paul Garraud et Aurélien Pradié. Un scrutin observé de très près par les chefs d'entreprise du territoire, qui savent que la Région est cheffe de file du développement économique. Qu'en est-il, ainsi, des programmes économiques des trois finalistes ?
De son côté, Carole Delga entend répondre à un double défi. « Tout d’abord, nous devons sortir de la crise sanitaire en gérant ses conséquences économiques et sociales », explique- t-elle. Second défi : profiter de cette période charnière pour « transformer notre économie ». « Face à l’urgence climatique, nous ne pouvons pas suivre le même modèle de développement qu’auparavant, estime la candidate. Nous devons préparer une croissance en conscience. » Une conscience qui, pour la présidente sortante, rime avec environnement. « Nous devons consommer moins de terres agricoles, générer moins d’artificialisation des sols, aider les entreprises à moins consommer et, bien entendu, développer toutes les énergies renouvelables », martèle l’élue, qui entend faire de la « réindustrialisation verte » sa priorité numéro un. Son objectif ? Créer 100 000 « emplois de demain » dans des secteurs porteurs comme les biothérapies, les énergies renouvelables, l’écoconstruction et les mobilités du futur. L’habitat durable, en particulier, constitue une « grande cause » d’un potentiel deuxième mandat, avec la création d’une filière régionale associant circuits courts, matériaux biosourcés et innovations. La socialiste n’oublie pas les filières agricole, viticole et agroalimentaire régionales, mais aussi le tourisme, qu’elle veut « durable ». Par ailleurs, après avoir déployé l’Agence régionale des investissements stratégiques (Aris), le fonds Impulsion dédié à l’aéronautique, mais aussi une plateforme d’épargne citoyenne, Carole Delga souhaite lancer un « fonds anti-faillite » de 100 M€, tout en activant le levier de l’investissement public.
Son challenger, Jean-Paul Garraud, qui emmène la liste Rassemblement national avec le soutien de La Droite populaire, estime qu’en matière de développement économique, « tout est lié ». « Comment développer une bonne économie dans un monde présentant une telle instabilité ? », s’interroge-t-il, avant de préciser : « Ce qui est vital, la priorité des priorités, c’est le soutien au tissu de petites et moyennes entreprises. » Le candidat d'extrême-droite, qui souhaite participer au développement de l’agriculture et du tourisme territorial, estime que « la politique régionale n’a pas suffisamment soutenu le secteur aéronautique », touché de plein fouet par la crise. Il reproche ainsi à la présidente sortante « une gestion sans vision », avant d’en appeler à la relocalisation industrielle. Dénonçant la mondialisation, qui est selon lui un « facteur considérable d’aggravation des problèmes environnementaux », le député européen y oppose le concept de « localisme ». « Il s’agit de privilégier les circuits courts, de favoriser une économie à échelle humaine, respectueuse de la planète, explique-t-il. Le localisme, ce n’est pas le repli sur soi : cela correspond à la volonté de nos concitoyens de consommer français. » Mais sur ce sujet comme sur d’autres, le candidat insiste : « La Région n’a pas tous les leviers. Il faut un changement de politique au niveau national. » Favorable à un « rééquilibrage des territoires », l’élu estime en revanche que cela suppose « une politique de transports ferroviaires et routiers adaptée ».
Dernier candidat, le député du Lot Aurélien Pradié, dont la liste associe Les Républicains, l’UDI et les Centristes, estime qu'en matière économique, la priorité est « que le territoire sorte renforcé de la crise qu’il traverse ». Pour cela, il propose que la Région se dote d’un « fonds souverain dédié à l’accompagnement des savoir-faire régionaux ». Un fonds de 75 M€ – avec un effet de levier permettant d’atteindre 250 M€ – qui associerait les pouvoirs publics à des investisseurs privés, mais aussi des citoyens désireux de soutenir des projets économiques locaux. Autre priorité du candidat : accélérer le temps de traitement des demandes de soutien formulées par les entreprises et inclure une « clause carbone » dans les marchés publics afin de favoriser les acteurs de proximité. Aurélien Pradié, qui souhaite accompagner l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs au travers de la mise en place d’un prêt à taux zéro régional dédié aux jeunes porteurs de projets, estime que « les pouvoirs publics ont beaucoup négligé les petites entreprises, qui sont pourtant elles aussi porteuses d’innovation ». Défenseur du nucléaire, il appelle à sortir des « positions dogmatiques » en matière d'écologie. Sur le sujet de la métropolisation, le député assure que « pour que la population s’installe dans des territoires plus ruraux, il faut du foncier, indique-t-il. Je crois en notre capacité d’action locale. On peut libérer des espaces quand cela est nécessaire. L’artificialisation des sols ne doit pas être un “concept”. » Sur le front de l’aménagement territorial, l’élu, qui veut accompagner la montée en gamme des structures touristiques, dit ne pas croire aux « grands schémas qui n’alimentent que les cabinets d’études ». Enfin, Aurélien Pradié, s’il souhaite que les projets de LGV avancent plus rapidement, entend également faire du développement des infrastructures routières « une priorité ».










